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La non-scolarisation coûte cher au Maroc

Plus de 1,6 million d’enfants marocain âgés de 9 à 15 ans n’ont jamais fréquenté l’école ou l’ont quitté prématurément.Le constat est sans appel. Un enfant sur trois évolue en dehors d’un système éducatif se voulant égalitaire, général. Parmi eux, 80% habitent en milieu rural et 40% sont en situation de travail.

Ces statistiques du secrétariat d’Etat chargé de l’alphabétisation en disent long sur l’incapacité enregistrée par le pays à résorber la spirale de la non-scolarisation. Relatées au cours d’un séminaire national sur l’éducation non formelle, organisée les 12 et 13 juin à Rabat, elles renseignent également sur les limites des stratégies adoptées, notamment en matière d’éducation non formelle.

Neuf ans après le lancement d’un programme dédié à cette alternative, seuls 10% du stock des enfants se trouvant en dehors du système éducatif en aura profité. De 1997 à 2004, l’éducation non formelle a bénéficié à seulement 140.000 enfants dont 56.000 ont plus de 15 ans.
Pour rattraper le retard, le secrétariat d’Etat chargé de l’alphabétisation compte mettre les bouchées doubles. Ceci, à travers un programme 2005-2006 tendant la prévention de l’échec scolaire par le soutien éducatif et la réintégration des enfants déscolarisés. Il inscrit sa démarche dans le cadre de l’INDH. «La problématique de l’éducation est au cœur de toute tentative sérieuse de développement humain», a déclaré Anis Birou, secrétaire d’Etat chargé du dossier.
L’expérience est novatrice avec la mise en place des cellules de veille au sein des établissements scolaires pour anticiper sur l’abandon des élèves. A cela s’ajoutent des opérations de mobilisation et de confections de manuels adaptés aux milieux, notamment rural. A elle seule, cette stratégie ne saurait résorber le déficit. «Parce qu’elle participe à l’autonomisation de l’individu et reposant sur des éléments préventifs, curatifs et alternatifs, l’éducation non formelle est certes importante. Mais la véritable transformation ne peut émaner que de l’école», a nuancé le représentant de l’Unesco au Maroc Philippe Queau.

Celle-ci reste le lieu d’acquisition de l’éducation de base. Encore faut-il y rester le plus longtemps possible. Or le taux d’abandon scolaire au Maroc est le plus élevé de toute la région arabe. Ce taux continue de faire rage. Il se situe entre 5 et 7% des effectifs inscrits avec une hausse régulière d’année en année.

Qualifié de «parrain» de l’éducation non formelle au Maroc, Rachid Belmokhtar a donné le ton. Revenant sur la genèse d’un projet qui lui tient à cœur, le président de l’Université Al Akhawayn a expliqué que tout est parti d’un simple calcul de l’écart entre les enfants âgés de 7 à 15 ans devant être scolarisés (7 millions) et ceux qui l’étaient vraiment (4,3 millions). 2,7 millions d’enfants étaient donc hors du système de l’enseignement. «A la question du pourquoi, on m’avait répondu que la mission du ministère se limitait aux enfants scolarisés», a-t-il relaté. Pour lui, cette affirmation traduit une vision étriquée de la responsabilité. Une analyse plus poussée a démontré la forte corrélation entre déscolarisation et pauvreté.
«Notre système était donc incapable de garantir les droits les plus élémentaires aux plus démunis. Et cela continue. Notre enseignement public reste inégalitaire, injuste et consacre la ségrégation», a martelé Belmokhtar.

Et l’ancien ministre de dénoncer le véritable détournement des principes généraux sur lesquels il a été fondé. «Notre système s’est voulu un moyen de généraliser l’enseignement sans jamais atteindre cet objectif. Il a instauré la marocanisation, tirant vers le bas la qualité des encadrants et l’enseignement dans sa globalité. Il a admis le principe de gratuité.

Si l’Etat dépense 1 DH par élève de milieu pauvre, il en dépense 3 par enfant issu d’une famille aisée au collège et 9 DH au secondaire», a expliqué Belmokhtar. A côté, les frais annuels de scolarité supportés par les familles sont estimés à 500 DH, soit 25% du Smig par enfant.
A cela s’ajoute toute la distance entre les objectifs tracés et la réalité du terrain, faits de démotivation des enseignants et du peu de cas accordé à leur mission. «Cela se traduit par l’échec pur et simple de notre système, dépourvu non seulement des règles nécessaires à une gestion rationnelle mais aussi de tout principe de justice, d’égalité des chances et des droits», a-t-il ajouté. Pour lui, au lieu d’obliger élèves et parents à s’adapter au système, c’est le système qui doit s’adapter à eux.

Pertes et profits
LA non-scolarisation au Maroc a un coût. Il est de l’ordre de 1% du PIB. Le manque à gagner net pour la société est ainsi estimé à 2,8 milliards de DH.

Faisant part de ce constat, Maie Ayoub Von Khol, représentante de l’Unicef au Maroc, a expliqué toute la spirale de reproduction de l’analphabétisme que connaît le Maroc. Et pour cause, tout enfant non scolarisé ou déscolarisé aura comme corollaire indéniable une famille analphabète demain.

«L’éducation, formelle ou non formelle, n’est pas un levier de développement humain. C’en est un préalable», a-t-elle déclaré. Le scénario inverse démontre que chaque année supplémentaire passée dans le primaire est susceptible de procurer 12,7% d’augmentation de salaire et 10,4% dans le secondaire.

Tarik Qattab
Source: L'Economiste

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