La diaspora marocaine : Une chance ou un handicap ?
Durant cinq années, M. Mohamed Hamadi Bekouchi a sillonné le monde à la rencontre de la diaspora marocaine. De ses voyages, un livre est né.
" La diaspora marocaine : Une chance ou un handicap ? ". Question-gigogne ?
Plutôt question piège. Mohamed Hamadi Bekouchi auquel une solide formation en sociologie et une présence active au sein du cabinet de M. Rafiq Haddaoui, au temps où ce dernier était ministre délégué chargé des Affaires de la communauté marocaine à l'étranger, a su éviter les écueils et conduire son projet à son terme normal.
Doté d'une habileté rhétorique à toute épreuve et d'un sens aigu de la polémique, il a eu l'intelligence d'éviter le ton péremptoire généralement utilisé pour traiter d'une pareille question. Il en a certes usé quelquefois, mais il n'en a pas abusé outre mesure.
L'essentiel pour lui est de nous faire partager sa vision d'une problématique à la fois complexe et ardue. Et ce, sans jugement de valeur, ni parti pris. Aussi s'est-il contenté de nous livrer quelques pistes de réflexion fort intéressantes parce que dictées par un contact direct, une maîtrise parfaite du dossier de l'émigration et une capacité d'écoute et de synthèse fort développées.
Première piste de réflexion : «par obligation ou par la force de l'habitude, plus les séjours à l'étranger se prolongent, plus la diaspora se résigne à sa condition de vie et investit là où elle vit». Attitude qui heurte de front toute la stratégie mise en place au Maroc dans l'objectif de pérenniser, autant que faire se peut, les transferts d'argent effectués par les MRE vers la mère-patrie.
Sur ce volet, l'auteur en joue pas au simple spectateur. Loin s'en faut puisqu'il préconise, de prime abord, de changer de fusil d'épaule via ce qu'il appelle «une coopération d'intérêts mutuels qui exige, de part et d'autre énormément de conviction et d'acharnement».
Autre exemple, l'émergence au sein de la diaspora marocaine d'une culture spécifiquement immigrée et d'une personnalité plurielle qui balance entre les valeurs du pays d'origine et celles du pays d'accueil et dont les MRE se servent comme leviers pour revendiquer leur différence face à la montée de la xénophobie en Europe et pour rejeter l'archaïsme d'une culture parentale figée dans un passéisme réducteur essentiellement tourné vers la vénération d'un «bled» sans cesse sublimé. Notre diaspora a donc des réflexes de minorité et se comporte comme telle.
Tout en demeurant attachée à son identité d'origine, elle se compose, néanmoins, une «architecture culturelle composite et ambiante». A un détail près : «elle s'ouvre sans trop de résistance au changement et au progrès, tout en s'opposant à l'extrémisme idéologico-nationalitaire et au fanatisme religieux». Ce qui lui permet de continuer à bénéficier de l'estime de tous ; tant au Maroc que dans les pays d'accueil.
«La diaspora marocaine : Une chance ou un handicap ?», Mohamed Hamadi Bekouchi, Ed. Eddif, Casablanca 2003, 288 pages
Source : Le Matin
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