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Les Amazighs du Maroc : une majorité « minoritaire »

La situation des Amazighes au Maroc est unique et paradoxale. Voilà le cas d’un pays où la majorité de la population est d’origine amazighe (environ 60 % de la population), sauf qu’elle est qualifiée de « minorité culturelle et linguistique » ! Et qu’en est-il de la culture millénaire des Amazighs ? Elle a été folklorisée et rendue comme un produit qu’on peut vendre aux touristes de Marrakech ou d’Agadir ! Les mouvements culturels amazighs crient au scandale. On parle de marginalisation et de discrimination culturelle. A un certain moment, on avait même accusé ces associations d’avoir une tendance séparatiste…Eclairage.

Les mouvements amazighs ont longtemps accusé l’Etat de marginaliser leur culture notamment au niveau des médias et de l’Education. D’après Mohamed Chafiq, historien et ex-recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), l’origine de cette marginalisation se trouve dans l’histoire du nationalisme marocain moderne, qui a cherché dans l’arabisme sa patrie de référence identitaire.

La Constitution du Maroc indépendant en a fait un « Etat arabe et musulman, dont la langue officielle est l’arabe », sans aucune référence pour les parlers amazighs. L’arabisation massive qui a suivi l’indépendance a eu des conséquences sociales considérables au niveau des régions purement amazighophones. On peut mentionner par exemple la situation dans les tribunaux où le degré de discrimination des citoyens amazighs est très élevé. Plusieurs d’entre eux ont eu des problèmes judiciaires pour la simple raison qu’ils ne maîtrisent pas l’arabe...


Le mouvement amazigh a-t-il une tendance séparatiste ?

Certains penseraient que le mouvement amazigh pourrait avoir une tendance séparatiste comme pour les Basques ou les Kurdes. Le jeune Ismail Lahseini, chercheur en sciences sociales, ne peut s’empêcher de sourire en entendant ces « accusations ».

Selon lui, les Amazighs marocains, contrairement aux Corses, ne sont pas limités géographiquement à un territoire bien précis et distinctif des autres régions d’un même pays et n’ont aucune revendication territoriale. Et d’ajouter que « les Amazighs, contrairement aux kurdes, ne sont pas une minorité ethnique opprimée par une majorité ». Que revendiquent-ils alors ? Une constitutionnalisation de la culture et une reconnaissance au niveau des médias et de l’Education. Pour réaliser ces multiples objectifs, l’IRCAM va être crée en grande pompe en juillet 2001. Elle sera annoncée par le Roi en Personne.


La Création de l’IRCAM a-t-elle fait avancer les choses ?

La formation de cet institut est le résultat d’une stratégie de cooptation, menée essentiellement par Hassan Aourid, conseiller du Roi et Mohamed Chafik, premier recteur de cette institution. L’objectif de cette stratégie d’après des sources bien informées est de dépolitiser le mouvement amazigh et l’« expurger » de ses composantes les plus contestataires.
Le bilan des trois années de l’IRCAM est contesté par nombre de militants amazighophones, dont des membres de cet institut. Le principal reproche fait à l’IRCAM est qu’il s’agit d’une institution consultative, et que le processus de décision se situe au niveau du Palais.
Les associations amazighes l’accusent d’être paralysé par la bureaucratie et par l’indifférence du gouvernement. Et pour enfoncer le clou, sept membres du conseil d'administration se sont retirés, en mai dernier. Ils accusent l'IRCAM de n'avoir pas avancé les choses en ce qui concerne la concrétisation de la reconnaissance de la langue et culture amazighes. D’après Mohamed Chafiq, ces gens « ont voulu attirer l'attention sur tous les bâtons qu'on met dans les roues de la culture amazighe, à tous les niveaux de l'administration et du système Educatif ».
Néanmoins, on ne peut nier les grands chantiers réalisés par l’IRCAM. Notamment l’introduction de l’enseignement du Tifinagh (alphabet amazigh) dans le système éducatif marocain. Et tout récemment, on entend de plus en plus de la création d’une future chaîne télévisée 100% amazighe.


« Le Parti de l'Istiqlal militera pour que l'Amazighe ne soit pas une langue officielle »

On commençait à croire que la culture et la langue amazighes étaient au bout de leur peine. Que nenni ! Après avoir cru à une ère de réconciliation et de reconnaissance, voici que les militants du mouvement amazighs se sentent indignés par les propos tenus récemment par Abbas El Fassi, secrétaire général du parti de l’Istiqlal qui a déclaré que son parti « militera pour que l'Amazighe ne soit pas une langue officielle». Les militants du mouvement amazigh crient au scandale. Et pour cause. Avec de tels propos, toutes les étapes franchies pour lutter contre la marginalisation de la culture Amazighe (création de l’IRCAM, enseignement de l’Amazigh…) sont vaines.

Cette affaire date d’il y a un mois. La réplique des militants amazighs a beaucoup tardé. Raisons avancées par l’Association Marocaine de Recherche et d’Echange Culturels (AMREC) dirigée par Brahim Akhiat : « notre association attendait que Abbas El Fassi s’explique ou fournisse une rectification aux propos qui lui sont attribués». Ne voyant aucune réaction de la part de M. El Fassi, l’AMREC vient de publier un communiqué où elle dénonce « toutes les positions et pratiques hostiles à l'amazighité tout en appelant tous les démocrates pour soutenir l'amazighité en tant que cause nationale juste ». Le communiqué fait le tour des rédactions nationales et sollicite une réaction « timide » de la part du secrétaire général de l’Istiqlal. Il estime que ses propos en été sortis de leu contexte.

L’AMREC exhorte ses militants à reformer les rangs. Selon l’association de Brahim Akhiat, les déclarations d’El Fassi sont « une menace pour la paix sociale et la sécurité culturelle». Affaire à suivre…

Youssef Boufouss
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