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Diaspo #183 : Asma Boujtat, une ambassadrice des sciences qui donne l’exemple aux petites filles

Durant son enfance, Asma Boujtat n’imaginait pas que le domaine de la science lui serait accessible. Après avoir relevé le défi contre cette idée reçue, elle est désormais ambassadrice des Sciences et ambitionne de transmettre sa passion aux petites filles dans les établissements scolaires belges.

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Asma Boujtat, technologue de laboratoire / DR.
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En février dernier, la technologue de laboratoire, scientifique et chercheuse Asma Boujtat a été élue ambassadrice des Sciences 2021 par la campagne Women Award in Technology and Science (WATS), de l’Institut d’encouragement de la recherche scientifique et de l’innovation de la Région de Bruxelles-Capitale (Innoviris). Pour la Belgo-marocaine, il s’agit d’une consécration, qui lui permettra de travailler plus étroitement en ateliers éducatifs et ludiques, destinés principalement aux filles pour démystifier l’inaccessibilité de ce domaine.

En effet, cette distinction a pour objectif d’améliorer la représentation des femmes dans les filières scientifiques. Pour ce faire, la priorité d’Asma Boujtat cette année sera de changer les idées reçues sur les filières scientifiques, que beaucoup d’écolières voient comme difficilement accessibles, trop pointues, trop ardues, nécessitant des études longues et un travail de longue haleine.

Il s’agit justement d’un cliché largement véhiculé, selon Asma, notamment par le fait que les profils scientifiques soient souvent représentés sous une figure masculine. «On voit cela même dans le cinéma et dans beaucoup de films, où le rôle du scientifique est souvent celui d’un homme, plutôt âgé, en lunettes et très sérieux», nous confie la chercheuse.

Un déclic pour les sciences grâce à son professeur

Durant son enfance, Asma Boujtat a eu elle aussi cette perception du domaine scientifique, où elle n’a pas imaginé faire carrière. Pourtant, la plus petite de sept frères et sœurs a eu un déclic grâce à l’un de ses professeurs de biologie au secondaire. Née à Bruxelles et ayant vécu dans les quartiers de Schaerbeek puis d’Etterbeek, d’une famille ouvrière originaire d’Oujda, ces cours l’ont tellement marquée qu’elle décide de franchir le pas.

Suivant cette nouvelle passion, Asma Boujtat nous raconte avoir rejoint alors la Haute école Francisco Ferrer. Une fois diplômée, elle a rapidement travaillé en laboratoire d’anatomie pathologique. Sa détermination à toute épreuve l'a poussé à ignorer jusqu'à l'existence d'un plafond de verre. «Je n’accepte pas que des éléments extérieurs interviennent dans ma vie et me mettent des barrières, si je ne décide pas moi-même de me poser les miennes», affirme la chercheuse.

«Cela fait presque 15 ans que je travaille et j’ai vu une évolution positive. En commençant ma carrière, je me sentais un peu comme "le vilain petit canard", tellement le domaine était déserté par les femmes!»

Asma Boujtat

Selon la Belgo-marocaine, «on voit le paysage changer au fur et à mesure des années, mais pas encore assez ; donc il faut toujours continuer à motiver les filles pour qu’elle y évoluent».

Un esprit de réussite à transmettre aux petites filles

Depuis 12 ans, Asma Boujtat est technologue de laboratoire à l’Institut de Duve relevant de l’Université catholique de Louvain et dirigé par Jean-François Collet. «Lorsqu’on est jeune, on n’a pas forcément assez confiance en nous et on n’imagine pas avoir la capacité de suivre des études scientifiques qui semblent difficiles. Mais j’ai réussi à briser cette barrière et à démystifier un domaine, qui n’est finalement pas difficile si on y met sa passion et qu’on travaille assez», souligne encore la technologue.

«Si on n’aime pas ce qu’on fait, il est difficile de garder patience. Lorsqu’un enfant voit par exemple un chercheur qui a un post-doctorat, il n’arrive pas forcément à se projeter vers cet avenir. Il est renvoyé à ses propres peurs et il imagine que ce sont des personnes atypiques qui évoluent dans les sciences. Pourtant, j’ai étudié dans une haute école, je travaille dans un laboratoire de recherche, je mets ma pierre à l’édifice.»

Asma Boujtat

Ph. InnovirisPh. Innoviris

Pour son projet de sensibilisation en tant qu’ambassadrice des sciences, Asma Boujtat espère ainsi aller «à la rencontre de ces enfants-là et pense cibler des écoles dans les quartiers discriminés, où il y a plus de décrochage scolaire afin de remotiver ces jeunes en leur montrant qu’ils peuvent avoir un avenir meilleur». «Ma fille de six ans est déjà venue me voir au laboratoire et elle s'est montrée très curieuse», nous confie-t-elle fièrement, disant faire ce travail de transmission aussi avec ses deux enfants, même s’ils pourraient ne pas forcément opter pour une carrière scientifique.

«Bien entendu, tant que nos enfants sont heureux et qu’ils choisissent leur voie, nous ne pouvons être que fiers en tant que parents. Mais en tant que tels, nous nous devons aussi de leur montrer que tous les horizons sont ouverts devant eux et qu’ils peuvent choisir leur vocation, quelle qu’elles soient.»

Asma Boujtat

«J’ai grandi au sein d’une famille ouvrière, mais j’ai eu la chance en effet d’être entourée de parents qui m’ont beaucoup encouragée à suivre les études que j’ai choisies, à persévérer et à atteindre mes ambitions de jeune fille», se souvient-elle fièrement. Asma Boujtat a toutes les qualités d'une ambassadrice. 

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