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Face à la menace de dissolution et aux harcèlements, le CCIF pourrait quitter la France

Après une semaine tumultueuse à la suite de l’attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine, le Collectif contre l’islamophobie en France a annoncé un «(nouveau) départ pour préserver sa liberté d’action». Sans pour autant déclarer la suspension de ses activités dans le pays, l’association a confié à Yabiladi envisager plusieurs possibilités.

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Manifestation, le 10 novembre 2019 à Paris, à l’appel du CCIF / Ph. Philippe Labrosse - Hans Lucas - AFP
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Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) pourrait quitter le pays, en fonction des éventuelles mesures qui seraient prises à son encontre par les autorités. Lundi dernier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a exprimé son intension de dissoudre l’association. Il a en effet accusé cette dernière d’être «manifestement impliquée» dans l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, où l’enseignant Samuel Paty a été décapité.

Bien que le gouvernement n’ait pas encore entrepris de démarches, l’ONG a annoncé, ce matin, qu’elle internationaliserait ses activités pour mieux se protéger, «quelle que soit l’issue de cette annonce de dissolution». Dans une déclaration relayée sur son site, le CCIF a considéré que «la diffamation et les accusations mensongères» portées à son encontre marquaient «un véritable tournant dans le processus de déstabilisation» dont il fait l’objet, «en tant qu’association de défense des droits humains».

«Nous avons activé un plan d’ampleur permettant de déployer une large partie de nos activités à l’étranger, en renforçant et en diversifiant nos projets dans la continuité de notre travail actuel», a indiqué le Collectif.

Le CCIF continuera à agir en France, «tant que la loi le lui permet»

Directeur exécutif du CCIF, Jawad Bachar a déclaré à Yabiladi, ce lundi, que l’ONG en France «continuera sur sa ligne, tant que la loi le lui permet», mais que «plusieurs options devront être envisagées à l’avenir, en fonction des décisions qui seront prises à l’encontre de l’association».

Le responsable ne cache pas son inquiétude sur «la protection des libertés et des droits civils en France» actuellement. Il exprime ainsi sa déception de voir le ministre Darmanin «aller vite en besogne avec des accusations portées au Collectif après l’attentat». «Ces déclarations ont jeté le CCIF à la vindicte populaire, alors que tout prouve que nous n’avons aucun lien avec l’attentat de Conflans», a dénoncé Jawad Bachar.

Le militant affirme que jusque-là, l’ONG «n’a reçu aucun ordre de dissolution et n’a été soumise à aucune perquisition, alors que beaucoup d’autres structures l’ont été depuis la semaine dernière». Cependant, il dit être conscient que cela ne signifie pas que le CCIF n'est pas dans la ligne de mire du ministre.

Pour Jawad Bachar, les déclarations de Gérald Darmanin sont «soit une gesticulation politique et un coup de bluff, soit l’expression d’une réelle volonté de dissolution, mais dont il doit nous expliquer les procédés et les délais alors que tout le monde s’accorde à dire que ce serait impossible, juridiquement». Dans ce sens, le directeur exécutif du CCIF plaide qu’«aucun motif valable ne le permet».

A la veille des déclarations de Gérald Darmanin sur Europe 1, le président français Emmanuel Macron a critiqué une «instrumentalisation» du concept de l’islamophobie. Pour sa part, le ministre de l’Intérieur a proposé la dissolution en premier lieu du CCIF, mais aussi de l’association Baraka City.

Le CCIF derrière des condamnations pour apologie du terrorisme

Rejetant toute accusation de lien avec des attentats terroristes, Jawad Bachar a rappelé que «le CCIF a lui-même fait condamner en justice certaines structures accusées d’apologie du terrorisme, mais qui continuent aujourd’hui d’agir librement», malgré les signalements et les décisions rendues à leur encontre.

«Malheureusement dans ces cas-là et après un échec sur le plan sécuritaire, ce sont des citoyens français et des communautés qui sont ciblées ou sur qui on jette l’opprobre. Que faisait l’Etat français lorsque le terroriste de Conflans a été signalé avant l’attentat ? Ce que nous demandons à nos dirigeants, c’est de prendre du recul au moment où les débat sont marqués par l’émotionnel.»

Jawad Bachar

La semaine dernière, le CCIF a commenté les accusations dont il a été taxé, précisant que si le père de famille ayant porté plainte contre Samuel Paty, peu avant la décapitation, a bien saisi le Collectif, ce dernier n’avait pas mené d’actions, ayant été resté au stade de la vérification des faits.

Face à la pression médiatique et politique, il estime aujourd’hui que l’internationalisation des actions de l’ONG garantira «la sécurité et la continuité des activités du CCIF contre toute tentative d’intimidation ou de déstabilisation». Elles «seront également consolidées et renforcées par des moyens nationaux et internationaux».

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