Le "religieux"/"cultuel" et le...
Bismillâhir Rahmânir Rahîm...

Assalâmou 'alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouh...


Bonjour (ou bonsoir) à tous...




"L'islam ne fait pas la différence entre le "religieux" et le "temporel"".
"En islam, toute bonne action est culte de Dieu."

Ces phrases, vous les avez assurément entendues un jour ou l'autre à propos de l'islam. Elles peuvent néanmoins prêter à confusion si on ne prend pas le temps d'analyser le contenu des termes musulmans "religieux"/ "mondain", ou "cultuel" / "temporel". Car ces termes recouvrent, dans la sphère musulmane, une réalité différente de celle qu'ils recouvrent dans la sphère occidentale. Explications:





* Les concepts du "religieux" et du "temporel" en islam:


En fait, l'islam fait bien une distinction entre ce qui est "mondain" (dunyâ) et ce qui est "purement religieux" (dîn). Ceci dans la mesure où l'islam offre aux hommes des éléments qui concernent "le religieux", mais n'entend pas les éléments qui relèvent du "purement mondain" (dunyâ), c'est-à-dire ce que les hommes élaborent pour vivre sur terre (comme les systèmes d'arrosage, les outils de transport, le développement de nouvelles sources d'énergie, etc. etc.). Ainsi, le Prophète Muhammad (sur lui la paix), après son émigration à Médine, fit cette remarque devant la pratique médinite de la fécondation des palmiers-dattiers :

"Je ne pense pas que cela serve à grand-chose."

Les Compagnons s'en abstinrent donc. La récolte de dattes ayant été ensuite médiocre, il dit :

"Vous connaissez mieux vos affaires purement mondaines ("dunyâkum"winking smiley. Mais lorsque je vous ordonne quelque chose de religieux ("dînikum"winking smiley, prenez-le" (rapporté par Muslim, synthèse des Hadîths 2361-2363).



Cependant, ce qu'il est important de comprendre, c'est que le concept même du "religieux" est différent en islam. En islam, en effet, le mot "religieux" ("dîn"winking smiley ne désigne pas seulement les croyances, la spiritualité et les actes purement cultuels, mais aussi les règles pour l'application des outils purement mondains. "Le cultuel est un terme général désignant tout ce que Dieu aime et agrée, qu'il s'agisse de paroles ou d'actes, et que ceux-ci soient extérieurs ou intérieurs" (Al-'ubûdiyya, p. 23). "Les actes cultuels ne sont constitués que de ce qui est obligatoire ou recommandé" (Qâ'ïda jalîla fit-tawassul wal-wassîla, p. 124). "Nous n'adorons Dieu que par des actes obligatoires ou recommandés ; quant ce qui est simplement autorisé, cela est compté comme du culte si on le fait avec l'intention d'obéissance" (Idem, p. 162). Notons que se retenir de ce qui est interdit est aussi obligatoire, de même que se préserver de faire ce qui est déconseillé est également recommandé.

Si l'imagination et la conception d'outils, en soi, sont donc, comme nous venons de le dire, des éléments "purement mondains" (dunyâ) et que l'islam n'a pas vocation à les enseigner, le cadre de l'application de ces outils, relève bien, lui, du "religieux" (dîn) et donc de ce que l'islam enseigne. Si le Prophète Muhammad (sur lui la paix) n'avait donc pas comme mission de communiquer à ses disciples les méthodes de fécondation des dattiers, il leur a néanmoins laissé des règles interdisant certaines formes de vente de dattes, des principes à respecter obligatoirement lors de cette vente, etc.

Ainsi, comme l'a écrit en substance Ash-Shâtibî (cf. Al-I'tisâm, tome 2 p. 80), la vente n'est pas, en soi, un élément purement religieux, mais un élément mondain (dunyâ) ; l'islam ne dit donc rien sur la question de savoir si la vente doit se faire face à face ou par Internet ; mais il apporte, au sujet de la vente, des règles religieuses (dîn), à savoir que sont interdits l'intérêt, la vente de ce qu'on ne possède pas encore, le mensonge relatif à la marchandise, et qu'est obligatoire le paiement de la zakâte, etc. Ces règles font aussi partie du "religieux" islamique. Et elles restent valables que la vente se fasse face à face ou sur le Web. Ce sont ces règles, ajoutées à la conscience de la Présence de Dieu, qui introduisent une dimension "religieuse" dans la vente, et non la vente en elle-même. Au contraire de la prière rituelle (salât), qui relève de la sphère du "purement religieux", dont tous les éléments sont religieux, et qui dépend donc entièrement des formes enseignées par le Prophète.

Tout ce que nous avons désigné ci-dessus par le terme de "dîn" est aussi désigné par le terme "'ibâdât" ou "ta'abbudât". Et tout ce qui a été désigné dans les lignes précédentes par le mot "dunyâ" peut aussi l'être par le mot "'âdât".

Attention à ne pas confondre les termes "'ibâdah" et "'ibâdât" : le premier est présent dans les textes des sources même, le second est conventionnel : cliquez ici pour en savoir plus (lire le point 5): [www.maison-islam.com].






* Ecrits de savants musulmans sur le sujet:


Ash-Shâtibî écrit dans son livre Al-I'tisâm :

"La totalité des éléments des purifications rituelles, des prières, des jeûnes, du pèlerinage est cultuelle (ta'abbudî). En revanche, pour ce qui est des ventes, les achats, les locations, leurs formes relèvent de ce que les hommes élaborent par leur réflexion ; il s'y trouve cependant aussi du culte (ta'abbudî), puisque tout cela est intéressé par des principes (umûr shar'iyyah), constituant une obligation ou une recommandation ; ici, c'est le fait de rajouter de nouveaux principes de ce genre qui revient à une innovation (bid'a), pas d'avoir recours à de nouvelles formes" (Al-I'tisâm, tome 2 p. 79-80). "Les règles en ce qui concerne les affaires qui relèvent de la sphère purement cultuelle ('ibâdât) ne sont pas les mêmes qu'en ce qui concerne les affaires qui ne relèvent pas de la sphère purement cultuelle (al-'âdât) : en ce qui concerne la seconde sphère, la règle originelle est la permission ; mais en ce qui concerne la première, il ne faut rien rajouter sous peine de tomber dans l'innovation (bid'a)" (Al-I'tisâm, tome 2 p. 135).



Ibn Taymiyya écrit pour sa part en substance :

"Nous savons que les actes qui sont purement cultuels ("al-'ibâdât"winking smiley, qu'ils soient obligatoires ou recommandés, ne peuvent être faits que d'après ce qu'ont établi à ce sujet les sources musulmanes [Coran et Sunna]. Mais en ce qui concerne les affaires de la vie quotidienne ("al-'âdât"winking smiley, il s'agit de ce que les hommes font dans leurs affaires du monde, de ce dont ils ont besoin. La règle générale ici, est la permission. (…) A propos de la vente, les dons, les locations, et autres transactions dont les hommes ont besoin pour vivre, les sources musulmanes ont énoncé des principes : elles ont interdit ce qui est mauvais, rendu obligatoire ce qui est nécessaire, déconseillé ce qui ne convient pas, et recommandé ce qui est convenable. Les hommes peuvent vendre et louer selon les moyens qu’ils veulent, dès qu’ils respectent ces principes" (Al-qawâïd an-nûrâniyyah al-fiqhiyyah, pp. 134-135).






* Conclusion:


L'islam fait bien une distinction entre ce qui est "purement mondain" (dunyâ) et ce qui est "purement religieux" (dîn), que l'on appelle souvent respectivement par : les "éléments cultuels" (ta'abbudî) et les "éléments temporels" ('âdî). Seulement il ne fait pas de coupure entre eux, mais adopte au contraire une position que l'on pourrait traduire par le principe suivant : "Lâ budda min dînillâh li islâhi dunya-n-nâs" : "Les hommes ont besoin de "la religion" que leur a donnée Dieu pour rendre bon "le mondain" qu'ils ont élaboré".

Pour ce qui est du domaine du "purement religieux" ('ibâdât), l'islam offre aux musulmans la totalité des éléments qu'ils pratiqueront, et ce domaine est donc entièrement constitué d'éléments ta'abbudî. Par contre, en ce qui concerne le domaine de "la vie quotidienne" ('âdât), l'islam n'offre que des éléments ta'abbudî ; les hommes peuvent découvrir et inventer d'eux-mêmes les éléments 'adî : la règle ici est la permission originelle pour peu qu'ils intègrent ces éléments 'âdî aux éléments ta'abbudî que leur ont donnés les sources. Si les sources de l'islam n'indiquent pas aux hommes ces éléments 'âdî, elles entendent donc bien mêler le "religieux" à ce "mondain". Ceci relève de la globalité (shumûliyya) de l'islam.

Le terme "religieux" ("dîn"winking smiley ou "cultuel" ("ta'abbud"winking smiley recouvre donc dans la civilisation musulmane un champ plus vaste que celui qu'il recouvre dans la civilisation occidentale. En effet, les sources musulmanes nomment comme faisant partie du "religieux" non seulement "le religieux" de la civilisation occidentale (c'est-à-dire les croyances, la spiritualité et les formes purement cultuelles), mais aussi ce que la civilisation occidentale appelle "règles économiques, sociales, civiques, internationales, etc." Il faut par ailleurs rappeler ici que le "religieux" de la civilisation musulmane n'a pas comme objectif de détruire ou de rendre impossible, mais au contraire de préserver aussi bien la spiritualité ("le religieux" de la civilisation occidentale) que la personne humaine, l'intellect, les biens, la filiation, et la société. Et qu'il est applicable par chacun et non par un clergé, concept inexistant en islam.





* Note importante:


Je pense important de souligner que, pour expliquer les concepts de l'islam authentique à des interlocuteurs non-musulmans, il est possible aux musulmans d'employer les termes qui sont familiers à ces interlocuteurs : il est donc possible d'utiliser, lors du dialogue avec des non-musulmans, le terme "religieux" dans le sens restreint qu'il a en Occident (à savoir les croyances, la spiritualité et ce qui relève du purement cultuel), sans bien sûr négliger d'utiliser les autres termes occidentaux pour évoquer les autres règles de l'islam (celles qui intéressent les domaines économiques, sociaux, etc.). Leur dire ainsi que les sources musulmanes offrent des données "religieuses" (au sens occidental du terme), mais aussi "des principes pour ce qui a trait au familial, au social, à l'économique, à l'écologique, etc." Et que pratiquer l'islam revient à tenir compte de tous ces éléments. Pareille utilisation des termes de l'interlocuteur non-musulman dans le but de communiquer efficacement est permise, pourvu que le contenu présenté par les sources de l'islam soit respecté.
Ainsi, au premier siècle de l'Islam, lorsque les Banû Taghlib (des Arabes chrétiens devenus citoyens de l'Etat musulman) se déclarèrent prêts à payer la sadaqa (aumône) mais pas la jizya (impôt), Umar, alors calife, accepta leur demande sur le conseil de an-Nu'mân ibn Zur'ah. Il leur dit :

"C'est une jizya, appelez-la comme vous voulez" (rapporté par Al-Bayhaqî).


Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).



>>> A lire après cette page : un article complémentaire:

- Quelques points complémentaires à propos du concept d'adoration de Dieu:
[www.maison-islam.com].




Source: [www.maison-islam.com]





Wassalâmou 'alaykoum wa rahmatoullâhi wa barakâtouh...
 
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