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Fès : Le propriétaire de la carrière Gravazel nie l’impact environnemental sur la maison d’hôte

Au lendemain de la sortie de l’entrepreneur Jaoued Saïdi pour alerter sur l’impact environnemental d’un projet de carrière près de sa maison d’hôte, investie dans l’éco-tourisme et le développement durable, le propriétaire de la carrière a dénoncé «un acharnement». Sans présenter de documents, il insiste sur la conformité de son chantier.

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Photo d'illustration / Ph. L'économiste
Temps de lecture: 4'

Cette semaine, l’investisseur MRE d’une maison d’hôte active dans l’éco-tourisme, dans les activités d’agroécologie et de coopératives près de Fès a alerté sur le danger d’un projet de carrière, installé non-loin de son projet touristique construit à partir de 2008. Après avoir saisi différentes administrations et instances gouvernementales par écrit dès 2017, Jaoued Saïdi a exprimé son intension de s'en remettre au roi Mohammed VI.

Mais au lendemain de cette sortie, Rachid Azelmad, propriétaire de la carrière Gravazel, a contacté par écrit Yabiladi en dénonçant un récit «truffé de contre-vérités», souhaitant que sa version des faits soit publiée in extenso. Comme annoncé par le propriétaire de la maison d’hôte Dar El Mandar, l’entrepreneur de BTP confirme avoir obtenu une autorisation d’exploitation de la carrière. Selon lui, elle a été obtenue en 2013, «étude d’impact environnemental à l’appui» et renouvelée en 2019.

Dans le même registre, Azelmad assure que «l’autorisation d’exploitation de la carrière ne dépasse pas 10% de la superficie totale (30 hectares), située au milieu du terrain global et loin des habitations et non visible par rapport à la route principale. Pour le reste, nous avons installé un rideau vent haute-tige forestière», indique-t-il, ajoutant avoir entrepris la plantation de 14 000 arbres forestiers.

Refus de présenter des documents

En revanche, le propriétaire contacté par Yabiladi et également PDG du groupe Hiba Béton Structures (HBS), ne fournit pas des documents à ce propos, soutenant auprès de notre rédaction qu’«on n’envoie pas normalement les dossiers de l’entreprise». Il a préféré comparer avec les pays d’Europe, où il existe des carrières «au cœur de villages», qui recourent à des solutions innovantes pour limiter l’impact environnemental de l’exploitation. «Aux aménagements de sécurité, s’ajoutent des investissements dans le nettoyage des pistes et des camions pour limiter les poussières, mesures en faveur de la faune et de la flore. A ce titre, l’étude du site d’extraction a été confiée à une société française pour qui le respect de l’environnement prime», selon Rachid Azelmad.

«Nous avons investi dans 300 hectares pour répondre aux critères de l’environnement. Nous avons aménagé une route sur trois kilomètres donnant sur un accès à la carrière et nous envisageons d’investir dans le caroubier, très prisé dans l’export», nous déclare le PDG, insistant que les documents attestant ses propos ne peuvent être consultés que dans ses bureaux. Il dit ainsi «rejeter en bloc les accusations de nuisances portées à l’égard du projet par M. Saïdi».

Malgré notre insistance pour consulter les documents comme nous l'avons effectué avec Jaoued Saïdi, notamment l’étude d’impact environnemental et l’autorisation d’exploitation de la carrière, Rachid Azelmad a rétorqué :

«Vous ne faites pas partie de la commission des autorisations des carrières. Vous êtes un journal et si vous voulez des documents, vous pouvez venir dans mes bureaux ou vous tourner vers la direction concernée pour les voir. Je n’ai pas voulu faire un communiqué de mise au point et saisir la justice.»

Rachid Azelmad

Une caution sur l’impact environnemental refusée

Le propriétaire de la carrière dit aussi avoir «investi avant [Jaoued Saïdi]» sur le site. En 2008, date du début des travaux de l’investisseur touristique, ce dernier a affirmé que le territoire était vierge de toute activité humaine. «Cela m’a pris des années pour faire un investissement sur 300 hectares, qui ne s’est pas opéré d’un coup», soutient pour sa part Azelmad, qui dit ne pas se rappeler de la date exacte de ses premières acquisitions foncières, mais que celles-ci remonteraient «à 2008, 2009 ou 2007» afin de «cumuler une telle superficie». Concernant sa possession des documents de ces achats, le PDG du groupe HBS nous rétorque «vous êtes la justice où bien la presse ?».

Bottant en touche sur ces questions, il estime que le foncier «est loin du sujet qu’est celui des autorisations». «J’ai été surpris de nous voir attaqués auprès de toutes les administrations au niveau local», dénonce-t-il, affirmant qu’«une commission s’est rendue sur les lieux et a constaté que tout était en règle», tandis que d’autres riverains déplorent ne pas avoir été consultés par ladite commission.

Le PDG et HBS affirme dans ce sens que «la carrière Gravazel est située en arrière des montagnes assurant une coupure sonore et évitant toute nuisance aux riverains». Taxant Jaoued Saïdi de faire du «chantage», Rachid Azelmad ajoute que l’entrepreneur hôtelier aurait souhaité lui vendre sa ferme d’hôtes à 400 000 euros, ce qu’il n’aurait pas accepté, accentuant les tensions. Cependant, les propositions consultées par Yabiladi indiquent qu’une somme de 450 000 euros aurait été proposée par Jaoued Saïdi en 2018, comme caution pour qu’au bout de cinq ans d’activité de la carrière et en cas de nuisance, la même somme devra être remboursée à Dar El Mandar. Dans le cas échéant, c’est le propriétaire de Gravazel qui pourrait récupérer cette somme, équivalente à 75% de part de l’institution touristique et de la ferme qui lui est rattachée.

Rachid Azelmad confronte à ces chiffres les coûts des travaux pour l’accès à sa carrière, «entre 15 et 20 millions de DH pour le terrassement, l’aménagement et l’extension (20 ha)». Il évoque par ailleurs les «revenus importants à la commune de Kandar Sidi Khyar et du travail pour la population locale» que fournit ce projet, «dans le cadre d’une intégration verticale de l’activité industrielle de Prefa (HBS)». «D’une durée d’exploitation de 30 ans, elle permet d’alimenter l’unité industrielle en matériaux spécifiques», notamment les granulats et sables destinés au projet Prefa «et accessoirement à des projets exigeant des prescriptions spécifiques», selon M. Azelmad.

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