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Marzouki : «Nous ne pouvons sacrifier l'avenir de 100 millions Maghrebins pour 200 000 Sahraouis»

L'ancien président tunisien Moncef Marzouki a plaidé, jeudi, pour une rupture avec les politiques du passé par les dirigeants algériens. Il a affirmé que l’avenir des peuples du Maghreb ne doit pas être «sacrifié» pour le bien des Sahraouis séparatistes, mettant en avant l’autonomie proposée par le Maroc.

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L'ancien président tunisien Moncef Marzouki . / DR
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Le timing de sa déclaration et sa teneur ne manqueront pas de susciter des grincements de dents à Alger comme à Tindouf. Dans une interview publiée jeudi par le journal Al Quds Al Arabi, l'ancien président tunisien Moncef Marzouki a évoqué la question du Sahara.

Il a ainsi rappelé que ce conflit est à l'origine du gel de l'Union du Maghreb arabe qui se poursuit depuis de nombreuses années. «Vous savez à quel point je suis un Maghrebin qui a cherché et cherche à faire avancer ce projet. Mais il est clair qu'il y a des forces déterminées à l'avorter», a-t-il dénoncé en fustigeant la main invisible de certaines puissances.

«Dès que nous avançons et trouvons une solution raisonnable au problème sahraoui dans le cadre de l'autonomie au sein du Maroc et d'une grande fédération maghrébine, certaines puissances interviennent pour mener des opération terroristes et empêcher cela.»

Moncef Marzouki

«Sacrifier» l'avenir des Maghrébins pour le Polisario ?

L’ancien président tunisien a souligné que les parties qui portent la responsabilité de contrecarrer le projet maghrébin «sont celles à l'origine des récentes opérations du Polisario», considérant qu’elles «n'ont d'autre but que d'empêcher tout rapprochement ou la réalisation du rêve maghrébin». 

En désignant l’Algérie, il a ainsi exprimé l'espoir que «le changement» qui s’y opère grâce au Hirak et la démocratie «amènera une nouvelle génération de dirigeants qui aura le courage et le patriotisme de comprendre que cette politique, ayant conduit à gaspiller quarante ans, doit prendre fin». «Aujourd'hui, nous devons entrer dans un processus positif de rapprochement entre les peuples», plaide-t-il avant de fustiger le Polisario.

«On ne peut pas sacrifier l'avenir de 100 millions de Maghrebins pour le bien de 200 000 Sahraouis alors que ces personnes se retrouvent honorées et leur dignité préservée au sein d'une union maghrébine et dans le cadre de l'autonomie (proposée par) l'Etat marocain.»

Moncef Marzouki

Pour le fondateur du mouvement Tunisie Volonté, l’objectif est d'«unifier les Etats et non pas de les diviser». «Car si nous acceptons cela (la division, ndlr) qu'est-ce qui empêchera demain d'exiger la division de l'Algérie ou de la Tunisie ?», s’interroge-t-il.

La neutralité de la Tunisie et de la Mauritanie «n'ont plus de sens»

Le premier président tunisien après la révolution de 2011 a également regretté que le peuple maghrébin aient été «otage d'un régime contre lequel le peuple algérien s'est révolté». «Mon grand espoir est que la nouvelle génération de dirigeants algériens avec le Hirak et la démocratie, cherchera à mettre fin à ce problème et construire l'Union du Maghreb, qui ne verra pas le jour avec le Polisario et la division du Maroc», a-t-il martelé.

Moncef Marzouki a considéré que la neutralité tunisienne et mauritanienne dans le dossier du Sahara «n'ont plus de sens et ne sont plus possibles». Il a rappelé que depuis la révolution tunisienne et jusqu'à son départ du pouvoir, la position de l'ancien régime algérien concernant le pays du Jasmin «était très négative, (car les Algériens) savaient que [sa] position et celle de la Tunisie étaient différentes de la vision algérienne du dossier du Sahara».

Il a noté que pendant son mandat à la tête de la Tunisie, il a cherché à «rassembler les dirigeants maghrébins» qui ont tous accepté, à l'exception des Algériens. «Je pensais leur présenter à cette époque plusieurs propositions, comme les cinq libertés, à savoir la liberté de mouvement, de résidence, de travail, de propriété et de participation aux élections municipales du peuple maghrébin dans les cinq pays, suivies d'une solution à la question du Sahara dans le cadre de l'autonomie», conclut-il.

Il est à rappeler que Moncef Marzouki avait annoncé en novembre 2019, sa retraite du monde politique, après son échec à l'élection présidentielle marquée par la victoire de Kaïs Saïed, succédant ainsi à Beji Caid El Sebsi.

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