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Défendre la diversité à TF1

Journaliste à TF1, Amel Arfaoui, Française d’origine tunisienne, vit à Paris et est rattachée au service Société de la rédaction. Elle s’occupe des questions de sociétés, des débats de société… «Tout ce qui fait débat ou loi comme l’exclusion, la parité, la laïcité, la diversité ou encore la religion», précise-t-elle. En outre, elle s’est approprié la question de l’islam, un dossier qui était auparavant traité par le service Informations générales, c’est-à-dire les faits divers.

Amel Arfaoui s’exprime sur la représentativité culturelle dans les médias hexagonaux, sur son engagement à TF1, ses craintes des mouvements extrémistes, sa lecture du monde, la nomination d’Harry Roselmack, la «doublure» de Patrick Poivre d’Arvor au JT de 20 heures (et animateur de l’émission «Sept à Huit» avec Laurence Ferrari)…

· L’Economiste: Enfant, vous rêviez de faire de la télé?
- Amel Arfaoui: Longtemps, j’ai su ce que je ne voulais pas faire… Entamer une carrière dans un domaine où l’on est cantonné à des tâches purement exécutives, je n’en voulais pas. Hors de question d’être réduite à une consommatrice passive de la société. Enfant, j’étais douée pour l’écriture. Au fil des années, j’ai pris conscience qu’il me fallait participer à l’amélioration du cadre de vie de chacun. Curieuse du monde et des êtres qui m’entourent, je me suis naturellement orienté vers le journalisme. Le journalisme fut une révélation, car il alliait aussi bien l’écriture, que les voyages, la curiosité du monde, la possibilité d’agir sur celui-ci, de le faire avancer, l’éclairer. Une vraie mission.

La campagne médiatique autour de l’arrivée d’un journaliste de couleur, est-ce du tapage et rien d’autre?
- Engagée à TF1 sur les questions liées à la diversité, j’anime régulièrement des débats avec Etienne Mougeotte, vice-président de la chaîne, Patrick Poivre d’Arvor, présentateur du JT de 20 heures et de Robert Namias, directeur de l’information. Sur le traitement de cette problématique, trois niveaux de réflexion s’imposent. Le traitement des minorités dans les journaux télévisés de 13 heures et 20 heures comme l’image et la sémantique, leur visibilité à l’antenne et l’accès aux métiers de l’information, telles que les fonctions de monteurs, cameramen, producteurs....
Sur ces dossiers, je travaille en direct avec Etienne Mougeotte et Edouard Boccon Gibod, le directeur de la communication, très sensible à la mise en œuvre de la diversité dans l’entreprise TF1.
Depuis que le travail a été entrepris, cela s’est traduit par une vingtaine d’embauches issues des minorités visibles, d’une visibilité dans les programmes, dans les journaux télévisés avec Harry Roselmack.
Par ailleurs, et sur ma proposition, TF1 vient de lancer une Fondation. Sa mission sera de financer les projets développeurs en faveur des catégories défavorisées.

Il paraît que vous passez votre temps à convaincre vos collègues de traiter l’islam sans préjugés. Pouvez-vous nous en dire plus?
- En ma qualité de présidente d’un groupe de réflexion sur la diversité culturelle, le Cercle Elissa, je m’attache à mener le combat qui prône la diversité à tous les étages. Le Cercle est composé de personnes que j’ai rencontrées sur le terrain lors de mes reportages. Il y a donc des médecins, chercheurs, enseignants, policiers, journalistes, employés, des anonymes. Ils sont tous installés matériellement… pas de logique de carrière ni de question d’ego. Ouf!
Seule la sincérité nous réunit pour engager une réflexion et pour produire des idées sur cette question. Une question-piège, car elle a toujours été plombée par les idéologies d’un côté et les préjugés de l’autre. Bilan: le refus de la diversité a conduit à une ségrégation qui ne dit pas son nom. Il faut avoir une réflexion libre, indépendante et épurée de toutes ces scories. Les politiques l’ont exploité comme filon, les intellectuels ont été indifférents et les médias sont passés à côté.
Nous essayons d’éveiller le plus grand nombre à la problématique en leur donnant la mesure des réalités ainsi que sa dimension nationale et universelle. Les choses commencent à bouger!

Choc des civilisations, choc des cultures, choc des religions. Que cela vous inspire-t-il?
- D’un côté, les tenants du choc des civilisations prônent une idéologie du chaos et, de l’autre, les mouvements religieux extrémistes revendiquent librement leur vision du monde. En même temps, on note une montée du religieux et une aspiration du citoyen en quête de sens et de repère. Tout ceci nous brouille un peu la vue pour avoir une photographie sur ce qui se dessine vraiment. Peut-être que tout est lié… Ce que je sais, c’est que sur le terrain, en reportage, j’ai constaté -et j’ai fait un sujet pour le dire- que l’idéologie «islam contre Occident» a produit un effet notable. Cela a éveillé de nombreuses consciences musulmanes.

Avec tout cela, votre vision du monde a-t-elle évolué?
- Il me semble que de tout ce magma, violent et confus pour nous, accouchera un nouveau monde, peut-être un nouvel ordre. Je souhaite que ce nouveau monde soit celui de la diversité. Pour moi, la diversité est une vision du monde. Ce n’est pas la simple défense de droits d’un groupe. C’est bien plus que cela!
Or les esprits n’ont pas été préparés ni accompagnés pour faire leur entrée dans ce nouveau monde de la diversité, de la mondialisation. Une mondialisation à l’échelle humaine; j’espère de tout cœur qu’elle sera fondée sur l’éthique.

Son combat face aux USA
Invitée à deux reprises au Maroc à s’exprimer sur le thème «Religions et globalisations», Amel Arfaoui précise qu’«il est intéressant à débattre face à des intervenants et avec des organisateurs américains afin d’expliquer comment, en France, en plus des préjugés sur l’islam, l’idéologie américaine avait fait des dégâts dans les esprits».
Elle poursuit en indiquant que les préjugés additionnés à des idéologies sont un cocktail infaillible pour manipuler les esprits et diriger les pensées. De fait, elle dénonce avec force une situation inadmissible et dangereuse pour l’humanité. «J’ai essayé d’être le plus pédagogue possible pour faire passer mes messages et mes idées. Il ne s’agissait pas pour moi d’imposer ma pensée mais d’apporter ma contribution pour dégager le vrai du faux. Si nous avons pu limiter les dégâts, il n’en reste pas moins que les questions sont toujours aussi sensibles», précise la journaliste.

Rachid Hallaouy
Source: L'Economiste

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