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Les concessions du Maroc aux Etats-Unis pour arracher la reconnaissance de la marocanité du Sahara

Le mandat de Donald Trump a vu un alignement tous azimuts de la politique internationale marocaine sur celle des Etats-Unis. Des concessions qui auront permis in fine de décrocher la reconnaissance par Washington de la marocanité du Sahara occidental.

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L’ambassadeur US, David T. Fisher signant la nouvelle carte reconnaissant la marocanité du Sahara / DR
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Alors que 2020 tirait vers la fin, le 10 décembre, le président Donald Trump signait un décret reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Une consécration pour la diplomatie marocaine après une longue année de concessions et d'alignements en faveur des Etats-Unis. La dernière en date concerne la reprise des relations, rompues en 2000, entre Rabat et Tel-Aviv.

Cet ultime exemple ponctue la convergence de la politique internationale du Maroc sur celle de Washington durant tout le mandat de Donald Trump à la Maison blanche. Dès l'investiture du milliardaire républicain le 21 janvier 2017, les plus hautes autorités du royaume ont pris des initiatives en harmonie avec la nouvelle politique étrangère de l’administration Trump.

Une fois aux commandes, le président a concrétisé l'une de ses promesses de campagne, à savoir le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien signé le 14 juillet 2015 à Vienne. De hauts responsables américains ont commencé à préparer l’opinion internationale à une telle sortie, ne se lassant pas de répéter que le régime chiite des Mollah est un ennemi qui mérite d’être sanctionné. C'est dans ce contexte d'imminence du retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien (8 mai 2018), que Rabat décrète, le 1er mai 2018, la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran au motif du soutien militaire apporté par le Hezbollah libanais au Polisario. Le 14 octobre 2016 le Maroc venait pourtant de désigner un nouvel ambassadeur à Téhéran.

S’adapter aux objectifs de la politique étrangère US

Une décision suivie quelques mois plus tard par l’annonce d’un projet de coalition internationale destinée à contrer l’"expansionnisme iranien". Le 14 février 2019 les Etats-Unis lancent dans la capitale polonaise le «Processus de Varsovie». Le Maroc répond présent en la personne du ministre délégué aux Affaires étrangères, Mohcine Jazouli, assis non loin du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Cet engagement marocain à la nouvelle initiative américaine s’est traduit par l’accueil, en mars 2020 à Marrakech, de l’atelier consacré à la lutte contre le terrorisme et le financement illicite des groupes radicaux. Israël a envoyé à cette session la responsable de la direction de la sécurité régionale et du contre-terrorisme au ministère des Affaires étrangères.

Après l’Iran, le président a mis le cap sur le Venezuela. Les relations entre Washington et Caracas étaient déjà exécrables du temps de Barack Obama qui avait refusé de reconnaitre la victoire de Nicolas Maduro aux présidentielles de 2013. Pour enfoncer le clou, le 23 janvier 2019, Trump reconnaissait l’opposant Juan Guaido, alors président de l’Assemblée Nationale, comme «chef de l’Etat par intérim» du Venezuela. Six jours plus tard, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a eu un entretien téléphonique avec Guaido, suivi par la reconnaissance de sa présidence. Le rapprochement va se concrétiser avec l’accueil depuis juillet 2019 de José Ignacio Guédez en sa qualité d’ambassadeur de l’opposition à Rabat, d'une rencontre fin septembre 2019 entre Bourita et Guaido à New York et de participations du Maroc aux réunions du Groupe de Lima de soutien à l’opposition de Nicolas Maduro.

Le Maroc et le projet de coalition anti-Daesh en Afrique

Les gestes politiques en faveur de Washington se sont également matérialisés sur le plan économique. Le Maroc a multiplié les commandes d’armement des Etats-Unis, battant son propre record avec plus de 10 milliards de dollars en 2019. Le lobby du secteur de l'armement et la Maison blanche étant connu pour leur proximité.

Si le Maroc a su adapter sa politique avec les objectifs des Etats-Unis durant la présidence Trump, il aura l’occasion de poursuivre sur la même voie avec son successeur Joe Biden, avec notamment le projet d’ouverture d’un nouveau front en Afrique dans la guerre contre Daesh.

Le premier pas vers la constitution d’une nouvelle coalition africaine contre les antennes de l’organisation terroriste sur le continent a été effectué, le 11 novembre dernier à Abuja, lors d’une conférence entre le Nigéria et les Etats-Unis, marquée par la présence de l’ambassadeur Nathan Sales, l’envoyé spécial des Etats-Unis auprès de la coalition mondiale contre Daesh. Le royaume, de part son expérience dans la première guerre contre Daesh en Irak et Syrie, est appelé à jouer un rôle de premier plan. 

Juste après la signature, en octobre, de l’accord militaire d’une durée de dix ans entre le Maroc et les Etats-Unis, l’ancien ministre de la Défense, Mark Esper, a d'ailleurs salué un «accord qui ouvrira les portes d'une coopération trilatérale entre le Maroc, les Etats-Unis et les pays africains».

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