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Interview

Marrakech : Kech’Jeunesse, une association qui retisse les liens de solidarité [Interview]

Nouvellement créée, l’association de quartier Kech’Jeunesse a organisé, ce weekend, des tours en calèche solidaires à Marrakech, dans l’idée de favoriser la reprise des petits métiers essentiels à l’économie de la ville. Membre de la structure, Salaheddine Annacir ambitionne de faire évoluer ces actions.

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Photo d'illustration / DR.
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Dans quel contexte s’inscrit l'initiative des tours en calèche solidaire ?

Il s’agit de la troisième du genre que nous organisons, depuis le début de l’état d’urgence sanitaire. Le principe est de faire des tours par calèche dans la ville de Marrakech. Vu le succès des deux premières, nous avons pensé à refaire l’événement, le weekend dernier. La particularité de cette dernière activité est sa tenue en soirée, mais le principe est toujours le même : rendre à Marrakech le rythme de sa vie quotidienne que nous connaissons, tout en contribuant à aider les cochers qui sont dans une grande précarité, depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus.

Vu la baisse des arrivées de touristes dans la ville, quelques semaines avant que la pandémie ne soit déclarée ici, ces cochers déjà en situation de vulnérabilité ont été écrasé par le poids de la crise. Les trois premiers mois de l’urgence sanitaire et avec l’absence totale d’activités touristiques, ils ont été plongés dans la pauvreté. Nous savons, en plus de l’impératif de subvenir aux besoins de la famille, que ces personnes doivent aussi continuer à entretenir leurs chevaux, à les nourrir, ce qui constitue un budget conséquent.

Nous avons été ravis du succès des deux premières initiatives menées par Kech’Jeunesse. La Wilaya de Marrakech a également entrepris des démarches, en procédant à la distribution de quantités importantes de foin pour nourrir les chevaux. Nous espérons voire ainsi reprendre progressivement les petits métiers de Marrakech. Nous le souhaitons tout autant pour l’ensemble du secteur touristique, qui constitue la colonne vertébrale de l'économie de la ville.

Comment l’organisation de cette initiative s’adapte au contexte de la pandémie ?

La pandémie du nouveau coronavirus continue à faire des victimes et elle est très contagieuse. La première chose à laquelle nous pensons pour organiser nos événements, c’est bien entendu la prévention. Nous veillons à ce que les tours en calèche se fassent dans le respect des mesures sanitaires exigées. Pour nous aider dans cette organisation, nous avons mis en place un système de réservation, qui accompagne chaque annonce de l’activité sur notre page Facebook.

Nous appelons toutes celles et ceux désirant participer de nous écrire afin de connaître le nombre de participants et mobiliser à chaque fois un nombre de calèches différentes. Cela nous permet de faire en sorte qu’il n’y ait pas plus de deux passagers par calèche, en dehors de ceux inscrits en groupes, afin de veiller au respect de la distanciation physique. Aussi, le port de masque est exigé, sans oublier l’utilisation régulière du gel hydroalcoolique.

Comment s’organise l’aide aux cochers à travers cette activité ?

Au niveau de l’association, nous sommes des bénévoles et nous travaillons avec le soutien des personnes ou des groupes qui se portent volontaires pour nous aider. Mais pour le tour de calèches, cette activité s’autofinance par elle-même, puisque nous faisons en sorte que le tour soit fixé à 50 dirhams par passager. A l’issue de chaque circuit, nous versons l'argent récolté aux cochers.

A la fin de l’activité, nous offrons aussi un verre de jus aux passagers participants, d’une part pour les remercier de leur mobilisation solidaire et citoyenne, et d’autre part pour favoriser la reprise des vendeurs de la place Jemaâ El-Fna. C’est donc tout un tissu socio-économique qui se retisse, grâce à la contribution de chacun.

Nous espérons, à l’avenir, que nous pourrons mener d’autres actions pour essayer de toucher autant que possible le plus grand nombre de métiers locaux impactés par la crise sanitaire.

C’est justement dans cet esprit que votre association a été créée ?

Nous sommes une association de quartier très jeune, qui a vu le jour dans le contexte de la crise sanitaire. A l’origine, chacun de nous participait à des actions de solidarité, pendant la période du confinement, afin d’organiser des distributions de 200 repas chauds par jour pour les sans-abris, les enfants en situation de rue et les personnes vulnérables ou seules.

Cette action s’est renforcée pendant le mois de Ramadan, avec la distribution de paniers alimentaires. Nous participions aussi aux campagnes de sensibilisation au respect des mesures sanitaires dans notre ville, en distribuant les masques de protection en quantités. Nous avons, pour cela, bénéficié d’un soutien logistique du Wali, qui nous a fourni en masques pour poursuivre notre initiative.

Aussi, nous avons conçu des brochures de sensibilisation sur les mesures de distanciation, avant d’étendre nos initiatives aux villages alentours avec des distributions de vêtements et de couvertures. Par la suite, nous avons lancé une campagne de parrainage des élèves en situation financière difficile, afin que des bénévoles prennent en charge le paiement de leur forfait Internet pour qu’ils continuent à suivre leurs cours à distance.

Avec l’allègement du confinement sanitaire, nous avons réadapté nos initiatives pour accompagner la reprise des métiers à Marrakech, en espérant que cela aura des retombées. Avec les jeunes de l’ancienne médina dont je fais partie, nous estimons que cette période inédite est vraiment le moment où nous devons tous nous unir et nous rendre utiles.

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