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Maroc : L’AMDH dresse un tableau sombre de la situation des droits humains en 2019

Le rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme au Maroc pour l'année 2019, publié ce mercredi par l'Association marocaine des droits humains, a dressé un tableau sombre de la situation dans le pays au cours de l'année dernière. Pour l’ONG, 2019 a été marquée par la persistance et l'exacerbation des violations des droits humains.

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Photo d'illustration. / DR
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L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a publié, ce mercredi, son rapport annuel sur la situation des différents types de droits qu'elle a accompagnés au cours de l'année 2019. Le document dépeint une situation qui continue de se détériorer.

Ainsi, pour les droits civils et politiques, l’AMDH estime que le droit à la vie «est fréquemment violé dans notre pays, en raison de divers facteurs et causes». Elle note que «les citoyens sont victimes par négligence, le manque de soins médicaux nécessaires, le non-respect des règles et normes de sécurité, le manque de responsabilité et la prévalence de l'impunité».

Elle évoque ainsi 15 condamnations à la peine capitale en 2019, l'enregistrement de 23 décès dans les centres de détention, de 32 dans les hôpitaux et centres de santé dus à une négligence médicale ou des erreurs médicales, ainsi que 36 décès sur le lieu de travail ou à la suite d'accidents du travail ou lors des trajets domicile-travail ou en raison de l'absence de conditions de sécurité sur le lieu de travail. Et d’ajouter que l’année dernière a été marquée par 19 cas de piqûres de scorpion, de morsure de serpent et de rage, et 13 décès dus à l'inhalation de monoxyde de carbone.

Des droits bafoués avec «une approche sécuritaire et répressive»

Le rapport fait état de la poursuite de la «détention politique», avançant le chiffre de 311 détenus politiques pour l'année 2019, dont le plus part condamnés dans le contexte du Hirak du Rif avec 172 détenus, suivis de 83 détenus dans le contexte du Hirak de Jerada, puis «34 de détenus sahraouis» et le reste du groupe Belliraj. L’AMDH ajoute qu’il s’agit aussi du cas de la militante des droits humains Amina Jabbar, de l'acteur de la société civile Hassan Afrid et 12 autres personnes arrêtées pour leurs opinions.

En ce qui concerne les libertés publiques, l'association a déclaré avoir constaté «la poursuite de la violation de la liberté de la presse», rappelant «les poursuites, les arrestations, les procès malveillants et de vengeance, les procès inéquitables, la surveillance d’Internet, l'espionnage des journalistes et des blogueurs et l'interception des communications».

«L'Etat a continué d'attaquer tous les droits et libertés fondamentaux des citoyennes et mené des restrictions croissantes au droit de s'organiser, de se rassembler et de manifester pacifiquement, ainsi que le droit à la liberté d'opinion et d'expression.  Elle a continué d'adopter une approche sécuritaire et répressive face aux divers mouvements de protestation de citoyennes et citoyens réclamant des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.»
Extrait du rapport de l’AMDH

Le rapport annuel indique également que le statut de la liberté de croyance et des libertés individuelles n'a pas connu de développement fondamental, critiquant notamment la criminalisation continue de nombreux droits individuels dans le Code pénal marocain.

D’autres droits où «aucun changement fondamental» n’a été constaté

Sur les droits économiques, sociaux et culturels, l'association rappelle que les statistiques officielles reconnaissent une baisse du taux d'activité à 45,8%, et par conséquent l'augmentation de la population inactive, notant que les femmes marocaines souffrent davantage du chômage et du travail précaire.

Dans son rapport, l’AMDH explique que la plupart des employés n'ont pas de contrat de travail, car environ un quart ont des contrats à durée indéterminée et 11,4% ont des contrats CDD.

En ce qui concerne le droit à la santé, le rapport rappelle que ce secteur fait face à des difficultés structurelles liées à la faiblesse des dépenses publiques, notant que les dépenses de l'Etat dans le budget général du secteur de la santé ne dépassent pas 5% en moyenne dans le budget 2019.

L’AMDH s’attarde aussi sur le droit à l’éducation et les droits culturels avant d’aborder les droits de femmes. Sur ce volet, l’ONG déplore qu’il n’y ait eu «aucun changement fondamental positif par rapport à son statut en 2018, que ce soit au niveau de la politique législative de l'Etat marocain ou au niveau des politiques économiques, sociales, culturelles et environnementales».

Enfin, sur l’immigration et l’asile, l'association dit avoir enregistré «des revers qui ne diffèrent pas de ceux recensés en 2018». Elle évoque la poursuite du harcèlement, comme «le transfert arbitraire de migrants des pays subsahariens des villes du nord vers le sud», «le retour forcé vers les frontières maroco-algériennes» ainsi que «la complexité des procédures liées au renouvellement des cartes de séjour».

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