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Maroc : 89 salariés payent les frais du divorce entre Seat et Univers Motors

Dans le flou depuis un an, 89 salariés d’Univers Motors pour la concession de Seat au Maroc ont été «mis à la porte», après que l’entreprise s’est vue retirer l’exclusivité de la marque automobile dans le royaume. Les concernés se retrouvent sans salaire ni emploi.

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Photo d'illustration / DR.
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Devant les locaux d’Univers Motors à Casablanca, un groupe de salariés organisent quotidiennement des sit-in depuis la fin mars, pour obtenir réparation. Le 30 du mois dernier, leur employeur leur a appris qu’il a perdu l’exclusivité de la marque automobile Seat, sur décision de l’entreprise-mère basée en Espagne. La concession a bien été transférée à la Centrale automobile chérifienne (CAC), mais les employés découvrent que leurs contrats ne l’ont pas été, contrairement à ce que leur direction a affirmé. Un changement qui s’est opéré du jour au lendemain, laissant des personnes âgées et des parents au dépourvu, sans revenus mais avec des crédits à honorer.

Consulté par Yabiladi, un communiqué interne d’Univers Motors Europe SA affirme que cette dernière «n’est plus représentant exclusif au Maroc de la marque Seat dont la distribution a été confiée à un autre concessionnaire». Selon la direction générale, «il s’agit d’une décision unilatérale et imprévisible de la société Seat, intervenue après plus de 25 ans de partenariat et n’est motivée par aucun manquement contractuel ou autre pouvant être imputé à Univers Motors».

Le document indique que «cette décision prendra effet le 1er avril, ce qui implique une impossibilité d’exécution des contrats de travail» qui lient les 89 salariés à Univers Motors. «L’ensemble des contrats de travail seront dès lors transférés à compter du 1er avril au nouveau concessionnaire au Maroc de la marque Seat», affirme pourtant le communiqué de l’entreprise.

Beaucoup de promesses sans suite

Alors qu’Univers Motors s’est engagée «au règlement des congés et de tous les autres éléments de salaire dus au titre de l’exécution des contrats de travail jusqu’au 31 mars 2021», les salariés ont touché des chèques de 600 à 4 000 dirhams, bien que nombre parmi eux travaillent pour l’entreprise depuis 10, 20, 30 ou 40 ans. «Nous avons tout perdu, du jour au lendemain», a confié Khadija* auprès de Yabiladi. Salariée lésée, elle indique que les prémices de ce que l’entreprise qualifie de «cas de force majeure» se présageait dès avril 2020.

«Nous entendions des rumeurs depuis un an, mais à chaque fois qu’on demandait, on nous rassurait en nous affirmant qu’il ne se passait rien, jusqu’au jour J où nous nous sommes rendus compte que nous avions perdu nos emplois. Le système informatique a été mis à l’arrêt, les voitures ont été sorties le soir et il n’y avait plus rien dans les locaux de la partie Seat.»

Si Univers Motors s’est engagé à indemniser les salariés, ces derniers dénoncent un silence total de la part de leur direction, qui aurait refusé de les recevoir après la réunion annonçant leur fin de travail. «Nous sommes revenus le lendemain de cette rencontre pour demander un document de licenciement pour tout éventuel usage, mais rien ne nous a été donné à part les chèques. Les employés en colère n’ont pas signé le solde de tout compte», raconte Khadija. Sur les lieux, «sous le choc, l’une des collègues a été victime d’un AVC ayant nécessité son transfert en clinique ; elle a perdu la parole pendant trois jours avant que son état ne s’améliore», nous décrit la salariée, traduisant la situation des employés.

Univers Motors se contredit

Khadija et ses collègues ont découvert qu’aucune des promesses d’Univers Motors n’aurait été tenue. En se tournant vers le nouveau concessionnaire de Seat, ils découvrent que leurs contrats n’ont pas été transférés. «Le personnel de la CAC nous a bien reçu et discuté avec nous, mais nous a affirmé n’avoir reçu aucun document de la part d’Univers Motors au sujet des 89 salariés que nous sommes», ont-ils dénoncé.

«Nous sommes dans l’incertitude complète et notre employeur est dans une contradiction totale. Il se défend de nous avoir virés de nos postes mais nous empêche d’accéder aux locaux de travail à la fois, sans aucune explication et sans aucun dialogue possible.»

Dans de récentes sorties médiatiques, les responsables d’Univers Motors sont allés jusqu’à «exprimer [leur] total soutien et toute [leur] solidarité avec les employés», qui selon eux sont victimes de «la décision unilatérale et injustifiée de Seat». Mais face au flou total, les salariés concernés disent ne plus savoir qui croire. «Faute de documents ou de procédure administrative en bonne et due forme, nous sommes à un stade où nous ne savons même pas encore quelles sont les voies de recours possibles que nous pourrions suivre», déplorent-ils.

«Nous allons continuer à organiser des sit-in quotidiens, jusqu’à ce que nous obtenions réparation ; mais Univers Motors estime que c’est Seat que nous devons poursuivre en justice. Nous ne savons plus qui dit vrai et qui est en train de nous mener en bateau», s’inquiète Khadija.

* Le prénom a été changé

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