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«Zaynab-Reine de Marrakech» de Zakia Daoud

C'est le premier roman de Zakia Daoud qui n'est pas à son premier ouvrage. Journaliste et chroniqueur, elle a à son actif quelques six essais dont «Féminisme et politique au Maghreb», «Ben Barka» en collaboration avec Maâti Monjib , «Abdelkrim, une épopée d'or et de sang», sans oublier le tout dernier «Gibraltar, improbable frontière».

On devine ce qui passionne Zakia, ce qui la motive dans ces écrits, rien qu'en parcourant les titres de ses ouvrages: Le mystère qui entoure certaines personnalités d'envergures qui ont marqué de leur emprunte l'Histoire contemporaine ou passée de ce pays. Certains évènements ou faits de société qui font l'actualité. Oui, mais voilà. Que faire lorsqu'on ne dispose que de peu ou pas du tout d'élément sur un personnage tel que Zaynab Nafzaouia? C'est la question qu'a dû se poser Zakia avant de faire le choix du roman. Eh, oui ! le roman. Le rêve, l'imagination, la liberté de reconstituer les faits et les ambiances d'une époque dont on ignore tout ou presque.

Et d'abord pourquoi Zaynab? « Comme Abdelkrim, Zaynab Nefzaouia est un personnage qui me hantait depuis longtemps, écrit Zakia dans la postface. Sans doute pour avoir lu, au hasard d'ouvrages historiques, les quelques éléments, inlassablement répétés, que l'on sait d'elle : belle, énergique, supérieurement intelligente, quelque peu magicienne, elle avait aidé Ibn Tachfine, le premier souverain almoravide, à construire son empire et la ville de Marrakech.(….)

« (…)J'ai habité sa ville, Aghmat, dont il ne reste rien, sinon le mausolée d'Al Mouâtamid; j'ai, surtout, habité sa vallée -celle de l'Ourika- pendant longtemps, une vallée que j'ai dû abandonner en 1988, avec bien d'autres choses et tant d'autres lieux, et dont je garde une tenace nostalgie. Et c'est non loin de là, à Tamsloht, en contemplant de ma terrasse la plaine et les contreforts bleutés de l'Atlas écrasés par le soleil de midi ou éclairés par la blancheur de la lune, que la présence, lancinante, de Zaynab s'est imposée à moi.»

C'est cette fascination que Zakia Daoud raconte dans ce livre. Fascination pour une grande dame considérée par certains comme «l'une des plus extraordinaires femmes politiques du 11e siècle » ; fascination aussi pour une «époque qui avait besoin de géants et qui avait trouvé des géants », comme dirait l'autre. Fascination pour l'un de ces géants, Youssef Ibn Tachfine, le Sultan almoravide, bâtisseur d'une grande ville, Marrakech, et d'un grand empire maghrébin dont l'Andalousie.

Une histoire de fascination

C'est l'Histoire d'un amour aussi. D'un grand amour entre Zaynab et le Sultan Youssef. Aghmat est le théâtre de cet amour. La conquête almoravide avec son lot de violence, d'intolérance et d'instabilité est son décor. On jurerait être en Afghanistan des Taliban. Il ne faut pas l'oublier, les Almoravides, loin d'être une dynastie, sont l'expression d'un mouvement politico-religieux dont le principal grief contre les Idrissides est de caractère religieux. Nos intégristes d'aujourd'hui, n'ont rien inventé. Les Almoravides entendaient eux aussi retourner aux sources de l'Islam, eux aussi, considéraient la société mal islamisée, et entendaient la remettre sur le droit chemin. L'un des mérites de ce roman est d'avoir mis le doigt sur les conséquences dévastatrices de cette idéologie belliqueuse et combien meurtrière.

Et Zaynab dans tout ça ? Et oui Zaynab. En fait, on a tout dit sur elle : Belle, intelligente et a aidé son mari Youssef à construire Marrakech et l'empire. C'est toute la trame du roman. Le reste, c'est de la littérature que Zakia a été bien obligée de produire pour faire tout un livre. Plus sérieusement, elle a essayé, à partir des différents éléments du puzzle, à ébaucher le portrait d'un personnage exceptionnel difficilement saisissable sur le plan psychologique et mentale dans une époque qui se perd dans l'obscurité des siècles.

D'un père originaire de Kairouan, riche négociant qui a fait fortune dans le commerce caravanier, Zaynab est née à Aghmat, une petite bourgade située à quelque kilomètre de la future capitale almoravide, Marrakche. Elle a appris à lire et à écrire en fréquentant la petite communauté des fokaha kairounais d'Aghmat, aurait eu une nourrice noire, Ito qui se disait descendante d'une famille Royale africaine avant d'être réduit à l'esclavage. Ito lui apprend les bribes de connaissance de médecine par les plantes. Avant de connaître Youssef Ibn Tachfine, Zaynab a eu trois maris dont le dernier n'est autre que Abou Bakr, l'Emir almoravide qui fut plus préoccupé à repousser les attaques des tribus en révolte contre sa tyrannie qu' à faire le joli cœur à sa belle femme.

Sans doute, le plus grand mérite de ce roman est d'avoir rappelé au souvenir des Marocains la mémoire d'une grande dame, son autre mérite est d'initier, pourquoi pas, une expérience de roman historique qui manque tant chez nous.

Le péché du journaliste

Il a aussi des défauts. Beaucoup de défauts qui reviennent tous au fait que Zakia Daoud dont les talents sont évidents ailleurs, n'en a pas beaucoup en matière de roman. Journaliste et chroniqueur, elle a l'habitude de ne s'en tenir qu'au fait avéré et autant que possible vérifié et chiffré.

C'est une grande qualité en matière journalistique, un grand défaut quand il s'agit de produire une œuvre littéraire ou artistique. Malheureusement, Zakia n'a pas su déjouer ce piège. Résultat: Pas d'intrigue et donc pas de dénouement à attendre. Pas de surprise au coin de la page et donc pas de quoi vous tenir en haleine. Le style est celui de Zakia, élégant, correct, mais en rien qui rappelle un roman.

Zayna Reine de Marrakech Zakia Daoud- Ed. de l'Aube 240p.

Abdelaziz Mouride
Source : Le Matin

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