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Diaspo #164 : Hind Saih, des documentaires pour raconter l’Histoire aux générations futures

Productrice du film documentaire «Homo sapiens : les nouvelles origines», diffusé sur Arte, Al Aoula, et 2M, Hind Saih est une férue de ce genre cinématographique et en produit depuis deux décennies. Pour cette Marocaine installée en France, «raconter notre histoire, celle de nos parents et de nos grands-parents est un devoir».

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La productrice marocaine Hind Saih. / DR
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Pur produit de l’école publique marocaine comme elle se définit, Hind Saih est l’une des rares marocaines spécialistes du genre documentaire. Elle a pourtant failli tourner le dos à ce monde qui l’attire depuis toute petite.

Née et ayant grandi à Casablanca, elle opte pour des études en pharmacie à Nancy, en France, après avoir décroché son baccalauréat. «C’est très difficile de savoir ce qu’on veut faire à cet âge-là. Il y a eu un petit passage à vide où j’ai commencé à faire des études qui ne me plaisaient pas du tout mais je me suis ressaisie en me disant que je voulais faire quelque chose complétement différent, bien que cela était un choix difficile vue mon orientation scientifique», confie-t-elle à Yabiladi.

Son souhait : faire des études liées au monde du spectacle, le théâtre et le cinéma, sans savoir «trop pourquoi». «Ça me semblait une évidence et je voulais représenter des choses, des émotions, raconter des histoires et trouver le moyen de faire et ça s’est imposé très vite», se rappelle-t-elle. Petite, elle rêvait de ce monde qui la fascinait tant, elle qui a grandi dans une famille cinéphile.

«On passait du temps au cinéma. Je suis de la génération où on allait voir deux films en une après-midi. Des fois, on faisait deux cinémas différents en courant et il y avait donc des jours où je voyais trois ou quatre films. Je lisais aussi beaucoup, trois à quatre livres par semaine des fois.»

Hind Saih

Une spécialité née d’une passion

Elle interrompt ainsi ses études en pharmacie et «démarre à zéro dans des études de littérature». Après l’obtention d’une licence en cinéma, elle continue en maîtrise puis un troisième cycle en se spécialisant dans le film documentaire, dans un domaine qui fait sens pour elle. «Je suis tombée amoureuse de ce genre qui m’a touché en plein cœur. Je me suis dit si on arrive à marquer d’une façon cinématographique, une matière aussi volatile que des scènes de vraies vies et en faire du cinéma, ça va être très beau», explique-t-elle.

Mais la Marocaine n’a «commencé à dire» qu’elle est productrice qu’après avoir «réellement produit quatre ou cinq films». Elle avait ainsi «appris et compris la nature multiple du travail». «Je n’aurais jamais pensé devenir productrice, mais la production est en quelque sorte venue me chercher», nous dit-elle.

Hind Saih est aussi directrice du Festival international de film Documentaire à Agadir (FIDADOC) depuis 12 ans. / DRHind Saih est aussi directrice du Festival international de film Documentaire à Agadir (FIDADOC) depuis 12 ans. / DR

Hind Saih produit ainsi une trentaine de documentaires. Spécialiste de ce genre cinématographique, elle reste toutefois humble, affirmant avoir «eu la chance du débutant». «Pour le premier film que j’ai produit, j’ai eu des financements internationaux. Ça s’est bien passé, j’ai continué depuis… Et franchement, malgré les difficultés, je ne regrette pas une seconde car c’est un métier qui vous demande tout le temps de remettre tout à zéro, de réinventer les modèles, qu’ils soient financiers ou de création, de s’adapter à la personne qui porte le projet, aux contextes et de se renouveler en permanence...», décrit-elle sa passion qu’elle a su transformer en métier.

Après avoir travaillé pendant plusieurs années au sein de la société Play Film en tant que productrice et distributrice, elle crée avec son mari Dominique Barneaud, la société Bellota Films en 2009.

«Homo sapiens : les nouvelles origines», un docu «né sous une bonne étoile»

Directrice du Festival international de film Documentaire à Agadir (FIDADOC) depuis plusieurs années, les Marocains ont redécouvert cette semaine son premier documentaire évènement 100% dédié au Maroc. Intitulé «Homo sapiens : les nouvelles origines», il a été diffusé le 10 octobre en prime sur ARTE, avec plus d’un million de spectateurs et plus de 600 000 vues sur YouTube, le 15 octobre en prime sur la télévision marocaine Al Aoula et est programmé en janvier prochain pour une diffusion sur 2M. Il sera même rediffusé ce dimanche à 15h10 sur la chaîne Arte. 

«C’est l'une de mes aventures de films les plus singulières. Je vis en France depuis 30 ans. En 2017, je suis allée au Maroc avec mes enfants pour passer du temps en famille et c’était l’année où les résultats de cette découverte ont été rendus publics. Je prenais un café avec mon père et je voyais les news sur CNN et ce n’était pas loin du fief de ma famille», confie-t-elle. Son père est en fait né à Oualidia et la productrice est alors «étonnée par cette coïncidence». «Je me suis sentie investie d’une mission, ironise-t-elle. Je voulais que ce soit un film exigeant et spectaculaire, mais accessible pour le plus grand nombre.»

«Arte nous a soutenu financièrement dès cette étape cruciale pour faire aboutir des projets ambitieux.», explique-t-elle en reconnaissant le «soutien solide de la télévision marocaine» dans ce projet. 

«Ça me semblait aberrant qu’un film se fasse là-dessus sans partenariat avec le Maroc.»

Hind Saih

Décrivant un projet qui «n’était pas difficile à monter» mais «certes long et délicat», la spécialiste marocaine du documentaire estime que «Homo sapiens : les nouvelles origines» est «né sous une bonne étoile avec plusieurs concordances». «Ce qui est rigolo, c’est que je fais des films depuis 20 ans à travers le monde et c’est la première fois que je travaille sur un film au Maroc. Que cela soit sur l’histoire du premier homo sapiens et juste à côté du fief de ma famille, très particulier pour moi», ajoute-t-elle, amusée.

«C’est un projet qui est devenu très ambitieux au fur à mesure qu’il se développait et qu’on découvrait la réalité de ce qui se passe entre les fouilles de Jbel Irhoud et la paléoanthropologie virtuelle. C’était fascinant de voir ce que les Hommes pouvaient faire sur de petites traces de rien du tout et comment ils pouvaient les faire parler et faire des hypothèses sur comment on vivait il y a 30 000 ans.»

Hind Saih

Hind a créé avec son mari Dominique Barneaud, la société Bellota Films en 2009. / DRHind a créé avec son mari Dominique Barneaud, la société Bellota Films en 2009. / DRHind a créé avec son mari Dominique Barneaud, la société Bellota Films en 2009. / DR

Raconter la vie aux générations futures à travers le documentaire

Pour la productrice, «il y avait beaucoup de ressorts dramaturgiques naturels», en plus de sa «petite fierté de Marocaine». «Je voulais que ce soit un super film qui donne aussi sa place à la partie marocaine de cette histoire que je n’avais pas retrouvé à l’époque de l’apparition dans les médias internationaux, car on ne parlait que de la découverte mais pas de l’aventure dans sa globalité», estime-t-elle encore. Pour Hind Saih, les documentaires sont «les archives de demain».

«Ils ont une valeur incroyable et magique car ça raconte quelques choses qu’on n’a pas vues et que nos enfants ne verront pas. Il y a quelque chose là-dedans qui m’a beaucoup stimulé ; cette responsabilité de raconter à nos enfants et aux générations à venir le monde comme il est ou était, sans story telling ni déformations, surtout lorsqu’on voit le monde aujourd’hui les grands écarts entre la vérité et la réalité.»

Hind Saih

La Marocaine considère ainsi qu’il s’agit d’un «genre qui s’impose». «C’est un cinéma que les gens apprécient beaucoup. Quand un film documentaire vous marque, il vous marque à vie car on sait que c’est la vraie vie des gens», assure la Marocaine qui dit «comme beaucoup d’immigrés, un grand amour» pour son pays.

«Le Maroc pays de récit et de patrimoine. Je rêverais que de pouvoir produire des films marquants et contribuer à ce que les jeunes auteurs marocains s’emparent de leur histoire. C'est un très beau projet d’avenir que de collecter la mémoire pour les générations futures, car c’est un lègue précieux et il faut que quelqu’un le fasse», conclut-elle avec optimisme.

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