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Maroc : Entre travail informel et discriminations dans l’emploi, les femmes doublement vulnérabilisées

Deux organisations féministes au Maroc ont dressé le bilan d’une année marquée par la crise sanitaire et par la vulnérabilité des femmes sur le marché de l’emploi. Elles alertent sur les difficultés accentuées pour l’accès des femmes au travail formel et aux postes de décision.

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Photo d'illustration / DR.
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La coordination marocaine de la Marche mondiale des femmes a fait le bilan d’une année concernant la situation des femmes dans le pays, dans un contexte marqué par la crise sanitaire du nouveau coronavirus, qui a accentué la crise économique. En effet, ces conditions ont «aggravé la vulnérabilité et la pauvreté des femmes» notamment dans le monde rural, par le fait qu’elles soient nombreuses à travailler dans l’informel, dans «des conditions similaires à l’esclavage».

Dans une déclaration diffusée ce 8 mars en commémoration de la Journée de lutte pour les droits des femmes, le mouvement a indiqué que les travailleuses sont nombreuses «dans les secteurs les moins protégés et les plus exploités, où les longues heures de travail ne sont pas comptées dans l’indemnisation, les salaires restent maigres, les licenciements continuent et les droits constamment bafoués».

Selon la même source, les mesures exceptionnelles de soutien aux ménages impactés par la perte ou la suspension d’activités économiques ont revêtu des aspects administratifs discriminatoires, faisant que les femmes qui soutiennent financièrement leurs familles ont eu des difficultés à y accéder.

Un difficile accès au marché du travail

Dans ce sens, le mouvement rappelle que le nombre de femmes au Maroc est estimé à 17,9 millions (50,3%). Parmi elles, 13,4 millions sont en âge de travailler (15 ans et plus). «Il s’avère que la position des femmes sur le marché du travail se caractérise par leur faible participation à l’activité économique. Le taux d’activité des femmes est de 21,5%, bien inférieur à celui des hommes (71%). Ce taux est de 27,1% en milieu rural contre 18,5% en milieu urbain», souligne l’appel, qui déplore une exclusion de la sphère économique. 10,5 millions de femmes en âge de travailler restent ainsi exclues de toute activité génératrice de revenu.

Parmi les raisons expliquant cette situation figurent les «lourdes tâches du foyer, la violence endémique dans l’espace public, les opportunités d’emploi peu attrayantes et le retour de mentalités traditionnelles qui perpétuent la répartition traditionnelle des rôles de genre».

En termes d’exploitation dans le travail informel, le Mouvement a rappelé le cas des femmes employées dans les activités de contrebande frontalière à Ceuta et Melilla, dont beaucoup sont restées sans alternative économique après la fermeture par le Maroc de ses frontières commerciales avec les deux enclaves. Parmi les femmes les plus touchées par l’exploitation dans l’informel également, on retrouve les travailleuses de maison.

«Malgré son entrée en vigueur, la loi sur les travailleurs domestiques n’offre pas une protection juridique adéquate à cette catégorie, car elle n’empêche pas l’emploi de personnes de moins de 18 ans et ne fournit pas de mécanismes efficaces pour surveiller le degré de sa mise en œuvre.»

La Marche mondiale des femmes au Maroc

Des emplois à risque et des discriminations sur les compétences

Aussi, «les travailleuses agricoles constituent une classe soumise à toutes les formes d’exploitation, à travers les conditions inhumaines et dangereuses dans lesquelles elles sont transférées dans les champs agricoles», ajoute la même source, qui évoque aussi le destin tragique des ouvrières dans d’autres secteurs. Elle rappelle notamment le cas «de 20 ouvrières et 10 ouvriers noyées, après les fortes pluies ayant inondé l’usine de textile à Tanger, au sous-sol d’un bâtiment qui n'était pas destiné à cet usage et qui ne répond à aucune norme de sécurité».

Alors que le principe d’égalité a été constitutionnalisé et sa mise en œuvre entachée par des retards, le Mouvement déplore que «les autorités marocaines n’ont pas mieux réussi à éliminer les causes qui contribuent à l’exclusion des femmes des postes de responsabilité et à la concentration qui en résulte dans des postes inférieurs, bien qu’elles possèdent les compétences et les qualifications qui leur permettent d’assumer des responsabilités élevées».

Cette tendance s’observe particulièrement dans la fonction publique. En effet, ce constat est dressé quelques mois après la publication d’un rapport du ministère des Finances sur les ressources humaines, montrant que la place des femmes dans ce secteur reste largement minoritaire. Les chiffres ont montré une légère amélioration au fur et à mesure des années, mais celle-ci est encore insuffisante, surtout au niveau des nominations de postes supérieurs en conseil de gouvernement.

De manière plus globale, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a déploré une «situation préoccupante des femmes sur le marché du travail». Selon l’ONG, «le Maroc a connu une baisse du taux d’activité des femmes, qui est passé de 30,4% en 1999 à 19,9% actuellement». La vulnérabilité de la situation des femmes sur le marché du travail s’est avérée «un dénominateur commun aux différents secteurs, ce qui a rendu les ménages dirigés par des femmes plus touchés par la crise sanitaire et ses répercussions économiques», a déploré l’organisation.

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