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Covid long au Maroc : Des symptômes qui persistent plusieurs mois après l’infection

Après leurs guérisons de la covid-19, des malades décrivent aux praticiens des troubles persistants : de la perte de l’odorat et du goût à la fatigue persistante. Les experts insistent sur l’importance de surveiller les lésions pulmonaires et les séquelles psychologiques.

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Photo d'illustration. / Marco Di Lauro - G.I.
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Au Maroc, comme ailleurs, survivre à la Covid-19 peut laisser des séquelles physiques ou psychologiques chez les patients. Près de 8 mois après l’apparition des premières infections, les récits concernant ces effets secondaires dus à l’infection au SARS-CoV-2 se multiplient. Les experts marocains commencent à formuler quelques constats liés au suivi de ces patients.

«Il faut définir ce qu’on entend par "séquelles", car cela implique quelque chose qui n’est pas réparable. Nous appelons cela en médecine gestion de complication et prévention tertiaire et ce sont des complications et des aggravations d’une situation passée et que nous ne pouvons pas récupérer», explique à Yabiladi ce lundi le professeur Jaâfar Heikel, épidémiologue et infectiologue. L’expert rassure ainsi quant à ces effets secondaires qu’il a observés en traitant des patients atteints de la Covid-19, évoquant des «séquelles transitoires et donc pas définitives, et qui n’ont pas d’impact grave».

Des «séquelles» réversibles, qui disparaissent avec le temps

Le premier constat, relevé chez des patients marocains reste la «fatigabilité extrême». «Elle persiste de 4 à 6 semaines après la guérison. Les patients se sentent épuisés et fatigués, avec des courbatures», détaille l’épidémiologue et infectiologue. «Dans certaines situations, ces patients disent être ‘toujours vidés’, qu’ils ont mal au niveau des articulations et qu’ils ressentent même une incapacité à soulever leurs bras», indique-t-il. Dr. Jaâfar Heikel précise que cette «fatigabilité extrême» est toutefois «réversible, car il s’agit d’une conséquence à court ou à moyen terme» qui dure rarement au-delà de 8 semaines.

Le deuxième constat reste la perte du goût (agueusie) et de l’odorat (anosmie). «Dans 85% des cas, les patients récupèrent le goût et l’odorat durant le traitement», rappelle le praticien, qui note que «15% des patients ne les récupèrent qu’après un mois ou plus, qui suit la guérison qui intervient 14 jours après l’apparition du premier symptôme».

Dr. Jaâfar Heikel souligne aussi qu’une persistance d’une oppression ou d’une petite détresse respiratoire peut également être observées chez certains patients.

«Nous appelons cela la persistance d’une fibrose pulmonaire et c’est ce qui doit attirer notre attention. Elle est constatée uniquement chez 5% des cas, mais elle doit ainsi être surveillée, sur le plan clinique, par un scanner, au moins les six mois suivant la guérison.»

Pr. Jaâfar Heikel

Pour sa part, le professeur Abdelfattah Chakib, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd Casablanca, se montre rassurant quant à la présence d'un excès de tissu conjonctif fibreux au niveau des poumons. «Il y a des patients qui s’inquiétent de la fibrose mais les données montrent que ces lésions, qui peuvent être importantes au début, diminuent puis disparaissent avec le temps», nous confie-t-il.

Il cite aussi la présence, chez certains patients, de «troubles vasculaires, comme les embolies (obstruction d'une artère des poumons par un caillot de sang, ndlr) ou des thromboses», rappelant que ces troubles sont connus et ont été décrits dans la littérature scientifique.

Séquelles psychologiques et maladies sous-jacentes

Jaâfar Heikel insiste également sur les «séquelles psychologiques» qui peuvent passer inaperçus, bien qu’elles touchent beaucoup de patients ayant guéri de la Covid-19. «Elle sont assez importantes puisqu’elles sont présentes chez un quart des cas que j’ai traités. Ainsi, 25% des cas estiment que ‘ce n’est plus comme avant’, qu’ils n’ont pas le moral comme avant, que la crise a fait beaucoup de mal à leurs familles et à eux-mêmes», rappelle le praticien. Parfois, c'est le retour à la vie sociale qui se révèle difficile. L’épidémiologue donne l’exemple d’une patiente, «qui habite dans un immeuble au 5ème étage, à qui le syndic de l’immeuble a demandé de ne plus prendre l’ascenseur car elle a été testée positive à la Covid-19 et psychologiquement, c’est dur».

«Ces gens sont restés enfermés chez eux à la maison et n’ont pas acceptés le regard de l’autre. Il y a aussi eu certains comportements qui n’ont pas été corrects de la part de voisins. Je conseille à ces patients de consulter des psychologues ou psychiatres.»

Jaâfar Heikel

Le praticien souligne enfin qu’il y a des patients qui évoquent des problèmes cardiaques, neurologiques ou dermatologiques, mais qui «ne sont pas liés à la Covid-19». «Ces problèmes sont soit liés à des pathologies qui existaient avant l’infection au SARS-CoV-2 ou soit liés à une somatisation», estime-t-il.

Dr. Abdelfattah Chakib rappelle, à cet égard, qu’une «compensation de maladies sous-jacentes» peut aussi être observée. Mais en général, les experts n’ont pas «relevé d’importantes séquelles sur les patients déjà hospitalisés», précise ce spécialiste des maladies infectieuses, en notant qu’une étude concernant ce sujet est toujours en cours.

«Avec un recul de 6 mois, j’ai constaté avec mon équipe que nous avons 94% des cas avec guérison sans réinfection et sans conséquences graves après le traitement et la guérison», rassure pour sa part le Dr. Jaâfar Heikel.

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