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Maroc : Plaidoyer pour une amnistie des cultivateurs et l’usage récréatif du cannabis

Pour accompagner le projet de loi n°13-21, la Coordination des zones d'origine du cannabis a rencontré les partis représentés à la Chambre basse pour leur exposer son mémorandum. Elle appelle ainsi à autoriser l’usage récréatif de cette plante, instaurer une amnistie générale, définir un prix de référence et accorder plus de rôles aux coopératives.

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Photo d'illustration. / AFP
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A la vielle de la promulgation de la loi sur les usages légaux, la Coordination des zones d'origine du cannabis, qui se compose d'agriculteurs et de descendants de cultivateurs de cannabis dans les régions historiques des provinces d'Al Hoceima et de Chefchaouen est mobilisée. Elle a, en effet, rencontré tous les partis politiques représentés à la Chambre des représentants pour leur présenter son mémorandum.

«Nous saluons le projet de loi n°13-21 mais nous avons plusieurs remarques à son égard et les cultivateurs de cannabis ont également quelques réserves», nous explique ce mercredi Mohammed Kharchiche, membre de cette coordination. En effet, il cite tout d’abord la délimitation des régions concernées par la légalisation et la question des coopératives. «Le rôle de celles-ci a été réduit dans le projet de loi, en indiquant qu’elles opèrent dans la collecte et la distribution de la récolte aux entreprises et cela instaure un certain monopole», dénonce-t-il. Dans ce sens, la coordination estime que «les coopératives doivent avoir le droit de procéder aussi à la transformation du produit et sa valorisation, afin qu’elles puissent réellement participer au développement local».

Mohammed Kharchiche rappelle à cet égard l’usage du cannabis dans la cosmétique ou les produits de beauté. «Des projets qui ne nécessitent pas un énorme investissement et qui restent à la portée des coopératives locales», assure-t-il.

Rompre avec les peines de prison

La coordination plaide également pour la détermination d’un prix de référence. «Pour nous, la population locale est habituée à un prix élevé dans le cadre du commerce illégal du cannabis. Avec la légalisation, il faut instaurer un prix de référence pour assurer un minimum de revenus aux familles», nous explique-t-on.

A cette question s’ajoute aussi le problème du foncier et les peines privatives de liberté. Pour la première, le membre de la coordination rappelle que «la majeure partie de cette population a des soucis avec les Eaux et forêts». «Il y a des gens qui cultivent leurs terres depuis des siècles, alors que la délimitation du domaine forestier ne date que des années 1990. D’autres agriculteurs n’ont pas de titres fonciers sur ces terres bien qu’elles leur appartiennent», explique-t-il encore avant de dénoncer les peines privatives de liberté.

«Le projet de loi contient également des peines de prison mais les gens en ont marre. L’article 9 prévoir une peine d’emprisonnement si le cultivateur ne signale pas la perte ou la destruction de sa récolte, dans un délai de 3 jours. Nous savons bien qu’il y a beaucoup de contraintes dans ces régions montagneuses qui empêchent même de disposer de ligne ou d’avoir le réseau téléphonique.»

Mohammed Kharchiche

Dans ce sens, la coordination espère «allonger ce délai et supprimer les peines privatives de liberté en maintenant l’amende». Elle plaide aussi pour «un contrat-programme de 10 ans, avec un développement général, que ce soit pour l’infrastructure ou les plateformes industrielles afin de créer une dynamique économique pour lutter contre le chômage et encourager les jeunes à adhérer à ce chantier».

Une amnistie et un usage récréatif

Ses membres dénoncent aussi l’emplacement de la future agence nationale pour la légalisation des activités afférentes à cette culture. «Dans le projet de loi, l’agence est située à Rabat, ce qui contredit l’esprit et les lois sur la régionalisation avancée et ne rapproche pas l’administration au citoyen. Comment se fait-il que le dossier concerne les provinces du Nord, tandis que l’agence est placée à Rabat ?», explique Mohammed Kharchiche, qui ajoute que «les cultivateurs et agriculteurs veulent aussi avoir une représentativité au sein de cette instance».

La coordination défend aussi l’usage récréatif du cannabis. «Cela se fera à l'image des pays ayant légalisé le cannabis», explique ce membre qui ajoute qu’il s’agit d’un «marché noir que l’Etat doit exploiter, sinon il tombera entres les mains de barons, de gangs et de cartels».

Tout en pointant du doigt les plaintes vexatoires, la coordination appelle aussi à une amnistie générale à tous les cultivateurs et les personnes poursuivies. Mais en attendant que ses doléances soient entendue et que la loi soit approuvée, Mohammed Kharchiche alerte sur le fait que la «population locale a besoin de solutions urgentes car elle fait également face à ce qui s’est passé à Fnideq avec la fermeture des frontières». «Le renforcement du contrôle et des frontières ont fait que le commerce de cannabis a drastiquement baissé, ce qui a impacté les revenus des familles», décrit-il.

Pour l’instant, «tous les groupes parlementaires à la Chambre des représentants soutiennent» le mémorandum de la coordination, à l’exception du PJD. «Le PJD a clairement exprimé son refus de cette loi mais ils nous soutiennent sur deux points : l’amnistie pour les agriculteurs et le développement de la région», nous déclare Mohammed Kharchiche. «Nous avons constaté un retour positif de tous les autres groupes parlementaires. D’ailleurs, pour l’usage récréatif, l’Istiqlal et le Mouvement populaire ont soutenu notre proposition», conclut-il.

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