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Histoire : En 1988, le Polisario a abattu deux avions américains

En décembre 1988, le Polisario a abattu deux avions américains lors d’une mission de lutte contre la propagation des criquets au Maroc. Le premier avion est tombé entre la frontière mauritanienne et le mur de sable. Le second a atterri dans l’aérodrome de Sidi Ifni. Histoire.

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Photo d'illustration / DR.
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En 1988, une équipe américaine a été mobilisée dans le cadre d’une mission de lutte contre les criquets en Afrique de l’Ouest. Le 8 décembre de la même année, deux avions des agents civils mandatés par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) pour pulvériser les criquets ont été dépêchés à Agadir, au Maroc.

Après avoir quitté Dakar, leur objectif a été de rejoindre Agadir pour soutenir les efforts contre cette propagation dans la région du Souss. Mais en cours de chemin vers le Maroc, les deux avions ont subi une attaque de missiles, attribuée dans le temps à des «assaillants inconnus». L’attaque, qui aurait été orchestrée par les milices du Polisario, a provoqué le crash du premier avion, tuant les cinq membres d’équipage. Le deuxième avion, un DC-7, a été endommagé et son équipage forcé de procéder à un atterrissage d'urgence.

Les deux appareils appartiennent à T&G Aviation de Chandler, basé en Arizona, qui a un contrat avec l’USAID, a rapporté l’Associated Press à l’époque.

Un avion explosé et un second endommagé

Alors que le premier avion de pulvérisation anti-acridien a explosé à une altitude d’environ 10 000 pieds, le second, avec cinq autres civils à bord, a fini par atterrir sur un aérodrome de Sidi Ifni, ne signalant aucune victime.

Les deux appareils appartiennent à T&G Aviation de Chandler, basé en Arizona, qui a un contrat avec l’USAID, a rapporté l’Associated Press à l’époque. Sergio Tommasoni, copropriétaire de la compagnie aérienne qui a fourni les deux avions et chef d’équipage du deuxième appareil attaqué, a déclaré à AP le 10 décembre que les quatre hommes sortis du premier avion étaient signalés sains et saufs à Agadir.

«Nous étions juste à environ 11 000 pieds quand, tout d’un coup, le premier avion a été touché», se souvient-il. «Nous avons vu une fumée et une grosse boule de feu. L’un des moteurs était en flammes. L’avion a commencé à perdre de l’altitude, puis l’aile droite a explosé. Je savais qu’ils étaient en difficulté, mais nous l’étions tout autant», a-t-il confié.

En effet, les deux avions ont été visé près d’une zone connue pour abriter des «rebelles marxistes qui combattent pour un Sahara occidental indépendant», a écrit la même source, se référant aux membres du Front Polisario.

Le lendemain de la double-attaque, l’ambassade des Etats-Unis à Rabat a rapporté que l’épave du DC-7 abattu se trouvait au «Sahara occidental, au niveau d’une bande de 25 miles de large entre la Mauritanie et les positions les plus avancées le long d’un mur de défense de 2 000 miles construit par le Maroc».

Cette déclaration a ensuite été suivie de celle d’experts militaires américains, qui ont souligné que l’épave de l’avion était située à seulement quelques kilomètres à l’est de Bir Lahlou, un avant-poste désertique situé entre le mur de sable et la frontière mauritanienne. Le point de chute, selon la même source, était situé à environ 1 047 kilomètres au sud de Rabat.

Le Polisario attribue l’incident au Maroc

Réagissant à l’attaque, le département d’Etat américain a déclaré que le FBI enquêtait sur l’affaire pour déterminer l’auteur des tirs de missiles. Par ailleurs, certains responsables américains ont formulé l’hypothèse que les assaillants auraient considéré les avions comme étant marocains, ce qui les aurait poussés ainsi à mener l’opération.

Le Maroc a également publié un communiqué au sujet de l’attaque, qu’il a dénoncée en la qualifiant d’«acte de barbarie». Il a également exprimé ses regrets de constater que des ont été «abattues froidement alors qu’elles accomplissaient un devoir humanitaire».

Le Polisario, directement pointé du doigt cette fois-ci, a réagi à travers son représentant en Amérique du nord à l’époque, Madjid Abdullah. Face aux accusations, ce dernier a rétorqué en assurant qu’il «ferait tout [son] possible pour mettre toute la lumière sur cet incident tragique et malheureux». Le Mouvement a déclaré n’avoir «aucun intérêt à créer un incident avec les Etats-Unis» ajoutant que le Maroc «devait assumer la responsabilité d’envoyer des avions civils au-dessus d’une zone qui connaît une important concentration de forces du Polisario», a rapporté AP à la suite des deux attaques.

Les deux avions ont été ciblés quelques années seulement avant que le Maroc et le Polisario ne signent un accord de cessez-le-feu, qui a été acté en 1991.

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