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«Marock» au Maroc : Une polémique par presse interposée

Seules quelques semaines nous séparent de la sortie nationale de Marock. Pourtant, une question revient incessamment : Marock est-il marocain ? Après le «débat» qu’il a suscité lors du Festival National du film à Tanger, les uns et les autres se sont peu à peu calmés. Mais un communiqué du Syndicat du théâtre marocain paru dans le journal Attajdid remet la polémique au devant de la scène.

Il s’appelle Mohamed Hassan El Joundi. Il est Secrétaire Général du Syndicat du théâtre marocain et l’auteur dudit communiqué. Il s’agit en fin de compte d’un appel au boycott du film. Il y est question de «lobby extérieur», d’ «asservissement» à une «nouvelle francophonie», d’une atteinte à «la dignité du Maroc et des Marocains». On retrouve à peu près la même logique que celle mise en avant par Mohamed Asli, auteur du très bon « A Casablanca, les anges ne volent pas ». Marock avait fait l’objet de critiques virulentes de la part du réalisateur, qui y avait vu une sorte de complot sioniste dégradant pour les marocains et dont la réalisatrice, Leila Marrakchi, serait la marionnette.

Que contient le film de si provocant ? Le portrait d’une certaine jeunesse marocaine bourgeoise, insouciante, un peu frivole, représentée par Rita, 17 ans. En gros plan, son histoire d’amour avec un jeune juif marocain et… leurs chaudes embrassades.

Pour le journal Hebdomadaire, «jamais peut-être un film n'a été aussi proche d'une certaine réalité marocaine. Et, contrairement à ce qu'affirment ses pourfendeurs, il n'a fait que refléter l'image d'un pays riche de ses différences culturelles et religieuses». Telquel ajoute que «sous des allures de film pour jeunes, Marock a dressé un portrait sans merci, méchant mais juste, d'une certaine société marocaine». Entre le sexe, la religion et la violence, «l'univers décrit par le film ressemble à une porte que beaucoup préfèrent garder fermée».

Quoi qu’il en soit, la polémique est prématurée. «C’est le genre de polémique gratuite et surtout décalée de la réalité et de l’évolution de la société » estime même l’Economiste. Quant à l’intervention de M. EL Joundi, Aujourd’hui le Maroc trouve que «c’est une première que l’on ne peut situer nulle part, sinon dans la poubelle de l’histoire ».

En effet, il est quelque peu étonnant de voir un homme de théâtre faire de la critique cinématographique, d’autant plus que le public marocain n’a pas encore eu l’occasion de le voir. Le quotidien se demande également si, étant Secrétaire Général d’un syndicat, El Joundi n’aurait pas oublié «à l’insu de son plein gré que sa mission est d’abord de se ranger aux côtés des artistes, et non l’inverse»!

L’Opinion fait un peu plus dans la nuance. Tout ce remue-ménage n’avait pas lieu d’être, «il fallait peut- être faire savoir et d’une manière diplomatique et plus civilisée, à tout créateur ou créatrice qu’il existe des us marocains qu’il faut respecter et en l’occurrence respecter le marocain sans oublier qu’il y a ‘’des marocains’’ et ‘’des publics’’».

Mais «Vive le cinéma !» nous dit Libération. «Malgré la virulence de la réaction, la polémique est au bénéfice du film et globalement on peut dire que c'est la voie royale pour assurer au septième art son ancrage définitif dans notre paysage socioculturel».
En parallèle, le directeur du Centre Cinématographique Marocain (CCM) Noureddine Saîl assure, lui, que la sortie nationale de Marock est prévue à la mi-février et que les ciseaux censeurs resteront dans leur tiroir !

Salma Daki
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