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Covid-19 : Les communautés africaines ont payé le plus lourd tribut en France

Dans un pays fortement touché par la pandémie du nouveau coronavirus, les communautés issues de l’immigration sont celles qui ont compté le nombre le plus élevé de morts en 2020, jusqu’à 50% du nombre total. Ceux originaires d’Afrique sont les plus touchés.

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Photo d'illustration / DR.
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Depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus, 96 678 personnes sont décédées en France. 50% font partie des populations issues de l’immigration, selon de récents chiffres de de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Les facteurs principaux qui expliquent cette surmortalité sont la précarité, la densité des communes où se trouvent ces communautés, l’exiguïté des logements, les limites à l’accès précoce aux soins, l’utilisation des transports en commun ou encore les professions exercées les exposant à un risque plus élevé de contamination, selon le document consulté par Yabiladi.

Cette évolution a été mesurée comparativement entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020. Au sein de ces communautés, ce sont surtout les personnes nées à l’étranger qui sont concernées. Après l’Afrique subsaharienne, ce sont les Maghrébins qui sont les plus touchés, qu’ils soient Marocains, Algériens ou Tunisiens. Les autres communautés étrangères restent loin et s’approchent de la moyenne, notamment les Italiens, les Espagnols, les Portugais ou ceux issus d’Amérique et d’Océanie.

Des communautés décimées en Ile-de-France et dans le Grand-Est

Une hausse de 54% a été enregistrée chez les natifs des pays du Maghreb (8 300 décès en mars-avril 2020 contre 5 400 en mars-avril 2019) et de 114% pour celles nées dans un autre pays d’Afrique (2 000 décès contre 900), soit un total de 168%. Chez les personnes originaires d’Asie la hausse a atteint 91%, avec 1 600 décès contre 800 un an plus tôt.

C’est surtout dans les communes les plus denses et où l’on retrouve une importante présence de ces communautés que ces dernières ont été décimées. Il s’agit de l’Ile-de-France, où réside un tiers des personnes nées au Maghreb et 50% de celles nées dans d’autres régions d’Afrique et d’Asie, ainsi que le Grand-Est.

«En Île-de-France, la hausse du nombre de décès de personnes nées en France est de 78% entre mars-avril 2019 et mars-avril 2020. Elle est de 134% pour les décès des personnes nées au Maghreb et de 219% pour les décès des personnes originaires d’un autre pays d’Afrique», explique l’INSEE. En Seine-Saint-Denis seulement, la hausse des décès des personnes nées au Maghreb a augmenté de 191%. La hausse est plus alarmante pour les communautés africaines hors-Maghreb, atteignant 368%.

Deuxième région la plus touchée par la Covid-19 après l’Ile-de-France, le Grand Est a connu une hausse des décès de 120% chez les natifs au Maghreb et 121% sur l’ensemble des personnes nées en Afrique ou en Asie. Le chiffre est de +52% pour les personnes nées en France. Dans les régions qui comptent moins de densité et moins de présence des communautés étrangères, les décès n’ont pas connu une évolution aussi accentuée.

Une qualité de vie qui fragilise des communautés plus que d’autres

Un autre élément que révèle l’analyse de l’INSEE est celui de la très forte hausse des décès chez les patients de moins 65 ans parmi les personnes nées à l’étranger, ce qui corrobore les explications établissant un lien entre les activités exercées, l’exposition au risque d’infection et l’augmentation de morts.

«Si, comme dans une étude de l’Observatoire régional de santé Île-de-France, on retient parmi les "travailleurs clés" les personnels de santé, les aides-soignants, les pharmaciens, les ambulanciers, les personnels de la Poste, des forces de l’ordre, des transports publics, les pompiers, les personnes travaillant dans la vente de produits alimentaires, les livreurs, les buralistes et les agents de nettoyage, professions en contact avec le public et qui ont souvent continué à travailler sur site pendant la période de confinement, 14% des personnes en emploi et nées dans un pays du Maghreb et 15% de celles nées dans un autre pays d’Afrique sont des "travailleurs clés", contre 11% parmi celles nées en France ou celles nées en Asie (12%)», indique l’INSEE.

Membre du Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s (GISTI), Ali El Baz s’est intéressé en 2020 à la situation des populations migrantes dans le contexte de la crise sanitaire, particulièrement en Ile-de-France. Contacté par Yabiladi, il estime que l’INSEE «vient confirmer par les chiffres [son] pressentiment pour l’ensemble de la population». Comparé à mars-avril 2019, le nombre de morts en 2020 a connu «une hausse de 25% pour les personnes nées à l’étranger la hausse était de 48% contre 22% nées en France», a-t-il analysé. Il confirme également que pour les moins de 65 ans, l’augmentation globale de décès «n’a été que de 3% pour ceux nés en France, tandis que pour ceux qui sont nées au Maghreb elle a été de 10 fois plus. Pour ceux qui sont nés en Afrique sub-saharienne, la hausse était de 30 fois plus».

Pour le militant, les observations de l’INSEE ont confirmé aussi les premiers constats du GISTI au début de la crise sanitaire, concernant l’influence de la qualité de vie, de la capacité à accéder ou non à un logement décent et à la nature des activités plus souvent exercées par les communautés étrangères, afin de mieux comprendre les écarts de chiffres. «Beaucoup de personnes migrantes vivent dans des logements exigus», a-t-il rappelé, ajoutant que ces facteurs, en plus du transport en commun, des limites à l’accès aux soins et les professions à risques sont plus réunies en Seine-Saint-Denis, où les communautés subsahariennes et maghrébines ont été particulièrement touchées.

Selon Ali El Baz, les personnes âgées nées dans un pays du Maghreb sont par ailleurs dans un état de dépendance quatre fois supérieur aux jeunes de leur communauté, ce qui accentue les limites d’accès au soin et qui augmente la comorbidité également chez cette frange de la population, qui a souvent travaillé par le passé dans des métiers pénibles ayant laissé des séquelles en fragilisant davantage leur santé.

Article modifié le 2021/04/08 à 12h32

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