Islam en France: Le Maroc et l'Algérie à couteaux tirés

Alors que le Maroc joue la carte de l'adaptation à la réalité européenne en matière de culte musulman, l'Algérie continue de s'imposer à grands coups de financements de mosquées, spécialement en France.

Après la «mainmise» marocaine sur le Conseil français du culte musulman, l'Algérie contre-attaque. Cette fois, par le biais des mosquées. Ces derniers mois, l'Algérie ne cesse de multiplier les efforts, n'hésitant pas à mettre la main à la poche, non seulement pour contrôler les mosquées de France, mais aussi pour construire de nouveaux lieux de culte. Pareil pour la gestion des associations religieuses. C'est du moins ce que nous apprend la presse algérienne, parlant d'une véritable offensive de notre voisin de l'Est sur un terrain de l'islam de France qui était le sien il n'y a pas si longtemps mais dans lequel elle enregistre ces dernières années un net recul au profit du Maroc. Quelques chiffres pour le dire : 490.000 euros pour la construction de la mosquée de la ville de Tours, 270.000 euros pour la mosquée de Toulouse et, tenez-vous bien, un million d'euros pour la grande mosquée de Marseille. Sans oublier le montant similaire accordé chaque année par l'Etat algérien pour la gestion de la Mosquée de Paris. Cité par le quotidien El Khabar, le responsable régional au sud de la France de la Fédération de la mosquée de Paris, Abdallah Zekri, a déclaré que les chiffres précités ne représentent qu'une petite partie de l'aide officielle algérienne à l'activité religieuse en France, «qui a triplé durant ces derniers mois».

Pour les analystes marocains, le renforcement des financements algériens dans la construction de mosquées et le soutien aux associations musulmanes s'inscrit dans le cadre de toute une politique, visant la fois à faire pression et s'imposer sur la scène française et à minimiser l'influence marocaine sur la chose religieuse dans ce pays. «Le bras de fer entre les deux pays sur le terrain de la religion en France n'est que la traduction des divergences politiques existantes. Et si, globalement, il existe dans ce pays une cohabitation entre toutes les nationalités sur le registre de la foi musulmane, il n'en est rien pour les deux pays qui essayent chacun de récupérer une part du terrain qu'il estime sienne», explique l'islamologue Mohamed Darif.

Qu'en est-il du Maroc ? Sur le plan financier, le royaume préfère désormais la carte de l'adaptation à la réalité européenne en général, et française en particulier. C'était le cas en investissant, à travers ses MRE, des institutions françaises comme le CFCM (Conseil français du culte musulman), vis-à-vis duquel les Algériens ont pris leur distance. C'est également ce qui explique la création du Conseil des oulémas pour l'Europe, présenté comme un instrument d'encadrement religieux des Marocains du Vieux continent, mais aussi et surtout comme un interlocuteur incontournable des autorités des pays d'Europe quand il s'agit de la chose musulmane. «Le Maroc a compris depuis quelques années que sa politique d'avant, limitée à l'envoi d'imams marocains et une présence lors des occasions religieuses, était aussi vain que peu appréciée de la part des pays d résidence des MRE. D'où la nouvelle ré flexion sur de nouvelles formes d'influence, dont le Conseil des oulémas est un des reflets. Tout comme la nouvelle politique de recrutement d'imams et de prêcheurs, issus de la communauté marocaine résidant à l'étranger, et donc plus au fait des réalités de leurs pays de résidence», ajoute Darif. Une chose est sûre, ni le Maroc ni l'Algérie n'ont la liberté d'antan d'encadrer l'islam dans des pays comme la France. Nombre de pays d'Europe, tels les Pays-Bas, s'acheminent d'ailleurs vers l'étatisation de la religion musulmane. Le financement, lui, n'a qu'une valeur, celle de combler le peu de disposition de l'Etat français à financer ses mosquées.

Tarik Qattab
Source: Le Soir Echos

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