Rwanda : 105 notes des services secrets français déclassifiées
vendredi 3 novembre 2006, par Falila Gbadamassi


Le ministère français de la Défense a annoncé ce jeudi la déclassification de 105 notes de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). L’opération devrait permettre d’examiner les plaintes, contre l’armée française, de quatre survivants rwandais du génocide de 1994.





Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense, a annoncé jeudi 2 novembre que son ministère procédait à la déclassification de 105 notes de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français. Cependant, ils ne seront accessibles qu’à Florence Michon, l’unique magistrat instructeur au tribunal des armées de Paris (TAP) habilité à juger les infractions commises par les militaires français en dehors de l’Hexagone.

L’annonce constitue une réponse favorable à la requête du magistrat en charge de l’instruction de quatre plaintes de rescapés du génocide de 1994. Six tutsis âgés de 25 à 39 ans, avaient déposé, en février 2005, devant le TAP une plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité ». En décembre 2005, deux des six plaintes avaient été jugées recevables par le ministère public. Mais finalement, en mai 2006, la cour d’appel de Paris en retiendra quatre sur les six. Les Rwandais accusent les militaires français, entre autres, d’avoir laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés qu’ils étaient supposés protéger. Des accusations qui ont été rejetées par la France. Une mission d’information parlementaire dégageait d’ailleurs, en décembre 1998, l’Etat français de toute responsabilité dans le génocide rwandais.

La France soutenait militairement le régime hutu d’Habyarimana

Le 24 octobre dernier se sont ouvertes au Rwanda les auditions de la Commission gouvernementale rwandaise, mise en place en avril dernier, chargée de faire la lumière sur le rôle de l’armée française dans le massacre en trois mois de 800 000 Tutsis et Hutus modérés. Selon Kigali, les militaires français auraient formé les miliciens hutus. La France aidait en effet , dans le cadre d’accords militaires, le gouvernement hutu du président Juvénal Habyarimana à résister, depuis 1990, aux rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, l’actuel président rwandais.

« Au cours de ces premières auditions, a confié le président de la commission et ancien ministre de la Justice Jean de Dieu Mucyo, nous avons pu comprendre que les conseillers français étaient présents dans toutes les structures du régime Habyarimana, jusque dans les services de renseignement », rapporte Le Monde. « L’Etat français ne peut pas dire qu’il ne savait pas », poursuit-il. Toujours selon les autorités rwandaises, les Français auraient profité de l’opération "Turquoise", une mission militaire à but humanitaire autorisée le 22 juin 1994 par les Nations Unies, pour aider les génocidaires à s’enfuir. Le documentaire intitulé Kigali, des images contre un massacre du journaliste Jean-Christophe Klotz, qui sortira le 15 novembre prochain dans les salles françaises, vient étayer cette version des faits.


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