Le CIC, actionnaire du marocain BMCE, vise plus loin en Afrique

le 30/06/2004

Le Crédit Industriel et Commercial (CIC) semble en bonne position pour se développer en Afrique après son entrée, payée 72 millions d'euros, au tour de table de la banque marocaine BMCE Bank , ont estimé mardi des analystes.

Finance.Com, premier actionnaire de BMCE Bank, a cédé la semaine dernière 10% du capital au CIC sur la base d'un prix supérieur de 16% au cours de Bourse de l'action BMCE.

Ce prix est à la hauteur des ambitions de la banque française, a estimé Meriem Belhabib, analyste d'Attijariwafa Bank Research.

"Le CIC a payé un ticket d'entrée en Afrique puisque BMCE a deux succursales au Sénégal et au Mali; celle-ci a finalement eu ce qu'elle cherchait: un partenaire étranger", a-t-elle dit.

Un autre analyste basé à Paris a expliqué que le CIC était à la recherche de nouveaux marchés.

"L'actionnaire principal du CIC, le Crédit Mutuel, est de vocation très nationale mais le CIC voulait un véhicule pour entrer au Maroc. Ce qu'ils peuvent ramener (...) réside dans la technologie, les produits d'assurance et les techniques de dynamisation de réseaux", a-t-il dit.

Michel Lucas, président du directoire du CIC, a assuré que l'entrée au capital de BMCE Bank permettrait au groupe français d'entamer son expansion dans la région. Il a notamment évoqué l'Algérie, l'Egypte, la Libye et la Tunisie.

"On est interessés par la privatisation des banques en Tunisie par exemple (...) Pourquoi pas l'Algérie ?", a-t-il dit lors d'une conférence de presse lundi soir au siège de BMCE à Casablanca.


GISEMENT DE CROISSANCE

Prié de dire si le CIC cherchait à rivaliser avec les grands groupes bancaires français, comme Société générale ou BNP Paribas, déjà propriétaires de plusieurs banques en Afrique du Nord, Lucas a répondu:

"Il n'y a pas seulement le facteur financier (...) On amène un nouveau mode de partenariat à la région". Il n'a donné aucune précision.

Le président de BMCE, Othmane Benjelloun, a dit espérer "bâtir le futur de la BMCE" avec le CIC.

Pour l'analyste Meriem Belhabib, les filiales de BMCE, notamment dans l'assurance et le crédit à la consommation, offrent au CIC un important gisement de croissance potentielle.

BMCE contrôle deux grands assureurs marocains, al-Wataniya et la Royale Marocaine d'Assurance, Salafin, l'une des sociétés de crédit à la consommation les plus dynamiques du pays, et la société de crédit-bail Maghrebail .

Lucas et Benjelloun ont assuré que leurs deux groupes n'avaient pour l'instant pas l'intention d'augmenter la participation du CIC au capital de BMCE.

Pour de nombreux analystes, le nouveau partenariat entre les deux banques manque en fait d'un projet industriel clair.

"Ce ne fut pas le cas des précédents partenariats dans la région, comme par exemple avec la BNP-Paribas ou Société Generale", a dit un analyste spécialisé, requérant l'anonymat.

"Cet accord bénéficiera plus au CIC qu'à la BMCE", a-t-il ajouté.

Le principal avantage que tirera le groupe marocain de l'arrivée du français à son tour de table pourrait être simplement d'y remplacer l'allemand Commerzbank , son ancien grand partenaire étranger, qui a achevé le mois dernier la vente de sa participation de 15%.

"L'opération a aussi fixé un nouveau benchmark pour le titre de la BMCE grâce à la prime payée par le CIC, ce qui ne risque pas de déplaire à la BMCE", a en outre estimé l'analyste.


Souhail Karam
Source : Reuters

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