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Le tortueux parcours des vaccins Covid-19 pour le Maroc

Depuis l'annonce des tests cliniques effectués dans le royaume avec le vaccin Sinopharm Wuhan, le royaume est allé de report en report pour le lancement de sa campagne de vaccination. Aujourd’hui, le flou total règne faute de lots de vaccins.

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Le ministre de la Santé Khalid Ait Taleb. / DR
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«Le Royaume, à l'instar de ce qui se passe à l'international, va participer avec certains pays aux essais multicentriques relatifs à la Covid-19», annonçait fièrement le ministre de la santé, le 17 août dernier à Rabat. Khalid Ait Taleb a choisi pour l'occasion des termes tels que «quantité de vaccin suffisante», «délais opportuns» et «autosuffisance» qui sonnent étrangement aujourd'hui. Au fil des mois, l'assurance du ministre s'est transformée en flou artistique.

Pourtant, le chemin semblait dégagé pour le Maroc avec l'appel téléphonique entre le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita et son homologue chinois Wang Yi, le 19 août. Le lendemain, deux accords de coopération en matière d’essais cliniques du vaccin anti-Covid-19 entre le royaume et le groupe China National Biotec Group Company Limited (Sinopharm) sont signés et les essais cliniques du vaccin chinois débutent le 2 septembre.

Quelques jours plus tard, le Maroc signe un mémorandum d’entente pour l’acquisition de vaccins anti-Covid 19, avec le Britannique AstraZeneca, le 18 septembre. L’accord avec la Société «R-Pharm» est même conclu lors d’une cérémonie, à distance, marquée par la présence de plusieurs ministres marocains, dont Abdelouafi Laftit, Mohamed Benchaaboun ou encore Nasser Bourita.

De report en report pour la campagne de vaccination

Dès le mois d’octobre, Khalid Ait Taleb préside une séance de travail qui a porté sur les futures mesures et techniques d’élargissement de la vaccination contre le nouveau coronavirus dans toutes les régions du Maroc. Le lendemain, il fait une déclaration à la MAP qui sonne faux dans le contexte actuel : le ministère «déploie tous les efforts pour assurer un stock suffisant de vaccins anti-Covid19, après l'achèvement des essais cliniques et la mise en vente sur le marché mondial».

Le même mois, Saadeddine El Othmani annonce devant les députés et le grand public que des négociations sont en cours avec trois nouvelles sociétés pour l'acquisition d'un vaccin anti-Covid-19 dès qu'il sera mis sur le marché international. Puis les choses s'emballent avec l'imminence de la campagne vaccinale qui devient officielle, le 9 novembre, lors de la scéance de travail présidée par le roi Mohammed VI.

C’est à partir de cette date que les choses avanceront à deux vitesses. Si la préparation sur le terrain va bon train, l’élément central dans la stratégie vaccinale manque : le vaccin. Au micro de France 24, le ministre de la Santé se veut plus flou sur la date de lancement de cette campagne, après des annonces reprises par la presse internationale. Plus tard, Khalid Ait Taleb se contentera d'évoquer un lancement «vers la fin décembre».

Du flou et de la confusion

Nous sommes toujours en décembre. Des rumeurs indiquant que le Maroc attendrait l’approbation des deux vaccins dans leurs pays d’origine avant de les autoriser passent alors sous silence. Il faut attendre la fin du mois, lorsque le Royaume-Uni et la Chine donnent le feu vert aux deux vaccins avant que le ministère de la Santé ne déclenche la procédure d’homologation.

La dernière semaine de l’année est entamée sans le lancement de la campagne de vaccination pour le Maroc ou l’acquisition d’une seule dose. Le ministre finit alors par reconnaître que les lots ne sont pas encore parvenus au Maroc, au moment où plusieurs médias continuaient à annoncer une réception imminente.

A la confusion autour de la date du début de la campagne de vaccination, l’investigateur principal et coordinateur national des essais cliniques du vaccin de Sinopharm au Maroc lance un pavé dans la marre, dès le début de l’année. Le vaccin de Sinopharm développé avec l’Université de Pékin sera «probablement utilisé au Maroc pour la vaccination», a déclaré le professeur Redouane Abouqal, lors d’un webinaire organisé par la SMSM. La confusion est de taille, alors que le royaume avait effectué des essais cliniques en utilisant le vaccin de Sinopharm développé avec l’Université de Wuhan. Plus personne ne parle de cette version vaccinale, ni en Chine, ni au Maroc.

Le ministère de la Santé ne prendra pas la peine d'expliquer le remplacement de la société «R-Pharm» par le Serum Institute of India comme fournisseur du vaccin AstraZeneca alors que la convention avait été signée avec le Russe. Malgré cette gymnastique, le géant indien ne semble pas placer le Maroc parmi ses destinations prioritaires. Après l’approvisionnement de l’Inde, le premier lot à l'export du vaccin fabriqué par Serum Institue of India sera réservé au Brésil pour début février.

Naviguant à vue depuis plusieurs semaines, plus aucune date de début de livraison de vaccin n'est avancée de manière officielle par le ministre de la Santé. Pour faire patienter la population, il préferera donner une hypothétique date de fin de vaccination fin avril et une immunité collective qui serait atteinte début mai. Une promesse tout aussi hasardeuse que les précédentes mais qui lui permet de «gagner du temps» avant l'heure du bilan.

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