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La qualité de la farine au Maroc divise les meuniers et les boulangers

«La farine consommée par les Marocains ne convient même pas comme fourrage pour le bétail», a déclaré cette semaine le secrétaire général de la Fédération nationale des boulangeries et pâtisseries, créant une polémique au sein du secteur et des grincements de dents chez les meuniers, qui menacent de saisir la justice.

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Photo d'illustration. / DR
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Le torchon brûle entre la Fédération de la minoterie et celle des boulangeries et pâtisseries (FNBP). Cette semaine, les déclarations de Mohamed El Giri, secrétaire général de cette dernière ont créé une vive polémique. Tout en critiquant la qualité de la farine achetée par les boulangeries et pâtisseries, il a affirmé que «la farine consommée par les Marocains ne convient même pas comme fourrage pour le bétail».

Ses propos ont provoqué des grincements de dents au sein du secteur de la minoterie. Dans des déclarations à la presse, des membres de la Fédération nationale de la minoterie (FNM) ont menacé de saisir la justice contre des «allégations diffamatoires». Auprès de Yabiladi, le directeur général de la Fédération nationale de la minoterie, Abdellatif Izem a lui aussi critiqué les propos émanant des boulangers, les qualifiant d’«irresponsables» et «loin d’être innocents». «Si la farine n'était pas bonne, les Marocains ne l’achèteraient pas. Certains problèmes surviennent dans le stockage, en raison de l'humidité par exemple», reconnait-il toutefois avant d’affirmer que «ce n'est pas la faute des meuniers».

Pour le responsable de la FNM, «l’industrie de la fabrication des farines dispose de laboratoires et la farine n'est produite que si elle répond à toutes les normes». «Il existe 15 types de farine et la qualité diffère d’un produit à l'autre», rappelle-t-il, en estimant que «si un problème survient dans un endroit, nous ne devons pas généraliser».

«Nous allons saisir la justice. S'il y a une accusation contre une société, alors il doit nous fournir son nom et la preuve de la validité de ses accusations. Les autorités représentées par l’ONSSA interviendront pour surveiller le fonctionnement de la minoterie et la sanctionner si nécessaire.»

Abdellatif Izem

Un bras de fer entre les boulangers et les meuniers
 
Pour sa part, Mohamed El Giri persiste et signe. Contacté par Yabiladi ce jeudi, il précise qu’il s’est basé sur des déclarations d’anciens ministre, comme Mohamed El Ouafa, rappelant que ce dernier avait accusé, en mars 2015, certaines minoteries de commercialiser de la «farine périmée». Il rappelle aussi que la Cour des compte avait relevé, dans un rapport, «l'existence de violations répétées des normes d'enrichissement des aliments à forte consommation, ce qui avait été confirmé par l’ONSSA, qui a déclaré que le blé tendre et les produits de blé dur enrichis en fer ne respectent pas les normes prévues par la loi».

«Lors de sa création, la Fédération interprofessionnelle des activités céréalières a écarté notre fédération, qui dispose d'une réelle représentation sur le terrain. Ce choix n'était pas un pur hasard, car ils ont délibérément opté pour un maillon faible afin de justifier ce qu'ils veulent sans que le secteur de la boulangerie ne proteste.»

Mohamed El Giri

Le secrétaire général de la FNBP reconnait aussi que «par manque de qualité de la farine, les boulangeries recourent à l’ajout de produits pour améliorer la qualité du pain, bien que le Dahir de 1975 l’interdise». «Autrement, personne n’achètera du pain», regrette-t-il.

Il reconnait également le bras de fer avec la Fédération interprofessionnelle des activités céréalières. «Puisque le Maroc importe 50% des céréales, nous proposons à l'État d'importer de la farine au lieu de céréales car sa qualité sera meilleure, et son coût sera plus bas», suggère-t-il en accusant les meuniers d’«appauvrir la farine pour vendre ce qui reste au consommateur marocain».

Article modifié le 2021/04/02 à 14h19

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