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Vaccination Covid-19 au Maroc : Aït Taleb ou l’équation impossible [Edito]

Une annonce qui devrait rassurer les Marocains : la date de fin de la campagne de vaccination contre la covid-19 est déjà fixée. Seule inconnue : la date de début !

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La vaccination, c’est un peu comme un chantier immobilier. On vous promet une date de fin quel que soit le retard à l’allumage ou les pépins qui pourraient entraver le déroulé du rétroplanning. «Ne vous inquiétez pas, votre maison sera livré avant le Ramadan», vous promet-on. s’en suivent 12 mois de nouvelles excuses pour expliquer chaque contretemps.

Khalid Aït Taleb est un peu ce maître d’ouvrage qui nous promet à chaque fois une nouvelle date. Depuis novembre, le ministre de la Santé n’a eu de cesse de communiquer sur les commandes de vaccins par millions et sur la date de début de la campagne, censée démarrer début, puis fin décembre. Et puis... plus rien. Le Maroc attend toujours sa première livraison de doses AstraZeneca puisque celles du Sinopharm semblent s’éloigner.

Le flou artistique entretenu par le ministre a éclaté au visage des Marocains, lors de son passage dans l’émission Confidences de presse sur 2M. Pas de date de début, mais l’assurance de passer un ramadan sans mesure restrictive, puisque l’immunité collective post-vaccinale serait atteinte d’ici début mai. En bon scientifique pragmatique, Aït Taleb fait le décompte du planning : 12 semaines de campagne vaccinale + 2 semaines après la seconde dose pour s’assurer que l’immunité atteigne son pic... Le compte est bon ! Mais pas un mot sur la principale inconnue de l’équation : la date de début. Les Marocains devront faire confiance au rétroplanning ministériel sans début de planning.

Trop d'inconnues dans l'équation

Un début de campagne vaccinale qui est suspendu à la livraison d’un premier lot de doses de vaccin. Dans un contexte mondial de tensions sur la disponibilité des vaccins, c’est loin d’être un simple contretemps. L’assurance de recevoir les doses du vaccin Sinopharm de Chine en décembre s’est évaporée, au point de ne plus être évoquée par le ministre. D’ailleurs, le Maroc n’a toujours pas donné l’autorisation temporaire. N’ayant aucune visibilité sur le «partenaire» chinois qui avait pourtant mené des tests cliniques au Maroc, Aït Taleb a changé son fusil d’épaule en priorisant l’autorisation du vaccin AstraZeneca. Mais là aussi, c’est le brouillard. Quelle date de livraison du premier lot ? Combien de doses ? Une quantité symbolique ? 500 000 ? Quid des prochaines livraisons pour assurer la continuité des 12 semaines de campagnes de vaccination ?

Or, l’ambition du ministère de la Santé est grande, pour ne pas dire démesurée. 25 millions de personnes doivent être vaccinées 2 fois d’ici fin avril, soit 50 millions de doses sans compter les pertes. Le Maroc a donc commandé au total 65 millions de doses pour les deux vaccins sus-cités. Ainsi, pour tenir le rétroplanning indiqué par Aït Taleb, il nous faudrait une livraison hebdomadaire moyenne de plus de 5 millions de doses chaque semaine. Soit un rythme 10 fois plus élevé que la plupart des pays européens qui se contentent actuellement de lots de 500 000 doses hebdomadaires. Le pari du ministre paraît dès lors impossible à tenir. D’ailleurs, hormis les pays-continent (Chine et Etats-Unis), aucun n’arrive aujourd’hui à vacciner autant de personnes que le rythme ambitieux souhaité par le Maroc, même le Royaume-Uni qui produit pourtant le vaccin AstraZeneca.

Dans un contexte de scepticisme quand aux nouveaux vaccins contre un nouveau virus, il paraît hasardeux de mener en bateau la population marocaine quand au début de la campagne de vaccination, la livraison des doses, le rythme soutenu des personnes vaccinées et enfin l’immunité collective garantie pour fin avril / début mai. Si on ne peut tenir responsable Khalid Aït Taleb des tensions sur les producteurs de vaccins qui s’imposent au Maroc comme à la plupart des pays, il est irresponsable de nourrir de faux espoirs parmi la population. Un ministre de la Santé est censé prendre soin de la population, et non créer des névroses.

Article modifié le 15/01/2021 à 11h44

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