Menu

Article  

Palestine : De Gaza à Rabat, l’itinéraire atypique des comédiens Mohamed et Mahmoud

Venus quelques jours au Maroc pour participer à un festival, les comédiens palestiniens Mahmoud et Mohamed ont fini par s’installer dans le royaume, qu’ils considèrent désormais comme leur deuxième pays. En partageant leur histoire personnelle, ils veulent porter un message d’espoir à tous les jeunes de Gaza, leur ville natale.

Publié
Les comédiens palestiniens Mahmoud et Mohamed / Capture d'écran
Temps de lecture: 3'

Initiés au jeu théâtral depuis leur enfance passée dans la bande de Gaza, les comédiens palestiniens Mohamed et Mahmoud ont voulu aller au bout de leur rêve. Il aura été plus fort que la guerre, les bombardementsbet l'état de siège subis par l’occupation israélienne. Dans une récente vidéo, ils ont relaté leur parcours à AJ+, s’exprimant tantôt en dialecte palestinien, tantôt en darija marocaine, qu’ils ont appris à maîtriser au fil des années.

Ils sont venus initialement pour quelques jours à Khouribga, où ils devaient se produire en spectacle dans le cadre du Festival international Arrouad du théâtre. Finalement, les deux jeunes ont décidé de s’installer à Rabat, où ils ont fondé leurs familles, travaillent sur leurs projets artistiques et tiennent un magasin de gâteaux traditionnels palestiniens. «Lorsque vous vous sentez vivre dignement, dans un pays qui n’est pas le vôtre, vous vous sentez comme à la maison, en Palestine», a déclaré Mahmoud Afana au média.

Le comédien insiste sur cet «amour hors-normes», que son ami et lui disent recevoir «de partout». «Le propriétaire d’un café où nous allons souvent écrire nos scénarios a nommé son enseigne ‘Café Palestine’ en notre honneur. Parfois, il prend notre paiement de consommation, mais il y renonce aux vingt autres», raconte-t-il pour illustrer la bienveillance autour d'eux.

Un séjour artistique annonciateur d’une nouvelle vie

Avant d'arriver là,  Mohamed et Mahmoud ont parcouru un long chemin. C'est leur amour pour le théâtre qui les a conduits au royaume, après avoir longtemps fait les scènes gazaouies dès l’enfance. Mohamed se souvient d’ailleurs de ses débuts et de ses appréhensions, à l’âge de huit ans.

«Mon père travaillait pour la chaîne "La voix de la liberté". Un jour, il m’a dit que son équipe avait besoin d’un enfant pour un rôle de théâtre et m’a demandé de faire partie du groupe. J’avais peur de ne pas pouvoir être à la hauteur, mais il a insisté en me disant qu’il comptait beaucoup sur moi.»

Mohamed

L’aventure de Mahmoud avec le théâtre a commencé deux ans plus tard. «Notre professeur de musique nous a dit qu’il avait besoin d’un groupe pour les répétitions d’une pièce, qui parlait des enfants de l’après-guerre», a-t-il confié à la même source. Mais depuis, le père des arts a renforcé l’amitié entre les deux jeunes, qui sont devenus inséparables.

Mohamed rêvait de faire des études en cinéma. Sous blocus israélien depuis 2007, «Gaza n’avait ni institut cinématographique, ni salle de cinéma, ni théâtre, depuis qu’un raid [israélien, ndlr] a mis à terre celui qui existait jusque-là dans la ville», se souvient-il. Malgré leur talent reconnu en Palestine, Mohamed et Mahmoud se sont confrontés à un autre défi : le contrôle drastique au poste-frontière de Rafah. Un obstacle à plusieurs spectacles, notamment au Maroc, malgré les invitations et les visas. Mais les deux comédiens ont continué à garder espoir. La quatrième fois où ils ont été conviés au Festival international Arrouad du théâtre à Khouribga a été la bonne.

Mohamed et Mahmoud dorment près du poste-frontière de Rafah trois jours durant. Arrivés finalement à Khouribga, Leur prestation au festival connaît un franc succès. Mais le retour des deux comédiens à Gaza est de nouveau entravé par le long blocage du passage de Rafah. Dans l’impossibilité de séjourner en Egypte, en attendant une réouverture, les deux comédiens sont hébergés chez un ami à Rabat pendant plus d’un mois. Ils déposent aussi une demande de résidence au Maroc, très vite acceptée.

L’espoir de briser l’état de siège à Gaza

Mohamed et Mahmoud considèrent aujourd’hui leurs riverains comme la famille élargie. «Nos liens sont tellement forts avec les Marocains. Peu à peu, nous avons commencé à apprendre le dialecte. Les gens étaient contents que nous soyons parmi eux, que nous parlions la darija», a déclaré Mohamed à AJ+.

Au Maroc, le duo a travaillé pendant plus de deux ans sur un premier film. Il a été montré dans le cadre de festivals locaux, notamment à Safi. Mohamed et Mahmoud souhaitent rendre leurs parents et leurs proches fiers. «Lorsque je lui ai annoncé ma décision de ne pas rentrer, mon père m’a dit : "puisque tu ne veux pas revenir, reviens avec quelque chose entre les mains. Autrement, tu ferais mieux de mourir là-bas !" C’est quelque chose qui m’est resté sur la conscience. A chaque fois que je me sens en situation de faiblesse, je me rappelle des mots de mon père», confie Mahmoud.

«Je me rappelle de ma mère, à qui j’ai fait un bref aurevoir. Je lui disais de prier toujours pour que je réussisse. Je lui ai promis que quand j’arriverai à mes ambitions, je reviendrai à la maison pour voir les larmes de joie dans ses yeux et pour qu’elle partage sa fierté avec ses voisines. (...) Viendra le jour où je retournerai à Gaza la tête haute.»

Mahmoud

Mohamed voit également grand, pour les jeunes de sa ville natale, à qui il veut transmettre l’espoir de la vie et de la réussite. «Je leur dit de s’armer sérieusement de patience. Par la volonté de Dieu, un soulagement viendra et nous pourrons réaliser nos rêves, nous rendre utiles à tous les autres jeunes à qui nous avions fait la promesse d’atteindre nos objectifs», a-t-il conclu avec espoir.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com