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Maroc : Le premier groupe d’enseignants contractuels poursuivi en état de liberté

Déférés ce mercredi devant le procureur du roi près le tribunal de première instance de Rabat, 20 enseignants contractuels arrêtés mardi ont bénéficié d’une liberté provisoire. Le comité de la défense, qui pointe du doigt la «torture» et des «mauvais traitements» qu’ils auraient subis, a exigé une expertise médicale et l’ouverture d’une enquête.

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Photo d'illustration. / DR
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Arrêté mardi alors qu’il prenait part à une manifestation massive à l’appel de la Coordination nationale des enseignants contractuels, un premier groupe de professeurs a bénéficié, ce jeudi, de la liberté provisoire. Les membres de ce groupe, 20 enseignants contractuels au total, ont été déférés cet après-midi devant le procureur du roi près le tribunal de première instance de Rabat. 

D'après nos sources, la première audience a été fixée au 20 mai prochain, alors que 19 enseignants sont accusés de «violation de l’état d’urgence sanitaire», «coups et blessures et injures à l'encontre des membres des forces de l’ordre et «participation à une manifestation non-autorisées». En plus de ces accusations, Nezha Majdi, l'enseignante qui a auparavant dénoncé un harcèlement sexuel qu'elle aurait subi lors de la manifestation du 17 mars, est poursuivie pour «insulte à un corps organisé».

Des enseignants «soumis à la violence»

Dans une déclaration à la presse un peu plus tôt, Maître Souad Brahma a déclaré que «les 20 enseignants ont été déférés devant le procureur du roi. La défense a présenté son plaidoyer, en appelant à la fin de la garde à vue, compte tenu de la façon dont ces enseignants ont été arrêtés».

«Ils ont été interpellés bien que certains disposaient d’autorisations exceptionnelles pour venir à Rabat. Certains étaient convoqués par la justice et se sont ainsi déplacés pour être entendus, alors que d’autres viennent pour des affaires personnels. Tous ont fini par être arrêtés et la moitié d’entre eux, soit 10 enseignants, ont été victimes de violence.»

Me Souad Brahma

L’avocate a ainsi pointé du doigt «des vices de procédure, en plus du fait que l’urgence sanitaire est un état administratif et donc c’est au tribunal compétent de s’y pencher». «De plus, même les autorisations ne relèvent pas des compétences d’un tribunal. Il n’y a rien dans le Bulletin officiel qui indique que chaque ville dispose de sa propre autorisation de voyager. Nous ne pouvons pas demander à ces enseignants des choses que nous considérons comme relevant de ce qui est administratif», a-t-elle ajouté.

La défense exige une expertise médicale et une enquête

L’avocate du barreau de Rabat a rappelé que «ces enseignants n’ont pas mangé depuis 48h». «Ils ont été entendus dans des bureaux de la police contre les gangs. Ils ont été placés avec des détenus de droit commun. De plus, il y a certains qui ont été inspectés et déshabillés, dont les deux enseignantes, à deux reprises», a-t-elle dénoncé.

«Il y a des mesures intimidantes et dégradantes touchant à la dignité humaine, ainsi que des actes de torture ayant visé plusieurs enseignants. Nous avons ainsi demandé à ce que le juge d’instruction ouvre une enquête sur ces faits et qu’il demande une expertise pour vérifier ces allégations. Le procureur a constaté des ecchymoses et a inscrit ses remarques dans les PV. Nous avons demandé à ce qu’ils fassent l’objet d’une expertise médicale pour attester de cette violence subie.»

Me Souad Brahma

L’avocate a précisé, par ailleurs, que le second groupe d'enseignants arrêtés mercredi n’a pas encore été déféré devant le procureur.

Mardi, les autorités locales de Rabat ont dispersé une manifestation massive à l’appel de la Coordination nationale des enseignants contractuels, en procédant à l’arrestation d’une vingtaine d’entre eux. D’autres manifestants ont été blessés au cours de cette intervention.

Pour sa part, la coordination a dénoncé une «intervention répressive brutale contre les enseignantes et les enseignants», qui s’ajoutent à d’autres «formes d’intimidations et d’interdiction» et a annoncé, ce jeudi, la prolongation de sa mobilisation et de sa grève nationale à Rabat.

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