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Algérie : Quand Ben Bella et Aït Ahmed appuyaient la marocanité du Sahara

Avant que les deux pays voisins ne deviennent des frères ennemis, la convergence de points de vues sur le Sahara occidental était totale. Preuve en est la position de Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed.

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Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed / DR
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Depuis 1975, rares sont les responsables algériens manifestant ouvertement leur opposition à la politique du pouvoir militaire sur la question du Sahara occidental. L’ancien président Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, une figure de la résistance et fondateur des Front des Forces Socialistes, font exception. Il faut rebobiner pour celà les fils de l'histoire de plusieurs décennies.

Nous sommes le 16 décembre 1985, à l'occasion d’un point de presse animé conjointement à Londres, Ben Bella et Aït Ahmed n’ont pas hésité à exprimer une position qui va ébranler la doxa algérienne.

«Nous n’avons pas intérêt au démembrement du Maroc. Il faudrait que les partenaires en discutent. Nous pensons que le Maroc a une profondeur historique réelle. Tous les dirigeants du Maroc sont originaires de la Saguia El Hamra. Tous sans exception ! Les Almoravides, les Almohades, les Saadiens et les Alaouites.»

Ahmed Ben Bella

Il continue son plaidoyer en faisant le parallèle entre le Sahara marocain et le Sahara algérien. «Le pouvoir politique s’est toujours situé au Sahara. Le problème du Sahara n’est pas le problème de Hassan II. C’est le problème d’un peuple, d’une Histoire dont il faut tenir compte. Savez-vous qu’au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, on a voulu nous créer une "République du Sahara" avec Hamza Boubakeur à sa tête. Pourquoi serions-nous pour le démembrement du Maroc, lorsque nous l’avons refusé chez nous ?», s’est interrogé le premier président de la république algérienne.

Ben Bella rappelle ici une page oubliée de l’histoire algérienne. Il s’agit d’un projet remontant à 1961 auquel tenait beaucoup Michel Debré, alors Premier ministre du président De Gaulle. Il comptait notamment sur l’adhésion de certains notables du sud, comme Hamza Boubakeur (le père de Dalil Boubakeur, ancien recteur de la mosquée de Paris).

Deux décennies plus tard, en mai 2006 à Marrakech, Ahmed Ben Bella a l’occasion de manifester son appui à la solution politique de la crise du Sahara, basée sur une autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté du Maroc. «J'ai déjà défendu ce projet il y a plus de dix ans en Espagne», déclare-t-il lors d’un point de presse.

Aït Ahmed pour une solution maghrébine

Bien avant que l’Union du Maghreb Arabe ne soit proclamée en février 1989 au Maroc, Hocine Aït Ahmed croyait en les vertus d’une telle structure pan-maghrébine. «Faisons le Maghreb tout de suite alors que l’Europe achève sa mise en place avec l’adhésion de l’Espagne et du Portugal. Nos économies ne peuvent être viables qu’à l’échelle maghrébine. De plus, il faut en finir avec le nationalisme qui n’est pas de nos traditions. L’islam ne connaît pas ce type d’idéologie très étroite», affirme-t-il en décembre 1985. Une analyse qui n’a pris la moindre ride, tant elle est toujours d’actualité.

«Pourquoi ne pas laisser les R’guibates (la tribu la plus forte numériquement dans les camps de Tindouf, ndlr) vivre comme ils ont toujours vécu dans le Maghreb, fiers, heureux de leur civilisation nomade ? Pourquoi s’attacher à les sédentariser, à les couper de leurs racines qui sont précisément de n’en avoir d’autres que leur orgueil, et ne pas leur permettre de se déplacer où ils veulent et sans passeports ?»

Hocine Aït Ahmed

Les déclarations des deux leaders algériens défunts peuvent surprendre aujourd'hui, alors que les voix unionistes se font de plus en plus rares en Algérie. De toute évidence, l’ancien président tunisien Moncef Marzouki est un digne hériter de cette pensée pan-maghrébine. En décembre 2020, il a accusé le pouvoir militaire en Algérie de prendre en «otage» les Sahraouis des camps de Tindouf. «Les Sahraouis ont la possibilité d'avoir trois patries et pas une seule, la première est l’autonomie au sein de la patrie marocaine, la seconde est la patrie marocaine, et la troisième est l'Union du Maghreb», a plaidé Marzouki.

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