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France : Pour plaire au RN, LREM attaque une de ses candidates pour son voile

Sara Zemmahi, une candidate suppléante LREM pour les élections départementales, a été au cœur d’une polémique à cause d’une affiche où elle apparaît voilée. Quitte à se tirer une balle dans le pied, son parti se désolidarise pour ne pas froisser l’extrême droite.

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Photo d'illustration / DR.
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Tout a commencé avec une affiche de campagne des candidats La république en marche de l’Hérault pour les élections départementales. Suppléante, Sara Zemmahi apparaît portant le voile, ravivant les commentaires qui y voient l’utilisation d’un signe religieux à des fins politiques. Délégué général de LREM, Stanislas Guérini a demandé de changer de photo, au risque de retirer le logo du parti, ce que les candidats concernés refusent.

La polémique a été accentuée par le fait que Stanislas Guérini a répondu à une injonction du vice-président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardela, qui s’est interrogé sur Twitter si c’était cela «la lutte contre le séparatisme». «Les valeurs portées par LREM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale», a enchainé Guerini.

La République en marche divisée sur les propos de Guerini

Mahfoud Benali, dont Sara Zemmahi, ingénieure de profession, est la suppléante, a déploré mardi que LREM s’aligne avec le RN de la sorte et a espéré que sa formation change de position. «Il y a maintenant deux siècles, Gambetta a appelé à construire la République à partir des "couches nouvelles". Nous sommes avant tout des Républicains en marche pour construire une société égalitaire, c’est notre liberté, en toute fraternité, nous comptons sur votre soutien ! Voici le recto de la profession de foi !», a-t-il réagi sur ses réseaux sociaux.

Député LREM, Sacha Houlié a épinglé le directeur général du parti, dans le contexte plus large du débat sur la laïcité. En septembre 2020, celui qui a quitté la direction de la formation après les élections municipales demande la démission de Guerini. «Je crois qu’il est temps qu'il passe la main et les instances du parti avec lui», a-t-il déclaré à Chez Pol.

Ailleurs, «le port du voile n’est plus un sujet en politique»

La polémique a fait réagir en dehors de LREM et du RN aussi. Candidate à la présidentielle de 2022 pour Europe écologie-les Verts, Sandrine Rousseau a pour sa part exprimé son soutien à Sara Zemmahi. Elle a rappelé que dans de nombreux pays comme les Etats-Unis, la Suède ou les Pays-Bas, «le port du voile n’est plus un sujet en politique» et des femmes politiques le portent sans polémique médiatique d’envergure. «Vous jetez en pâture votre propre candidate pour faire plaisir à l’extrême droite. En plus d’être une faute politique et morale, c’est légalement répréhensible», a-t-elle souligné en s’adressant à LREM et à Stanislas Guérini.

Ancien acteur politique au sein de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), l’entrepreneur franco-marocain Aziz Senni a reproché Guérini de copier «au lieu d’innover» et de régresser au lieu de progresser. «Les clients ne sont pas dupes et préfèrent toujours l’original à la copie», a-t-il écrit. Il rappelle également que «par arrêté du Conseil d’Etat en date de décembre 2010, cette femme a le droit d’être candidate avec un voile».

«LREM (ou tout autre parti) a le droit de conditionner son investiture à une tenue neutre (dans ce cas il faut le dire et l’écrire avant, par exemple dans une charte», a-t-il ajouté, déplorant qu’il s’agit «encore d’une affaire qui ira nourrir l’extrémisme religieux («regardez il ne veulent pas de vous») et l’extrémisme politique («l’islamisation et le communautarisme»).

En mars 2012, le Conseil d’Etat a en effet rendu une jurisprudence, après avoir été saisi au sujet d’une candidate du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). «La présence d’une personne voilée sur une liste ne porte pas atteinte à la liberté de conscience, à l’égalité des droits et au droit à la sûreté, au principe de la laïcité, ni à la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat de 1905», a décidé le Conseil.

Un point juridique que Stanislas Guerini évacue d'un revers de main pour insister sur son «erreur politique» lorsqu'il a répondu au tweet de Jordan Bardela.

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