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Les marocains imposent un embargo à Melilia

Réagissant à l'arbitraire des conditions d'accès à Melilia, plusieurs associations de la région ont décidé de bloquer le passage aux produits alimentaires destinés à la ville. Au risque d'étouffer celle-ci.

Les associations du Nord passent à l'attaque pour dénoncer «l'arbitraire» des autorités espagnoles quand au passage de Nador à l'enclave de Melilia. Aux protestations en tous genres vient de s'ajouter une autre forme de réaction, celle de bloquer l'entrée des produits alimentaires destinés à la ville. Tout a commencé le 26 juin dernier quand des représentants de nombreuses associations (Association du Rif pour la défense des droits de l'Homme, AMDH, Anoual...) ont bloqué l'accès à Melilia pendant plusieurs heures. C'était en protestation contre les «dépassements» de la police espagnole et l'arbitraire adopté dans le traitement réservé aux Marocains désireux de passer à l'autre côté de la frontière. «Aux habitants de Nador, qui peuvent passer sur simple présentation du passeport, on demande souvent des visas. Les femmes enceintes sont interdites d'accès de peur qu'elles n 'accouchent en territoire espagnol. Les enfants en bas âge sont obligés d'avoir leurs propres passeports. Et on interdit le passage à toute voiture où se trouvent plus de deux personnes», explique Chakib El Khyari, président de l'association du Rif pour la défense des droits de l'Homme. Les blocus ont gagné en intensité au fur et à mesure que la police espagnole restait intransigeante. Un véritable embargo a d'ailleurs été imposé à la ville pendant toute la journée du 30 juin. Le 1er juillet, les militants associatifs ont également encerclé les postes frontières de Beni Ansar et Ferkhana. «Nous demandons désormais à ce que Madrid envoie une commission d'enquête pour mettre un terme à ces injustices», dit encore El Khyari.

A Melilia, ce blocus coûte plutôt cher. La ville est entièrement dépendante de Nador et de ses environs en matière de denrées alimentaires. Le 2 juillet dernier, tous les fruits et légumes ainsi que les produits de la mer devant ravitailler la ville ont été bloqués. En guise de représailles, les autorités espagnoles ont décidé, le lendemain, de fermer leur consulat à Nador. Motif avancé : le manque de personnel pour cause de «siège» imposé à Melilia, les employés du consulat ayant été appelés en renfort dans la ville. Le jour même, et en pleine visite du roi Mohammed VI, toutes les actions de protestation ont été suspendues. «Ce ne sera que partie remise puisque nous allons continuer à user de tous les moyens possibles pour que les injustices commises par la police espagnole soient levées», avertit El Khyari. Qu'en est-il de la légitimité de cette démarche ? «Les citoyens ont raison de réagir contre de telles provocations. D'autant que, quand il s'agit de passer des produits de contrebande, la carte d'identité suffit. Mais quand il est question d'une hospitalisation urgente, toute une bureaucratie administrative se met en branle», explique Tarik Yahya, député de Nador et fin connaisseur du dossier. Et d'ajouter que c'est aux autorités des deux pays d'uniformiser les règles d'accès à la ville. «Si souplesse il y a, il faudrait que tout le monde en profite. Les mêmes règles doivent être appliquées à tous», tranche-t-il. En attendant, le risque est gros pour Melilia. A près de 5 heures en bateau de la frontiè­re espagnole la plus proche (contre une demi-heure pour Sebta), Melilia reste fortement dépendante des «exportations» marocaines. «La ville peut s'organiser pour s'approvisionner ailleurs, mais cela risque de lui coûter plus cher», affirme Yahya. Autrement, il ne faudra pas s'étonner de voir les habitants de l'enclave revendiquée par le Maroc sillonner les souks des villes et régions avoisinantes de Melilia et dont quelques-uns se trouvent à moins de 50 mètres de certains postes frontières.

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Tarik Qattab
Source: Le Soir Echos

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