Séoul: Les relations Corée du Sud - Maroc vues par l'Ambassadeur

le 28/10/2003

Le cadre juridique régissant les relations de cooperation bilatérale entre le Maroc et la Corée est relativement étoffé couvrant la plupart des secteurs tels les investissements, la fiscalité, les transports…
L’on assiste aussi à une grande prise de conscience des décideurs économiques coréens de l’importance du Maroc dans leur politique d’expansion économique et commerciale, notamment en tant que plate-forme pour conquérir les marchés européens, africains et arabes.
Pour M. Jaâfar Alj Hakim, ambassadeur du Maroc à Séoul, le dialogue politique et commercial entre les deux pays est entré dans une nouvelle dynamique. De ce fait, il serait temps d’inciter les sociétés marocaines à intégrer la Corée dans leurs stratégies de diversification de marchés.

Le matin éco. : Quelles sont les perspectives des relations maroco-coréennes ?
Liés par des relations diplomatiques depuis 41 ans, les deux pays ont développé des liens solides d'amitié et d'entente.
Depuis l'ouverture de l'ambassade du Maroc en Corée en 1989, les deux pays ont imprimé un nouveau rythme à leurs relations.
Par ailleurs, les responsables des deux pays ont manifesté leur ferme volonté de développer leurs relations bilatérales.
En effet, depuis le début de l'année 2001 - pour se limiter à une période récente, une vingtaine de visites en Corée de délégations marocaines de haut niveau ont été réalisées et 17 délégations coréennes ont visité le Maroc.
Cependant, malgré ces manifestations, le niveau des relations économiques et de coopération n'a pas atteint celui des relations d'amitié et d'entente et le bilan sur les niveaux économique et financier reste modeste.
L'année 1996 devrait représenter l'année de concrétisation d'un bond en avant qualitatif et quantitatif des relations Maroc/Corée.
Près d'un milliard de dollars d'investissement programmé par le groupe DAEWOO devait être injecté au Maroc dans les domaines de l'automobile, de l'électronique, de l'électroménager, des services, de l'immobilier et de l'hôtellerie.
Cependant, la crise financière asiatique de 1997, qui n'a pas épargné la Corée, ayant entraîné le démantèlement du conglomérat DAEWOO, le programme d'investissement prévisionnel sur le Maroc a été abandonné.
Toutefois, la Corée ayant réussi à résorber en moins de trois ans, la crise financière intérieure, l'accélération du rythme des visites de part et d'autre, ainsi que la volonté réitérée des dirigeants des deux pays, au plus haut niveau, de donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales, se traduisent par des perspectives prometteuses qu'il conviendrait de traduire en projets concrets. C'est la mission qui incombe aux hommes d'affaires marocains et coréens, aux autorités des deux pays et enfin à l'ambassade.

Comment pourrait-on dynamiser les échanges malgré la distance qui sépare les deux pays ?
Toutes les études et les principales tendances qui ont été dégagées révèlent une plus grande présence de la Corée sur les marchés internationaux, notamment américains, européens et de l'Asie du Nord-Est (Chine, Corée, Japon).
Ceci devrait inciter, me semble-t-il, nos hommes d'affaires et organisations professionnelles à accorder plus d'attention à cette région au niveau de la participation à des manifestations économiques en Corée, permettant de créer les conditions pour des contacts économiques, des possibilités de partenariat, et des joint-ventures, dans un soucis de diversification des débouchés, surtout que les marchés traditionnels du Maroc sont de plus en plus saturés et sujets à une concurrence des plus vives.
Il s'agit, en grande partie d'identifier les importateurs potentiels coréens opérant dans les secteurs où le Maroc possède des avantages comparatifs et/ou compétitifs, afin de les inciter à entrer en relations d'affaires avec le Maroc.
Le principal produit d'exportation, en l'occurrence les phosphates, devrait faire l'objet d'une attention particulière en raison de la concurrence chinoise, et du poids qu'ils représentent dans la balance commerciale marocaine.
A la lumière de ce qui précède, je voudrais saisir cette occasion pour lancer un appel aux hommes d'affaires marocains pour qu'ils considèrent le service économique de l'ambassade comme une mission économique permanente - ce qui est effectivement sa raison d'être - et non pas comme un service administratif loin de leurs préoccupations.
Au niveau de l'attraction des investissements, l'ensemble des atouts du Maroc sont mis en exergue aussi bien au niveau des contacts directs, des publications de l'ambassade, que lors des rencontres et tables rondes.
Ainsi, le modèle sociétal marocain, la position géographique stratégique du Maroc (proximité avec l'Europe, l'Afrique et la région du Moyen-Orient), les accords de libre-échange avec l'Union européenne, avec un certain nombre de pays arabes et les négociations en cours de finalisation avec les Etats-Unis d'Amérique à ce sujet, la zone franche de Tanger, les réformes politiques et économiques, les mesures incitatives à l'investissement, les guichets régionaux d'investissement, le futur port Tanger-Méditerranée, sont autant d'atouts qui constituent nos arguments majeurs dans nos contacts avec les opérateurs économiques coréens, en matière d'attrait de l'investissement coréen au Maroc.
A cet égard, il est nécessaire de souligner la forte compétition en matière d'attraction des investissements coréens de la part notamment des pays du sud-est asiatique (Laos, Vietnam, Cambodge et Philippines) et de la Chine.
Dans ce contexte, un ciblage des investisseurs potentiels permet de mieux concentrer l'action de l'ambassade.
Ainsi, le travail d'approche de l'ambassade s'articule autour trois axes :
- le premier concerne la politique de communication, celle-ci permet de diffuser auprès des partenaires potentiels les informations sur les potentialités du Maroc.
A cet égard, il y a lieu de noter la création d'un siteweb propre de l'ambassade en anglais et en coréen, la production de matériel informatif en langue coréenne, la publication de manière régulière dans des magazines spécialisés, des revues périodiques et dans la presse quotidienne, de reportages sur le Maroc, d'articles sur des événements internationaux se déroulant au Maroc, etc., la participation aux différentes rencontres internationales et tables rondes organisées en Corée, ainsi que la participation, autant que possible, aux foires et expositions organisées en Corée (l'ambassade a participé durant les 12 derniers mois, par son propre stand aux expositions "Korea Technomart", "Trade Services Show", "Séoul Wine Expo" et a assuré l'invitation du Maroc, en qualité d'hôte d'honneur, à "l'Exposition biennale internationale d'artisanat de la ville de Cheongju" ;
- le second axe est le ciblage des secteurs dont le Maroc possède des avantages comparatifs, pour ce qui est de l'investissement et de la promotion de nos exportations, au même titre que la recherche de nouveaux créneaux d'exportation. En effet, plusieurs produits marocains à l'export ont été identifiés.
Il s'agit notamment pour le secteur de l'agro-industrie, de l'huile d'olive, des olives, du vin, des légumes surgelés, du jus d'orange, etc., des oranges pour les produits agricoles, des chaussures et de la maroquinerie pour le secteur du cuir ainsi que des produits d'artisanat et de la mer. Les secteurs économiques candidats à l'investissement étrangers coréens sont ceux de l'agroalimentaire, de conserves de poissons, de pièces automobiles du tourisme, de l'électronique et des nouvelles technologies de l'information ;
- le dernier axe concerne l'élargissement du cadre juridique bilatéral, afin notamment de rassurer nos partenaires. Ainsi, les deux pays ont développé un véritable arsenal juridique, suffisamment diversifié.
Parmi les accords signés, il faut relever celui relatif aux consultations politiques entre les deux ministères des Affaires étrangères, à la non double imposition, à la promotion et protection réciproques des investisseurs, à la création d'un conseil conjoint de coopération économique entre la CGEM et son homologue coréenne la FKI et à la coopération en matière des nouvelles technologies de l'information. D'autres accords sont en cours de finalisation permettant ainsi de couvrir d'autres secteurs de partenariat entre les deux pays.

A votre avis, le Maroc peut-il connaître le même destin économique que la Corée du Sud ?
Il s'agit, à mon sens, qu'on puisse comprendre d'abord, les conditions ayant conduit au succès du modèle coréen de développement économique.
Ainsi, la Corée, dont le modèle de développement a fait l'objet d'études doctrinales, a encore une fois surpris les observateurs par la rapidité de réactions qu'elle a développée à la suite de la crise financière asiatique de 1997.
En effet, l'onde de choc de cette crise financières a failli déstabiliser une économie qui a atteint des performances inégalées.
Toutefois, l'analyse de tous les agrégats macroéconomiques de la Corée sur la période s'étalant du début des année soixante jusqu'à ce jour aboutit aux mêmes conclusions. La Corée, pays sans ressources naturelles (types pétrole, gaz, or etc.), avec une géographie très accidentée et au climat rude, a accompli en un temps record un véritable miracle économique.
A cet égard, il est important de relever que cette réussite a été réalisée grâce notamment à la seule ressource dont dispose la Corée, à savoir l'homme et la femme coréens.
Le travail et l'éducation en Corée sont élevés au rang de devoir national. Ainsi, en plus du nombre important d'heures que les Coréens travaillent par semaine, dans les faits (auparavant 60h/semaine, réduit par la suite à 50 h/semaine), il n'y a pas de sous-métier en Corée, et la femme est présente dans tous les secteurs d'activités et à tous les niveaux, y compris le bâtiment.
En outre, les traditions et la culture coréennes favorisent les performances, la compétition, la discipline et le respect des hiérarchies.
Il reste entendu que la conjoncture géopolitique internationale créée par la guerre de Corée, de 1950 à 1953, a représenté un atout indiscutable aux côtés de l'ouverture, aux produits coréens, des marchés américain et japonais et depuis la fin de la guerre froide, du marché chinois.
Actuellement, l'économie coréenne peut s'enorgueillir d'un palmarès des plus enviables :
- 12e puissance économique mondiale ;
- sa production nationale annuelle est comparable à celle de l'Inde (avec plus d'un milliard d'habitants) ;
- 4e producteur mondial de produits textiles et 1er exportateur mondial de tissus synthétiques ;
- 1er constructeur naval, avec près de 50% des commandes du monde ;
- plus de la moitié des terminaux CDMA pour les téléphones portables vendus dans le monde sont produits par l'industrie coréenne, grâce à un formidable potentiel de recherche/développement ;

- le secteur automobile participe largement à un excédent commercial structurel et chronique, qui a dépassé en 2002 les 10 milliards de dollars américains ;
- Etant déjà membre de l'OCDE depuis 1996, le pays est animé par l'ambition de devenir membre du G8, à l'horizon 2010.
S'agissant du cas du Maroc, et eu égard à sa position géographique privilégiée, aux réformes économiques et politiques qui y sont engagées, à la jeunesse de sa population, à son Histoire et civilisation, à la volonté de ses autorités et de ses hommes et femmes, je suis très optimiste quant à la capacité de notre pays de relever les défis du développement et à réaliser des performances, à l'instar de la Corée.
Il s'agit de multiplier les efforts consentis envers l'éducation et la qualification de l'homme et de la femme marocains, de manière à les positionner au centre de la problématique du développement du pays et d'explorer et exploiter les nombreuses possibilités et potentialités de développement que recèle le Maroc ?

Ce modèle de réussite est-il reproductible?
Le monde du XXIe siècle est en rupture avec certaines analyses économiques qui ont prévalu jusqu'à présent. La disparition de l'empire soviétique, l'émergence d'un monde unipolaire, la globalisation et la mondialisation de plus en plus présentes dans les actes majeurs des dirigeants du monde, font que les polémiques d'antan qui attribueraient à chaque modèle de développement économique ses spécificités historiques et spatiales sont de nos jours dépassées.
Les systèmes économiques actuels se ressemblent par certains côtés et renferment des constantes qui ont trait notamment au rôle central que joue l'homme dans toute œuvre de développement.

Latifa Cherkaoui
Source : Le Matin

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