Le Tourisme religieux en France, en Europe et dans le Monde
INTRODUCTION

Les pèlerinages sont une des plus vieilles formes de migration touristique. Pourtant un développement considérable de ce type de migration se produit encore de nos jours. Le phénomène concerne toutes les grandes religions. Dans de nombreux pays les pèlerins ont joué , et jouent encore un rôle important dans les migrations .La nature du développement du tourisme religieux engage en premier lieu les représentants des différentes religions , avec leurs critères éthiques et spirituels spécifiques. Le tourisme religieux est de ce fait profondément différent du tourisme culturel car le professionnel du tourisme n'a pas sa place pour parler , guider , organiser le temps du croyant s'il n'est pas respectueux de la foi et s'il n'agit pas en symbiose avec les institutions religieuses .

Le pèlerinage est généralement considéré comme un voyage vers des lieux de culte religieux. Le motif général de ce voyage est la profonde conviction que des prières et d'autres pratiques religieuses sont exceptionnellement efficaces dans des localités liées à un saint ou à une divinité . Dans la littérature mondiale ces voyages sont désignés : "Pilgerfahrt", "Wallfahrt" (allemand ), " pilgrimage " (anglais) , "pellegrinaggi" (italien) .Quelques pèlerinages peuvent avoir un nom spécifique , par exemple celui de la Mekke se nomme "hajj " ou "hagg" ( "grand pèlerinage "winking smiley ou " umrah " ("petit pèlerinage "winking smiley. Le pèlerinage sur les tombeaux des saints islamiques se nomme "ziyarah " ("visites pieuses "winking smiley. Dans l'Hindouisme les voyages vers les lieux saints (" tirtha "winking smiley sont nommés "tirtha-yâtra". Quelques pèlerinages dans les pays catholiques ont aussi leurs noms spécifiques .

Les migrations de pèlerins, eut égard à leur caractère non professionnel, sont une forme de voyage touristique .Elles sont alors aussi sujet de recherche pour la géographie du Tourisme, surtout en ce qui concerne les formes et les aspects spatiaux des pèlerinages.

Le tourisme religieux, par l'infrastructure commerciale qu'il suppose fait partie intégrante de l'industrie du tourisme, de l'autre par sa dimension spirituelle il est inclassable car échappant aux nomenclatures habituelles, par exemple tourisme d'affaires et tourisme de loisirs. Il existe trois grands types d'approche du tourisme religieux. Dans une première approche on peut définir le tourisme religieux d'un point de vue spirituel comme "la manière d'être relié à Dieu - Créateur en étant du même coup relié à sa création au monde entier " (P.TALEC, 1993, p. 19). Dans une deuxième approche le tourisme religieux peut se définit d'un point de vue sociologique comme l'accès à la culture émanant des grandes religions. Il se caractérise par l'attrait culturel qu'exerce l'art sacré. Le tourisme religieux devient alors un phénomène de société dont l'ampleur dépasse de loin l'attachement des croyants à leur propre religion. Enfin le tourisme religieux peut se définit comme une complémentarité du culturel et du spirituel donnant lieu à une interaction valorisante pour l' Homme.

LE PAYSAGE RELIGIEUX FRANÇAIS

Selon l’Institut français d'opinion publique (IFOP) en 2007 pour La Vie, 64% des français se déclarent catholiques, 27% sans religion, 3% musulmans, 2,1% protestants et 0,6% juifs.

La religion catholique romaine demeure majoritaire en France ; mais elle est essentiellement un marqueur identitaire pour beaucoup de Français face à la sécularisation et à l'expansion d'autres religions. Elle a grandement influencé la culture française; on peut citer ainsi les jours fériés qui sont, pour la plupart des fêtes religieuses catholiques, les cathédrales ou encore les écoles privées dont 9 sur 10 sont catholiques. Elle se retrouve aussi inscrite dans l'environnement: multiples édifices religieux à caractère historique, croix et calvaires au bord des routes et chemins, croix au sommet de montagnes, dans les armoiries et blasons, etc… On note de grandes différences dans les degrés d'appartenance à cette religion : 76% des catholiques français demandent des obsèques religieux, 47% croient à la résurrection du Christ et 35 % seulement croient en une vie après la Mort. Nos contemporains n'adhèrent pas globalement à l'église catholique mais adoptent une attitude plus " consumériste " en choisissant ce qui leur convient .

En France sur 62,6 millions d'habitants les Français se déclarant catholiques sont passés de 87 % de la population en 1972 à 64 % en 2009 (soit 41,5 millions) et les pratiquants de 20 % à 4,5 % dans le même temps. Pendant le même laps de temps, les autres confessions et religions voient leur représentation légèrement augmenter au sein de la population française (confession musulmane en particulier), ainsi qu'augmente rapidement le nombre de gens se déclarant sans religion, passant de 21 % à 28 % entre 1987 et 2009 .

D'autres enquêtes révèlent que les français se scindent tendances dans leurs comportements face à l'église catholique : -ceux qui se situent à l'extérieur (les hostiles, les sécularisés, les areligieux, les insatisfaits ),-ceux qui se situent à la périphérie (les baptisés/les mariés/les enterrés, les nostalgiques, les attachés sociologiques), -ceux qui se situent au noyau central ( les fidèles/les engagés ). Une enquête du C.R.E.D.O.C effectué à la fin de 1992 révélait que 80% des interrogés des déclaraient catholiques. Les répondants se divisaient en trois catégories : - le groupe majoritaire ( catholiques non pratiquants (42% ) ou pratiquants occasionnels ( 27%) ) : l'influence de la religion n'est plus très perceptible dans le domaine des opinions et des mœurs .La vie commune prénuptiale ou le divorce le les heurtent pas, la fréquentation des lieux de culte est exceptionnelle. Cette population souhaite simplement le maintien de certains repères religieux qui trouvent leurs fondements dans un héritage culturel et dans des croyances auxquelles ils adhèrent. -Le groupe des personnes se déclarant sans religion (16% de la population totale en 1992 et 28% en 2009). Leur progression est lente mais régulière car ce courant puise sa force dans les jeunes générations. On y rencontre beaucoup de personnes ayant un niveau d'études élevé et résidant dans l'Île de France ou dans les régions de la façade méditerranéenne.- Les catholiques pratiquants réguliers . Ils forment 12 % de la population totale et 50 % ont plus de 60 ans .Ils appartiennent très souvent à des associations confessionnelles.

La foi chrétienne traverse une crise notable en France. Le phénomène est perceptible à travers la lecture de nombreux indices : - la raréfaction des vocations .L'existence d'un clergé formé et ordonné pour un ministère consacré est un trait fondamental du catholicisme occidental .Or on assiste à l'effondrement de la courbe des vocations tant sacerdotales que religieuses et tant masculines que féminines. Le clergé et les ordres religieux n'assurent plus leur renouvellement régulier ( 40000 prêtres en 1976, 27000 en 1993, 19000 en 2009 ).- La régression du catéchisme et les progrès de l'ignorance religieuse sont aussi un indice révélateur de la baisse des pratiques religieuses .En 1960 9 petits français sur 10 suivaient des cours de catéchèse ( avec Première communion !), aujourd'hui 43% seulement des français en âge scolaire reçoivent une instruction religieuse et les cas d'enfants non baptisés sans connaissance réelle du christianisme sont devenus très fréquents

La disparition des traditions est aussi un trait caractéristique du paysage religieux français contemporain. Les pratiques sacramentelles et surtout la confession sont en régression malgré le commandement de l'Église prescrivant une confession annuelle le jour de Pâques. Le pourcentage des catholiques réguliers se confessant au moins 1 fois par mois est passé de 23% en 1952 à moins de 1 % en 1990 .Ce constat globalement négatif concernant l'état du catholicisme en France ne doit pas occulter la pérennité d'une religion populaire dont les permanences sont massives .ces dernières éclatent dans les expressions spontanées du religieux en marge des rites codifiés et des pratiques réglementées et selon des formes que ne contrôle pas l'institution. Parmi les indices révélateurs de cette nouvelles tendance on peut citer l'importance du produit de la vente des cierges dans les ressources des paroisses ainsi que l'essor des pèlerinages traditionnels qui révèle une piété distincte de la piété régulière.

Quelques sondages largement médiatisés sont révélateurs :-Le lundi de Pâques 1989 lors d'une émission de télévision, à la question : "La religion a -t- elle représentée quelque chose pour vous à un moment donné de votre existence ?", 60 % des personnes interrogées ont répondu " oui ", - En 1986 dans un sondage pratiqué sous l'égide du journal "Le Monde " à la question : "Vous arrive-t-il de prier?", 11% des personnes interrogées ont répondu tous les jours, 17% souvent, 29% rarement et pour 46% la prière est une attitude familière et 32% des non-pratiquants assurent prier souvent, - Un sondage organisé par le périodique "Le Pèlerin" en 1986, 69% des personnes interrogées déclarent croire en Dieu, 12 % en Jésus et 24% en la Vierge Marie . Le catholicisme semble connaître en France, comme dans la plupart des pays occidentaux réputés sécularisés une mutation débouchant sur un courant de religiosité émotionnelle à forte densité communautaire qui met l'accent sur la qualité de l'expérience intérieure et sur l'implication affective du sujet . La religion pratiquée alors est celle d'un groupe volontaire qui implique de la part de l'intéressé un engagement personnel , un lien très fort entre la communauté et chacun des ses membres et qui déboucher sur des formes plus actives dans des communautés de disciples rassemblée autour d'une personnalité charismatique.

On se saurait terminer ce tableau sans évoquer les autres courants religieux qui animent la société française contemporaine.

L'Islam est la deuxième religion par ordre d'importance sur le territoire français avec 3 millions d'adeptes. Les fidèles sont majoritairement de nationalité étrangère (6 à 9% de résidents, 3% de la population française). La communauté musulmane disposait de 2100 mosquées sont dénombrées en France en 2010. En 1985, il y en avait environ 900 et 5 en 1965.. Une étude de l'INED publiée en 2011 sous la direction de Patrick Simon estime à 2,1 millions le nombre de personnes âgées de 18 à 50 ans qui se déclarent musulmanes. Le ministère de l'Intérieur chargé des cultes a indiqué en 2010 qu'il y a entre 5 et 6 millions de musulmans en France.

Aujourd’hui, on dénombre entre 1,8 et 2,4 millions de fidèles en France dont 1,1 million appartenant aux Églises de la Fédération Protestante de France (FPF) et la Fédération Évangélique de France (FEF).Les protestants représentent traditionnellement environ 2% de la population française, même si un sondage les estimait à 1.5% en 1995. Un sondage plus récent (2009) révise toutefois cette estimation traditionnelle à 3%, ce que le sociologue Jean-Paul Willaime attribue à la croissance des mouvements évangéliques. 25% des protestants français sont évangéliques, 26% sont membres des Églises réformées et 19% sont luthériens. 40% des protestants ont moins de 30 ans.

La communauté juive était estimée en 1970 à 530000 personnes. Après une longue période de stabilité, elle serait actuellement de 483500, en déclin. Le mariage mixte en est certainement une des causes les plus évidentes. Elle forme la troisième diaspora mondiale grâce à un gros apport d'origine nord-africaine.

Enfin 30000 à 40000 personnes se répartissent dans les " nouvelles sectes ".

Comment le concept de "tourisme religieux" est-il perçu par les représentants des cinq grandes religions pratiqués en France ( catholicisme, protestantisme, Islam, judaïsme et bouddhisme)? De façon simplificatrice, pour ne pas dire réductrice, on peut dire qu'il existe deux grandes tendances :

-Les religions pour lesquelles le concept de pèlerinage et de retraite fait partie intégrante de la pratique de la religion (les catholiques, les musulmans et les bouddhistes). Ces religions, et en particulier la religion catholique en France, ont mis sur pied toute une organisation pour encourager et faciliter cette pratique.

-Les religions pour lesquelles le concept de "pèlerinage" n'existe pas mais dont les adeptes pratiquent néanmoins une forme de tourisme liée à la religion , ou plutôt à l'histoire de la pratique de cette religion. Les juifs et les protestants visitent les sites qui ont marqué l'histoire de leurs coreligionnaires : lieux de mémoire qui sont en général des lieux de persécutions.






I -HISTORIQUE DES PELERINAGES

L'histoire des pèlerinages est aussi longue que celle de l'histoire des religions. Ce phénomène paraissait déjà dans les rites des religions les plus primitives ( avec une assignation des lieux saints et le culte des divinités ) .

L' Homme , du moins celui que nous percevons le mieux : l'homme de notre espèce ( homo sapiens ) a une conscience aigue du Sacré .L'expérience du sacré fait intrinsèquement partie de l'expérience humaine , elle est ancrée au plus profond de notre mémoire. Ce sens du sacré est associé à une manifestation : le rituel .Le rituel précède la croyance et lui survit . Les premiers pèlerinages surviennent probablement au Néolithique , période pour laquelle on dispose de témoignages indiscutables de déplacements de personnes pour des motifs d'ordre religieux . Ainsi parmi les monuments mégalithiques , les dolmens sont des sépultures mais aussi de véritables monuments cultuels . Dans les Alpes-Maritimes la Vallée des Merveilles et le site du Mont Bego ( Parc National du Mercantour ) évoque un vaste sanctuaire en plein air .

L'histoire des pèlerinages est aussi ancienne et longue que celles des religions et elle a été très certainement favorisée par l'existence de grandes routes commerciales (la Route de la Soie en Extrême-Orient ou la Route de l'Encens en Arabie). Le pèlerinage est aussi l'une des plus vieilles formes de migration touristique . Son fort développement actuel concerne toutes les religions . On estime le nombre annuel de pèlerins à 130 millions dont 90 millions de chrétiens ( soit 70% du total ).Les 40 millions restants se partageant entre l'islam , le bouddhisme et l'hindouisme .







Tout pèlerinage se place dans une expérience religieuse spécifique: l ' expérience du Salut . Au niveau le plus bas on attend du pèlerinage la guérison d'un mal ou l'obtention d'une faveur , au niveau le plus élevé on espère une rencontre avec la divinité ( bhakthi indienne , mystères d ' Eleusis, vision de la Gloire de Yhavé dans le temple de Jérusalem, rencontre du Christ dans l'Eucharistie , etc ... ).Il arrive souvent que l'origine d'un pèlerinage demeure inconnue . Quelques pèlerinages sont liés aux origines mêmes d'une religion , d'autres à des événements survenus bien après sa naissance ( exemples : Lourdes ( France ) et Fatima ( Portugal )).Certaines religions favorisent les pèlerinages surtout celles qui attachent une grande importance aux réunions de leurs adeptes et aux formes extérieures du culte. Presque toutes accordent une grande attention aux pèlerinages effectués pour des raisons de pénitence , de grâce spéciale , pour expier ses péchés, … La majorité des pèlerinages a toujours eu un caractère local ou régional et une minorité seulement revêt un caractère international marqué . Ces pèlerinages, et surtout les plus grands ont fréquemment provoqué des bouleversements profonds dans la structure fonctionnelle des localités concernées. Dès qu'il y a pèlerinage il y a manifestation du Sacré ce qu'un historien appelle une hiérophanie. Trois éléments interviennent dans une hiérophanie :-un objet pris dans la vie quotidienne,-la Réalité mystérieuse, invisible et transcendante, - l'objet médiateur sorti de l'usage profane et revêtu de sacralité .

Tout pèlerinage se situe dans un contexte hiérophanique. Dans tout pèlerinage l'espace sacré constitue un élément essentiel. Les pèlerins empruntent des routes parsemées d'embûches qui doivent les conduire vers des lieux sacrés où ils rencontreront le Divin .Ces lieux peuvent être des sources ou des fleuves ( rôle purificateur et régénérateur de l'eau ), des sommets de montagnes, (rencontres avec le Ciel ), des portions de territoires consacrés par la présence d'un fondateur religieux ou d'une théophanie particulière (le Mont des Oliviers ou le Mont Sinaï par exemple). Les lieux de pèlerinage ont des caractères variés selon les religions ou encore selon les superstitions locales ou tribales .

Dans le Christianisme, surtout l'église catholique romaine , la majorité des pèlerins voyage vers des sanctuaires où se trouvent des images ou des sculptures connues pour les grâces qu'elles donnent (surtout la Vierge Marie ) ou dans des lieux d'apparitions miraculeuses ou vers les tombeaux de saints personnages. Quant aux musulmans ils voyagent surtout pour voir la Kaaba ( à la Mekke ) mais aussi vers les tombeaux des saints et des martyrs ( wali : l'ami de Dieu ).Dans l'Hindouisme les pèlerins visitent surtout des lieux saints .C'est sur les lieux situés au bord des rivières et des fleuves que les pratiques religieuses ont considérées comme les plus efficaces .Les pèlerins y descendent par un escalier spécial : le ghat .





Le sanctuaire d'Apollon à Delphes ( Grèce )



L'Antiquité

Cette période connaît d'importants pèlerinages. En Égypte à certaines périodes de l'année des foules de pèlerins se dirigeaient vers les temples. Parmi eux le temple d 'Osiris à Abydos était le lieu de rassemblement de milliers de pèlerins qui y venaient par le Nil. Jusqu'à plus de 700000 pèlerins selon Hérodote .En Grèce une des plus vieilles fêtes celle d 'Olympie en l'honneur de Zeus était célébrée tous les 4 ans depuis le VIIIe siècle avant J.C. L'une des formes d'adoration les plus populaires consistait en compétitions artistiques et sportives .Cette fête liée à des jeux qui duraient 5 jours attirait des dizaines de milliers de fidèles venus de tout le monde grec. D'autres sanctuaires étaient des sites de pèlerinage connus : Delphes en l'honneur d'Apollon, Corinthe voué à Poséidon, Némée à Zeus, etc …Dans la période pré- chrétienne de nombreux israélites voyageaient vers Jérusalem à l'occasion des principales fêtes judaïques : celle des Azymes ( Mazzoth), de Pâques ( Pesach ), des tabernacles ( Sukkoth ). Les caravanes de pèlerins amenaient de 150000 à 1 million de personnes selon les sources .

La fin de la période antique voit naître et se développer les premiers pèlerinages chrétiens. Sous le règne de Constantin Ier Le Grand (306-337 ), le christianisme devint la religion dominante de l ' Empire ( Edit de Milan de 317 ). Les destination et les motivations des pèlerinages changèrent .Des visites furent organisées sur les lieux de la vie de Jésus ainsi que sur les lieux de martyr des apôtres et des confesseurs. Jusque vers la fin du IV e siècle les pèlerins voyageaient surtout en Terre Sainte . Dans la promotion du pèlerinage vers Jérusalem un rôle essentiel fut tenue par l'impératrice Hélène, la mère de Constantin , qui visita la Palestine en 326. Le point culminant de son voyage fut la découverte de la sainte Croix sur le Golgotha .






Jérusalem : le Mur des Lamentations , au premier plan , et le Dôme du Rocher



Dès cette époque l'idée du pèlerinage en Terre Sainte devint populaire dans tout l ' Empire. La voie terrestre était la plus utilisée car les voyageurs bénéficiaient d'un réseau routier équipé d'abris et d'auberges : celui destiné et emprunté par les postes impériales. Plus rares étaient les pèlerins qui choisissaient la voie de mer, plus risquée, ou le voyage combiné terre/mer . En Palestine un réseau spécial de gîtes fut construit pour les pèlerins chrétiens et le Concile de Nicée ( 325 ) recommande la construction et l'entretien d'hébergements surtout dans les monastères. "A contrario " le pèlerinage vers Rome ne se développa que lentement.

Aux Indes beaucoup de lieux saints sont attestés dès l'Antiquité .Un des plus anciens est Varanasi (l'ancienne Kas'i), lieu de pèlerinage des hindouistes puis des bouddhistes .Deux divinités y étaient vénérées. La première est sans nul doute Civa , dieu destructeur s'identifiant à la Mort et au temps mais aussi bénéfique car il présidait à la Création , à la sexualité et à la procréation. Représenté comme un ascète, le corps couvert de cendres et assis en position de yoga et adoré à travers un symbole phallique : le linga. Autre divinité génératrice de pèlerinages : Vishnu aux quatre attributs : la conque, le disque, la massue et le disque .C'est un dieu dormant représenté couché sur l'océan du Chaos .Régulièrement il émet de son nombril un lotus d'où surgit Brahman pour créer un univers nouveau. En Arabie dans la période pré - islamique La Mekke est déjà un lieu de pèlerinage important qui s'est développé autour de la source Zemzem et d'un vieux lieu de culte : la Kaaba .

LE MOYEN AGE

En Europe le Moyen-âge se traduit par une floraison de pèlerinages et la naissance de plusieurs lieux saints. Pour créer un centre de pèlerinage il fallait posséder des reliques d'un saint. La possession et l'exposition de ces reliques décidaient des revenus des protecteurs des sanctuaires et elle fut à l'origine du commerce des reliques né dans les pays méditerranéens et qui se développa rapidement vers le nord en s'épanouissant durant toute la période médiévale . Le développement des pèlerinages fut à l'origine de l'implantation d'un réseau de routes , de ponts et d'abris pour les pèlerins. Des guides ( itineris ) furent publiés à l'intention des pèlerins. L'accroissement des déplacements de personnes dans tout l'Occident chrétien intensifia les échanges de biens de culture et d'art. Des édifices monumentaux furent construits le long des routes de pèlerinage tandis que l'artisanat et les métiers artistiques connaissait un essor sans précédent . Le développement des pèlerinages joua un rôle notable dans le développement de l'art roman .

Le pèlerin est le personnage central de cette époque. Etymologiquement le terme vient du latin " peregrinus " avec pour racine "per ager" ( qui signifie : passage de frontières à partir desquels le voyageur devient un étranger dans un pays qui n'est plus le sien, mais qui peut aussi signifier " à travers champs " ). Trois éléments sont constitutifs du pèlerinage : a - le pèlerin : il chemine au physique et au moral sur une route qui n'est pas celle de tous les jours , b - la route : c'est une rupture par rapport à ce que le pèlerin vit d'ordinaire .Elle lui impose détachements et sacrifices mais elle élargit son horizon , c - le lieu saint vers lequel il se dirige et qui est le but premier .

Le pèlerin se distingue par le port d'insignes spécifiques : le bourdon (bâton de pèlerin (baculus en latin) ) et la besace (pera ou capsella: sac en bandoulière ) . Ces insignes sont reçus de l'évêque et bénis avant le départ . Cette bénédiction place le pèlerin sous la protection divine et crée un état celui de pèlerin , dont un groupe juridiquement organisé ( "ordo peregrinorum"winking smiley.Un véritable droit international est créé concernant la protection du pèlerin dans sa personne ( au XI e siècle Grégoire XI menace d'excommunication celui qui frapperait un pèlerin ).Le pèlerin est protégé dans ses biens .Il est exempt de tonlieux et de péages, il est protégé contre les abus des transporteurs et des hôteliers. Beaucoup de ces pèlerins cheminaient à pied à cause de leur pauvreté ou pour se mortifier .Beaucoup aussi se groupaient (en suites pour les seigneurs et selon des liens de voisinage pour les gens du peuple) essentiellement pour des raisons de sécurité. La prière , instant privilégié de la peregrinatio se place dans un cadre ritualisé avec parfois des veillées ( nuit du samedi au dimanche ) et des attitudes de prière spécifiques (prosternation , attitude de l'orant : les yeux et les mains baissés vers le sol et à genoux et les mains jointes à partir du XIIIe siècle ).

Dans l'Occident chrétien le culte des saints semble l'emporter sur toutes les autres formes de piété. Son volet le plus prisé est celui du culte des reliques car pour des laïcs illettrés l'accès au trésor de l'Écriture demeure fermé , les richesses de la liturgie sont culturellement peu accessibles, l'ascétisme monastique demeure un idéal difficile à atteindre et la portée et le sens de la messe sont mal compris. Les saints offrent des modèles proches, un secours immédiat contre le Mal et une intercession puissante pour le salut de l'âme du pauvre pécheur.

Tous considèrent que les reliques conservent la puissance miraculeuse dont le saint dispose et le pouvoir d'agir sur Dieu. Cette toute-puissance des reliques prit des proportions considérables et suscité des pratiques assez éloignées de la dévotion désintéressée. Le caractère surprenant de certaines de ces reliques ne doit pas choquer. La Foi en ce domaine touche à la crédulité et elle est sans bornes en un temps où les explications rationnelles n'ont pas cours .Parmi ces reliques les plus célèbres sont celles attribuées au Christ (sauf la relique majeure : le corps disparu avec l'Ascension ! ) : vêtements, objets familiers , fragments des lieux où le Christ a vécu ( bouts de la croix, liens et clous du Calvaire, pierre du sépulcre, suaire, …) .Le culte des reliques est un culte populaire qui s'impose à tous: il fait courir les foules et intéresse les princes .Les corps des saints passent pour renfermer des vertus extraordinaires (posséder une relique c'est maîtriser à son profit la puissance du saint , " les reliques renferment une vertu , une grâce. Elles apportent la santé partout où elles se trouvent en Orient comme en Occident "winking smiley L'essentiel pour le pèlerin est de s'approcher le plus près possible des reliques et d'entrer en contact matériel avec elles. Les cérémonies d'élévation ou de translation leur en offrent souvent l'occasion. Les translations de corps saints donnent lieu à de vastes mouvements de foules, les fidèles espèrent le fait prodigieux, hors du cours normal des choses qui leur rendra la santé . Le miracle passe pour un signe de Dieu qui prouve la réalité de la Révélation. Le pèlerin cherche aussi à obtenir des reliques représentatives c'est à dire des objets ou des liquides ayant touché les reliques ( grattage du tombeau pour en retirer la poussière ou dépôt sur la tombe d'objets divers (pain , vin , etc.. ).Un pèlerinage induit aussi des offrandes d'ex-voto . C'est la condition du " donnant - donnant ", le fidèle promet de donner au saint s'il est exaucé ( ex-voto : qui provient d'un vœu ( c'est à dire d'un don ) ). L'offrande peut avoir lieu avant ou après le miracle .La valeur de l'ex-voto est variable ( piécettes , produits agricoles , vaisselles d'or , nappes d'autel, etc… ) et souvent symbolique ( le cierge votif qui représente la personne implorant le saint ).






Vézelay



En Europe trois centres de pèlerinage dominent : Rome, la Terre Sainte et Saint Jacques de Compostelle .

Le mouvement de pèlerins est assez faible vers Rome jusque vers le VIIIe siècle .Parmi les pèlerins on trouve des souverains de certains pays mais aussi des gens aisés et des pauvres. La majorité venait de France, d'Allemagne , d'Angleterre et de Scandinavie .Les flux de pèlerins s'intensifièrent après la proclamation de l'Année sainte ( " Anno Sancto "winking smiley par le pape Boniface VIII en 1300.Lors de la première année Sainte 2 millions de pèlerins vinrent à Rome dans les décennies qui suivirent la fréquentation annuelle du sanctuaire se stabilisa aux environs de 30000-50000 pèlerins .

Au début du Moyen Age les pèlerins pour la Terre Sainte étaient peu nombreux .La majorité venait au moment des fêtes de Pâques. A l'époque byzantine (395-636) le pèlerinage de l'impératrice Eudoxie en 438 contribua à la construction de plusieurs sanctuaires à Jérusalem et à la reconstruction de la ville .Après la courte période de domination du pays par les Perses ( 614-628 ) , hostile aux chrétiens , la région passa sous le contrôle des arabes jusqu' en 1070. Ces derniers pratiquèrent une politique de tolérance religieuse (sauf durant la période 1009-1020) et favorisèrent l'essor des pèlerinages chrétiens vers Jérusalem.

En 1070 fut créé l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (les Hospitaliers) dont le but était la protection des pèlerins et des malades .Les chrétiens obtinrent le droit de posséder à Jérusalem un quartier autour de la basilique du Saint Sépulcre .La situation en Palestine s'aggrava avec l'invasion des turcs seldjoukides en 1070-1090 qui persécutèrent les chrétiens .Le pèlerinage devint une entreprise dangereuse et les pèlerins formèrent des groupes armés qui livraient souvent de sanglantes batailles contre les turcs .L'occupation turque de la terre Sainte et la généralisation des persécutions contre les chrétiens furent à l'origine de l'organisation des Croisades dès 1095.Ces dernières furent considérées comme un type spécial de pèlerinage : un pèlerinage guerrier ainsi qu'un pèlerinage collectif ( tous les participants ayant les mêmes droits ). En 1118fut créé l'ordre du temple ( les templiers ) qui se fixait une double vocation : la protection des pèlerins et la lutte contre les incroyants . Au terme de la Troisième Croisade ( 1189-1192 ) un arrangement fut conclu entre les occidentaux et le sultan Saladin permettant l'accès des pèlerins à Jérusalem, Bethléem , Nazareth et les autres lieux saints de la Chrétienté .A partir de cette date on note une alternance de périodes de tolérance et de périodes de persécutions d'où des flux irréguliers de pèlerins vers la Terre Sainte .

Le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle en Galicie espagnole est liée au développement du culte de Saint - Jacques - Le Majeur , apôtre qui aurait propagé le christianisme en Espagne entre 33 et 43.Après sa mort en Palestine en 44 son corps aurait été transporté en Galicie où son tombeau fut miraculeusement retrouvé en 824 ou 835 près de la ville de Iris Flavia par l'évêque Théodomir.La première allusion à cette découverte est le martyrologue de Florus de Lyon ( 806-838 ). L'explication semble résider dans une erreur de retranscription imputable à un clerc du Haut- Moyen Age .Des textes apocryphes indiquent en effet que Saint- Jacques fut enseveli en Achaie : " in Achaia Marmarica " , déformé en " in arca marmorica " ( dans un tombeau de marbre ) par un retranscripteur peu scrupuleux ou ignorant .Les reliques du saint furent enterrées en un lieu appellé Liberum Donum sur lequel naquit un village : " Campus Apostoli " ou " Campus Stellae " . A cette époque et depuis 711 l'Espagne se trouvait sous la domination des arabes. Ces derniers contrôlaient au VIIIe siècle tout le pays sauf les Asturies , le Léon et la Navarre. A la bataille de Clavijo en 844 les chrétiens remportent une victoire en invoquant leur patron , Saint Jacques ( San Jago fut l'invocation créée durant la bataille ).Les pèlerinages vers le tombeau de Saint Jacques commencèrent au IX e siècle et un maximum d'affluence vers le sanctuaire est noté entre les XII-XIVe siècles. Au XIIe siècle un acte papal déclara le site comme un des trois plus importants lieux saints pour les chrétiens avec Jérusalem et Rome. Saint Jacques de Compostelle recevait alors près de 500 000 pèlerins par an ce qui lui valut le surnom de " Mekke du christianisme ". Plusieurs routes convergeaient vers le sanctuaire y amenant des pèlerins venus de France mais aussi d'Allemagne , d'Italie , des Pays-Bas et d'Angleterre ( la route de Saint Jacques : " Magnum Iter Sancti Jacobi " résultant de la confluence de quatre voies : la via turonensis qui partait de Tours , la via lemovicensis qui partait du Limousin , la via podensis qui partait du Puy-en-Velay , la via tolosana qui partait de Toulouse ). Au bord des routes se développèrent des services pour les pèlerins ( gîtes ( " hostales " ou " fondes "winking smiley , comptoirs de change , magasins , etc…) . En 1161 l'ordre chevaleresque de Saint Jacques de l'Epée fut fondé pour la protection des pèlerins .Les effectifs du pèlerinage amorcent une décrue lente mais continue à partir du XIVe siècle.

D'autres centres de pèlerinage se développèrent dans l'Europe médiévale : en Italie ( Assise, Padoue, Lorette, …), en France ( Le Mont Saint-Michel, Le Puy-en-Velay, Rocamadour , …), en Suisse ( Einsiedeln) , en Pologne ( Gniezno et à partir du XIV e siècle : la Jasna Gora à Czestochowa ) . Durant la période médiévale le Mont Saint Michel est un des sites de pèlerinage les plus visités . Ses origines sont obscures .Sur le Mont Dol voisin du Mont Tombe (le futur Mont Saint Michel ) existait un temple dédié à Mithra durant la période gallo-romaine .En 708 l'archange Michel apparaît à l'évêque d'Avranches Aubert et lui ordonne de bâtir un sanctuaire au sommet du Mont Tombe . L'église est consacrée en 708. A partir du X e siècle les donations pieuses se multiplient et une magnifique abbaye est construite au sommet de l'éminence naturelle .Des pèlerins illustres viennent se recueillir dans ce sanctuaire ( Henri II d'Angleterre en 1158 et 1166, Saint Louis en 1256 , Philippe Le Bel et Philippe V Le Long , etc… ). Le Mont a aussi son réseau de routes de pèlerinages ( les " chemins du paradis " ) jalonnées d'établissements religieux et charitables) . Un autre site de pèlerinage très célèbre est Notre Dame de Rocamadour vers la fin du XIIe siècle. La première mention de ce site se retrouve dans des documents datés de la fin XIe/ début XIIe siècle. Le pèlerinage n'a qu'une audience limitée lorsque les moines de Tulle reprennent l'abbaye et l'embellissent en 1113-1123. La date clé est 1166 .On découvre le corps d'un ermite inconnu enseveli dans le roc près de la chapelle .On y voit la dépouille de Amadour ,serviteur de la Vierge Marie et passé en gaule après l'Assomption. De grands chemins de pèlerinage se mettent en place qui convergent vers Rocamadour .Le plus connu est la voie mariale Le Puy- Rocamadour jalonné d'églises dédiées à la Vierge ( Saint-Flour , Aurillac , etc…).

En dehors de l'Europe on note la continuation des pèlerinages hindouistes et bouddhistes en Inde et en Asie du Sud - Est. Entre les IXe et XIIe siècles la tradition des pèlerinages bouddhistes se propagea de l'Inde vers la Chine et le Japon .En Arabie au VIIe siècle la position de La Mekke est confortée car la ville est reconnue par les musulmans comme le point central du Monde. Son essor se produit surtout entre le VIIIe et le Xe siècle et il est renforcé par le rôle de plaque tournante des pistes caravanières que remplit la ville ( convergence vers La Mekke des routes de caravanes du Yémen (avant le XIIIe siècle ) , de l'Egypte et de la Syrie ( à partir du XIIIe siècle).

LES TEMPS MODERNES ET L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE

Cette période se caractérise par un relatif déclin des grands pèlerinages internationaux. Ceux de Rome et de Terre sainte subsistent mais seulement pour les " années saintes ". Leurs dimensions sont plus petites . De manière générale on note en Europe une diminution du nombre des pèlerins. Ainsi à Saint Jacques de Compostelle les pèlerins ne sont plus que 30000 par an au milieu du XIXe siècle. Les causes de ce changement sont nombreuses : le Siècle des Lumières mais aussi la présence de lieux saints d'audience locale ou régionale dans de nombreux pays.

Rares sont les lieux de pèlerinage qui parviennent à conserver une dimension internationale, ce sont surtout des localités liées au culte de la Vierge Marie après le Concile de Trente ( 1545 -1563 ). Au milieu du XVIIe siècle on compte 1200 lieux de pèlerinages mariaux en Europe dont 330 en Italie, 300 en Allemagne, 200 dans la péninsule ibérique et 70 en France .

Ces effectifs enregistrent une baise significative au milieu du XVIIIe siècle où on ne compte plus que 100 localités mariales en Italie, 100 en Allemagne, 80 en France, 50 en Espagne et 25 en Pologne. Beaucoup de ces centres sont maintenant oubliés.

Le XIXe siècle voit s'effectuer une spectaculaire renaissance des pèlerinages mariaux . Passé la tourmente révolutionnaire et la chute de l'Empereur, une paix durable semble s'installer en Europe . Ce réveil se place aussi dans le contexte historique de l'ultramontanisme triomphant qui marque l'avènement du pape Pie IX en 1846. Cette doctrine redécouvre le rôle central et moteur de la papauté et elle est à l'origine d'un vif réveil de la piété grâce à la popularité des œuvres de saint Alphonse de Liguori, grand apôtre du culte marial au XVIII e siècle .En France de nombreux ordres religieux se reconstituent durant cette période ( dominicains, jésuites, capuçins, rédemptoristes, etc … ) .Ils contribuent à relancer les grands pèlerinages régionaux comme celui de Notre - Dame des Lumières à Goult dans le Lubéron qui renaît grâce aux Oblats de Marie Immaculée en 1837-1840. A l'imitation de Goult de nombreux pèlerinages locaux renaissent sur tout le territoire ainsi en Bretagne où les innombrables pardons reprennent vie, les préfets ayant autorisé les processions dès 1801.Le plus connu est celui de Sainte - Anne - d' Auray. Dès 1815 des pèlerinages rassemblant jusqu'à 40 paroisses y ont lieu chaque été . En 1818 le site accueille 40000 pèlerins . Parmi les autres circonstances favorables il faut noter le développement du rail à partir de 1848 ainsi que la faveur des gouvernements ( liberté laissée à la Presse , participation d'officiels aux processions , etc…).

L'affaire de Notre Dame de La Salette va renforcer la dominante mariale des pèlerinages . Le 19 septembre 1846 la Vierge Marie apparaît à deux jeunes bergers : Mélanie Calvat et Maxime Giraud à La Salette dans les Alpes ( Isère ).La Vierge , en larmes , annonce le châtiment de plusieurs nations et confie des secrets aux deux jeunes voyants. De violentes polémiques s'engagent sur la réalité de ces apparitions .Le 19 septembre 1851 l'évêque de Grenoble De Bruillard déclare l'apparition authentique et il bénit le 25 mai 1852 la première pierre de la basilique. Dès 1853 plus de 50 000 pèlerins se pressent à La Salette qui devient un des premiers centres nationaux de pèlerinage dans la France de la première moitié du XIXe siècle. Sa popularité est telle que des " pèlerinages - satellites " s'installent dans le pays ( en 1876 une dizaine de pèlerinages dédiés à "la Vierge qui pleure" existent dans toute la région ) .




Basilique de Lourdes (France)



A Lourdes entre le 11 février et le 4 mars 1858 Bernadette Soubirous s'entretient en 18 occasions avec la Vierge. L'évêque de Tarbes conclue à la réalité des apparitions et Lourdes devient un lieu de prières collectives et de pèlerinages .Ces mouvements de foule répondent aux vœux de marie qui ,aurait déclaré le 2 mars 1858 à Bernadette : "Allez dire aux prêtres qu'on vienne en procession et qu'on y construise une chapelle". Un pèlerinage " en ordre dispersé " existe dès le début des phénomènes d'apparition mais le coup d'envoi officiel en est donné le 4 avril 1864 par une procession organisée vers la grotte de Massabielle .

L'évènement est marqué par la bénédiction de la statue de Notre-Dame de Lourdes due au sculpteur Fabisch . 20000 personnes assistent à la cérémonie dont beaucoup sont originaires du Bigorre ainsi que quelques anglais résidants dans les stations climatiques et thermales voisines. Le 9 avril 1866 la ligne Tarbes Lourdes est mise en service. Le désenclavement de Lourdes consécutif à cet événement jouera un rôle majeur dans l'internationalisation progressive du pèlerinage. 40000 pèlerins arrivent à Lourdes en mai dont 3700 sont venus par le rail et une première messe est célébrée dans la Grotte. En 1867 12 trains spéciaux d'au moins 1000 pèlerins chacun s'y arrêtent . 70 à 80 caisses d'eau en partent chaque jour .Les premières guérisons sont en effet survenus dont celle de Françoise Pailhès , une ouvrière de Maquens, un petit village de l'Aude. En 1869-1870 le pèlerinage s'intensifie : des pèlerins de Toulouse et Montauban viennent à Lourdes en 1869 , de Lyon , de Nantes , de Paris et de la Belgique en 1870.

La période 1846-1890 est appelée le " Temps des Madones " par les spécialistes de l'histoire religieuse contemporaine . La dévotion à la Vierge Marie y connaît en effet une flambée spectaculaire : en France 592 grands sanctuaires régionaux sont voués à la Vierge , 12 diocèses en comptent 10 et plus dont 18 à Quimper , 15 à Saint-Brieuc et 14 à Vannes . Ce courant s'intensifie au delà des années 1870. En 1872 178 trains spéciaux amènent à Lourdes 119000 personnes tandis qu'un rituel approprié se met en place (la procession des bannières : 252 bannières représentant les provinces de France , celle d'Alsace -Lorraine étant voilée d'un crête (!!)). En 1873 Lourdes reçoit 213 trains spéciaux soit 140 000 pèlerins venant de 47 diocèses de France .La même année le Conseil Général des Pèlerinages édite un organe hebdomadaire , "Le Pèlerin" .C'est une feuille très pieuse et très populaire donnant des avis sur les pèlerinages. Cette pratique des pèlerinages mariaux va demeurer très vivace jusqu'en 1914.

Après un faible développement des pèlerinages durant la période 1945-1970 on observa une nouvelle période de croissance surtout dans le Monde chrétien et une augmentation notable de la fréquentation des grands sanctuaires . Au XXe siècle les sites de pèlerinages les plus importants sont Le Vatican , Lourdes , Czestochowa (Jasna Gora) et Fatima en Europe , Guadalupe au Mexique pour l'Amérique du Nord et Lujan en Argentine pour l'Amérique du Sud et Goa ( Inde ) en Asie . Un développement rapide de ces pèlerinages s'est réalisé sous le pontificat de Jean-Paul II .

Aujourd'hui en Europe on trouve d'abord : a-des sanctuaires qui reçoivent annuellement plusieurs centaines de pèlerins (Notre- Dame de Garaison (Tarbes) , Notre- Dame de Bethléem ( Toulouse), Notre- Dame de La Route (Orléans) , Notre- Dame des Miracles ( Saint-Omer ), etc…Leur rayonnement est essentiellement local. b- Une deuxième catégorie peut regrouper les sanctuaires qui accueillent plusieurs dizaines de milliers de personnes : Notre- Dame de Piétat ( Tarbes ) , Notre- Dame du Chêne (Le Mans), Notre- Dame du Suc (Montpellier ), etc … S'ajoutent aussi les sanctuaires du diocèse de Quimper où se tiennent les grands pardons (Le Folgoet , Sainte Anne La Palud, Notre- Dame de Rumengol ) , le pèlerinage de La Troménie et en Provence la Sainte- Baume près de Saint- Maximin et les Sainte-Marie de La Mer ( pèlerinage des gitans , le 24 mai ).c - Viennent enfin les centres où se succèdent des centaines de milliers de pèlerins venus de France et souvent du Monde entier : Notre- Dame de La Salette ( 150000 ), Notre- Dame du Bon remède à l'abbaye du Frogolet près de Tarascon ( 300000 ), Paray Le Monial ( 700000 ) , Notre-Dame de Rocamadour ( 1 million ) , Le Mont Saint-Michel ( plus de 1 million au pied du Mont et 1 million dans l'église paroissiale ) , Notre -Dame de Chartres ( 1 million ) , Notre- Dame du Puy ( 600 000), Sainte- Anne d'Auray ( 900 000 visiteurs dont 500 000 pèlerins) , etc… ( Ces sites doivent être connus et pouvoir être situés sur un fond de carte muet de la France , N.D.A )

On peut inclure aussi dans cette catégorie des pèlerinages plus strictement urbains comme Notre- Dame de Fourvière à Lyon ( 700000 ) et Notre- Dame de La Garde à Marseille (800000) , la chapelle de la médaille miraculeuse , rue du bas à paris ( 2700 pèlerins par jour en moyenne , 1 million par an) ou la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre (3 millions de visiteurs par an).






Basilique de Czestochowa ( Pologne )


Les autres pays d'Europe sont parsemés de sanctuaires dont on doit retenir les plus fréquentés. En Pologne le lieu de pèlerinage le plus fréquenté est la Jasna - Gora (" la claire montagne" ) au sanctuaire de Czestochewa . Ce site incarne depuis le XV e siècle l'indépendance de la Pologne. Il abrite une icône de la Vierge Noire , probablement du XIV e- XV e siècles mais que la tradition veut beaucoup plus ancienne . Les pèlerins les plus illustres y sont venus se recueillir : le futur Pie IX , Achille Ratti, alors nonce de Varsovie , le futur Jean XXII, Guiseppe Roncalli , Paul VI et Jean-Paul II ( pour le 600 e anniversaire de l'arrivée en Pologne de la sainte Icône le 26 août 1982 ).

Dans la péninsule ibérique le XIX e siècle avait vu un déclin du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle d'autant qu ' historiens et archéologiques étaient réservés sinon réticents sur l'authenticité du tombeau de Saint Jacques . A la fin du XIX e siècle à l'occasion de travaux de restauration entrepris dans la basilique on découvrir une tombe avec les ossements de trois squelettes masculins (janvier 1879).En 1884 un bref pontifical du pape Léon XIII reconnut l'authenticité des reliques .Des recherches plus récentes ( 1955 -1960 ) ont mis au jour le tombeau de l'évêque Théodomir, l'inventeur des reliques de Saint Jacques au IXe siècle






La cathédrale de Saint Jacques de Compostelle ( Espagne )




L'ensemble de ces données a permis une réhabilitation du sanctuaire et un nouvel essor du pèlerinage. La route des pèlerins du Moyen- Age semble avoir retrouvé son attrait sur des gens extrêmement divers, de toutes confessions et nationalités et depuis 1976 on assiste à une recrudescence des pèlerinages pédestres et cavaliers. Les statistiques concernant les " Années Saintes " de Saint Jacques sont révélatrices : 1965 : 4,5 millions/1971 : 5,4 millions/1976 : 6 millions. La majeure partie de ces pèlerins sont espagnols mais on compte aussi 1 million de pèlerins étrangers dont des français, des portugais, des allemands , des italiens , etc…

Au Portugal l'ensemble des pèlerinages est éclipsé par celui de Fatima depuis 1917. Le sanctuaire marial de la Combe d'Iria où la Vierge Marie apparut à trois petits bergers et leur délivra un message de pénitence connaît depuis 1920 une affluence considérable . Les pèlerinages successifs de Paul VI et Jean-Paul II ont renforcé l'audience internationale du site. Avec plus de 2 millions de pèlerins par an Fatima se classe parmi les plus grands pèlerinages du Monde.





Basilique de Fatima ( Portugal )



En Italie Rome attire le plus grand nombre de pèlerins. Un autre grand centre de pèlerinage est Assise où plus de 600 000 personnes viennent chaque année se recueillir sur les tombeaux de Saint François et de Sainte Claire. A Lorette les pèlerins viennent visiter la Santa Casa. On peut aussi citer Sainte Catherine à Sienne, Saint Antoine à Padoue, Sainte Rita à Cascia en Ombrie. A Naples les visiteurs affluent lors des ostensions de Saint Janvier, le 19 septembre et le samedi précédant le dimanche de mai, dans l'espoir d'assister au miracle de la liquéfaction du sang du martyr contenu dans deux ampoules hermétiquement closes .

Hors des frontières de l'Europe quelques pèlerinages chrétiens doivent retenir l'attention . Le plus connu est celui de Notre-Dame de Guadalupe à Mexico. La Vierge Marie y serait apparue à un indien, Juan Diego , en décembre 1531 sur la colline de Tepeyac, sous les traits d'une femme métisse en attente d'un enfant . L'indigène avertit aussitôt l'évêque Zumarraga du désir de la Vierge marie de voir édifié un sanctuaire sur la colline. L'évêque fut convaincu du message en apercevant la figure de la Vierge Marie imprimée grandeur nature sur le manteau de l'indien. Ce manteau est encore conservé dans la basilique. Aujourd'hui on estime à plus de 10 millions le nombre annuel de pèlerins qui afflue vers le sanctuaire. En Colombie un pèlerinage a commencé à la fin du XVI e siècle : El Senor de los Milagros ( "le Christ des Miracles " ) au milieu de la ville de Buga dans la vallée Del Cauca au cœur de la Cordillère Centrale . Vers la basilique actuelle achevée en 1907, le renom des guérisons miraculeuses attire plus de 800 000 pèlerins par an .

Parmi les pèlerinages non-chrétiens celui de la Mekke ( "hajj " ) offre toujours le même attrait . Ce pèlerinage provoque aussi une des plus importantes migrations touristiques du Monde par ses dimensions et par son caractère stable. Dans le courant des siècles des millions de musulmans sont venus en pèlerins à la Ville Sainte arrivant de tous les pays d'Islam. En Afrique le voyage vers La Mekke et son retour duraient très longtemps, parfois jusqu'à 8 ans. Le musulman d'Afrique Centrale, le participant de "hajj", voyageait communément de 1 à 3 ans, celui d'Afrique Occidentale jusqu'à 7-8 ans. Il y avait toujours de dizaines de milliers de pèlerins sur les routes vers La Mekke . La Mekke est visitée aujourd'hui par plus de 800 000 pèlerins étrangers et par 1 million d'habitants de l'Arabie saoudite.






La Mekke ( Arabie Saoudite )



Dans l'Islam les pèlerinages vers les tombeaux des saints sont aussi très populaires Quelques uns d'entre eux répétées plusieurs fois sont considérés comme l'équivalent d'un pèlerinage à La Mekke et ont un rayonnement qui dépasse leur région.

Mais la majorité de ces pèlerinages a un caractère régional ou local et ils sont généralement limités aux fidèles d'une secte particulière de l'Islam, comme c'est le cas pour les pèlerinages vers les lieux saints des Chiites .Ces pèlerinages locaux sont les plus fréquentés dans les pays d'Islam où la majorité de la population n'a pas les moyens financiers d'effectuer le pèlerinage à La Mekke . Les "voyages saints " sont alors limités aux "ziyarah ".Cette situation est typique de l'Afrique et le Maroc est un exemple de pays où sont très nombreux les pèlerinages vers les " marabouts " . Des pèlerinages du même type mais à une échelle moindre, existent aussi en Indonésie , surtout à Java et Sumatra ainsi qu'en Inde .








Cette page a été mise à jour le 12/08/11





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Pour les chrétiens, Il y a aussi Béthéem, ville qui ne vit que du tourisme religieux ....ou c'est tous les jours Noel avec une messe organisée quotidiennement perplexe
Il y a au moins deux types de pèlerinage:
- Ceux pour lesquels l'important est de faire le trajet. C'est le cas de Compostelle, avec "Les chemins de Compostelle"
- Ceux pour lesquels ce qui est important est le lieu du pèlerinage. C'est le cas de Lourdes ou Fatima.

Les apparitions de la Vierge les plus intéressantes sont celles de Fatima, avec ses trois prophéties.
La 1ère : Une vision de l'Enfer etc
La 2e : Que la fin de la 1e Guerre Mondiale allait de produire, que la Russie allait tomber dans l'erreur et qu'il y aurait une 2e Guerre Mondiale, précédée par un signe dans le Ciel.

LA 3e prophétie, on n'en sait rien. Elle aurait, parait-il être publiée depuis 1960, d'autre parlant de l'An 2000.

Ce qu'on sait, c'est que le Pape Jean-Paul II a dit avoir été sauvé par la vierge, lors de l'attentat qui l'a touché, et qu'il était depuis lors allé en pèlerinage à Fatima.



Quand l'être humain montre la Lune, Bôfbôfbôf le chien regarde le doigt.
Les chiens aboient, la caravane passe.
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texte trop long Algertunis
je zappe ailleurs ptdr
 
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