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Pédophilie, un tabou au Royaume Chérifien
Les affaires de pédophilie (entre viol et inceste) existent bel et bien au Maroc. Des procès avortés devant les tribunaux, des vies gâchées par le poids de la violence physique subie, la honte des parents qui préfèrent le silence et une société hypocrite qui face à la sexualité joue à l’autruche. Ils sont nombreux les filles et les garçons qui ont été victimes d’abus sexuels par des Marocaines et des touristes étrangers friands de «chair fraîche».
Retour sur un tabou marocain sur lequel il faut lever le voile. Enquête.

“Je ne l’ai jamais dit à personne. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Ce que j’ai vécu, je le garde pour moi, mais je n’oublierai jamais que j’ai été battu pour ne pas dire ce que mon oncle m’a fait. Oui, mon oncle m’a menacé de me faire pire si je le disais. J’ai gardé cela pour moi et j’ai supporté.”. Khalid a aujourd’hui quinze ans. C’est son histoire. Il en porte le poids. Tout seul. Il en fait des cauchemars et ses nuits sont une succession d’horribles images où il se voit lynché par une horde de chiens enragés. Quand il se met à décrire ses cauchemars, on saisit la déchirure causée par cet oncle qui “était toujours fourré entre nous à la maison.” Khalid est devenu cancre en classe, lui qui était l’un des élèves les plus brillants de l’école. Depuis le jour où son oncle a abusé de lui sexuellement lors d’un voyage de famille dans le nord, la vie de Khalid est un enfer à ciel ouvert. “ce n’est pas que je ne m’intéresse plus aux études, mais je ne peux plus. Quelque chose est cassé, et je ne sais plus comment m’en sortir”.
L’histoire de Khalid est passée sous silence. Le père l’ignore jusqu’à ce jour. La mère, elle, a découvert l’histoire grâce à un ami de son fils qui lui a tout révélé. Le dilemme de la mère est terrible : d’un côté un enfant violé, meurtri dans sa chair, de l’autre un frère, le sien, son sang, qu’elle ne peut pas dénoncer. Comment réagir? Elle se mure dans le silence. “Il n’y a rien à faire. Il faut oublier. Mon frère mérite plus que la prison. C’est un fou, un vrai fou. Mais je ne peux pas faire éclater cette affaire. Non seulement la honte, mais je peux aussi me faire répudier”. Khadija, la mère de Khalid essuie ses larmes et ravale sa colère. Et sis quelqu’un d’autre portait plainte, lui suggère-t-on, à tout va ? La mère tranche, le visage défiguré par la peur : “je nierai tout et mon fils aussi”.
Le drame vécu par Khadija et Khalid est le lot d’autres familles qui sont plongées dans un mutisme criminel. Comment ne pas dénoncer un psychopathe violeur qui sévit en toute impunité ? Pour plusieurs mères que nous avons rencontrées pour notre enquête, il est impossible de lever le voile. La société, les dires des uns et des autres, le poids du jugement, les conséquences sur la famille, autant d’excuses, légitimes certes, pour éviter le scandale.
L’histoire de Sanaa
Sanaa est aujourd’hui âgée de 19 ans. Elle habite avec sa mère à Sidi Bernoussi dans une chambre avec d’autres voisins. Sa mère n’est pas du genre disert, mais elle a accepté de nous dire les grandes lignes de son histoire avec son frère qui purge aujourd’hui une peine de cinq ans de prison à Oukacha pour viol et inceste. “C’est moi qui est découvert tout ça. Sanaa était encore petite et n’osait pas m’en parler. Mais, j’avais des soupçons. Je connaissais très bine mon frère qui avait, quand j’étais plus jeune, tenté de me violer aussi chez mes parents. Je faisais attention du mieux que je pouvais, mais il a réussi à attraper la fille un jour et lui avait fait peur. Il l’avait menacée et, à chaque fois qu’il le pouvait, il lui sautait dessus, jusqu’au jour où je l’ai surpris en train de la frapper sur la terrasse de mes parents parce qu’elle hurlait de tout dire à mon père. J’ai porté plainte avec l’appui de ma mère malgré les menaces de mon père et il a été jugé le @#$%& à cinq ans de prison. Depuis, ma fille et moi avons déménagé pour vivre seules. Entre temps mes parents sont tous les deux morts et j’ai dû faire face à tout ceci toute seule.” Sanaa, de son côté, acquiesce en hochant la tête. Elle suivait mot par mot ce que sa mère racontait et par moments, elle l’interrompait pour apporter une précision. A la fin, elle éclate dans une furie sans nom : “mais aujourd’hui, c’est ma mère qui va lui rendre visite en prison”. La mère confirme en expliquant qu’elle ne pouvait pas le laisser tomber. “il n’a plus personne. Il est même un peu fou aujourd’hui. Je ne l’ai pas pardonné, mais j’ai peur que quand il sort il ne me tue et tue ma fille. C’est pour cela que je vais le voir au moins une fois par mois en prison pour qu’il se souvienne que j’ai été là pour lui malgré tout ce qu’il a fait à ma faille.” Sanaa n’est pas d’accord. Elle précise que sa mère a tort de lui tendre la main : “il m’a bousillé ma vie. Il faut qu’il meure. Au lieu de cela, ma mère cuisine pour lui et va jusqu’à emprunter de l’argent pour lui apporter de quoi manger”. L’oncle en question a passé presque quatre ans à Oukacha. Il sort bientôt. Sanaa a-t-elle des garanties qu’il sera changé, qu’il aura compris son crime, lui demandera-t-il pardon ? “Non, je ne veux pas le voir. J’ai demandé à ma mère de quitter Casablanca avant sa sortie, et elle m’a promis de le faire”. La mère semble décidée à tourner cette page de sa vie avant que son frère ne mette les pieds dehors. Mais où ira-t-elle ? “je ne sais pas. Une petite ville, mais il me faut trimer pour vivre et surtout tirer un trait sur la famille”.
Une condamnation à mort
La petite ville d’Azemmour avait fait les frais d’une bande de psychopathes qui avaient sévi dans le milieu des jeunes adolescents. Il y a dix ans, tombait un policier qui avait défrayé la chronique pour viol et séquestration de mineurs livrés à eux-mêmes. Une affaire d’homosexualité qui avait aussi traumatisé un bon nombre d’enfants qui aujourd’hui encore gardent un souvenir sombre de ces hommes qui abusaient d’eux. A l’époque, ce policier a été écroué et condamné à mort. Le chef d’inculpation était lourd puisque l’ex-policier était aussi accusé d’abus de pouvoir pour obliger les mômes à venir dans sa chambre.
Il avait un studio qu’il louait à peu de frais, se mit à y recevoir quelques bambins qui partageaient ses après-midi et ses soirées. Il préférait les garçons de treize ou quatorze ans, à la fleur de l’âge et s’arrangeait d’abord pour les inviter à prendre un pot, une bière fraîche, leur offrait à manger avant d’aller au lit. Il dit : “à cette époque, c’était toujours bien, car j’avais toujours un ami avec moi”. Mais il y avait aussi l’attrait de l’argent et les touristes : “Les touristes venaient dans cette ville car ils y avaient des amis. Toute ma clique allait avec des hommes. Ce n’était pas mal vu et même que certains gagnaient des sous en passant des nuits avec des touristes”. On imagine des gosses pris dans les filets d’hommes plus sûrs d’eux, qui laissent voir de beaux billets de banque, flambants neufs et qui étaient prêts à payer des sandwichs au merguez à tout le monde. La tentation est grande et les gamins décident de ne plus passer à côté de “la belle vie”.
“Oui, même après avoir endossé l’uniforme j’ai continué à sortir avec des garçons, mais je voulais arrêter. Il y avait juste les anciens copains qui ne me laissaient pas tranquille… Oui, on m’a menacé de tout dire, alors j’ai cédé des fois. Il m’est arrivé de partir au travail en laissant des amis avec des garçons dans ma chambre”. On imagine cette famille dont l’un des fils est un policier. Alors plus personne n’a plus le droit d’ouvrir la porte sacrée de sa chambre. On n’ose même plus faire de bruit de peur de déranger monsieur l’agent qui peut piquer sa crise et rouspéter qu’on l’a dérangé alors qu’il était occupé à résoudre un sérieux problème de désordre public !!
Et la fin se prépare avec son concours, à son insu parce qu’il était plongé dans l’ivresse du pou voir que lui confère son uniforme: “Deux copains sont venus me voir avec d’autres gamins. Ils m’ont dit qu’ils voulaient faire la java. J’ai accepté et on a fait la fête. Mais le lendemain il a fallu que j’aille travailler. Je les ai laissés à la maison, dans ma chambre. Ils y sont restés quelques jours. Puis ils sont partis. Moi, je ne me doutais de rien. Je pensais que c’était comme toutes les autres fois où l’on avait fait ça avec d’autres types. Mais c’était cela le début de la fin”. “On a arrêté un des copains qui était chez moi l’autre nuit avec ce gamin qui a tout raconté. Il a tout avoué et les flics sont remontés jusqu’à moi. Et c’était là, la honte de toute ma vie. Ma famille ne savait plus où se mettre, le quartier parlait, mes collègues policiers me regardaient de travers.” Le policier pédophile tombe de très haut, et dans sa chute il entraîne d’autres personnes. L’histoire avait alors révélé les dessous de la pédophilie au Maroc. ON ne pouvait plus faire semblant que cela n’existait que chez les autres. Les enfants qui se font abuser et violer existent. Ils sont Marocains. Ils sont violés par des Marocains. Il aura fallu le grand éclat d’une telle affaire où, de surcroît, un policier était l’origine du scandale pour qu’on se dise une bonne fois pour toutes, qu’il fallait faire face à l’hypocrisie d’une société qui joue avec le destin de ses enfants.
Une société hypocrite
Des histoires comme celles de Khalid et de Sanaa sont nombreuses, très nombreuses au Maroc. À Marrakech, à Essaouira, à Tanger, à Fès, à Rabat, à Casablanca, à Khouribga, à Beni Mellal, à L’Hajeb et ailleurs, nous avons recueilli des bribes d’histoires à peine formulées. Il est question de fillettes violées par des voisins, de gamins abusés par des vendeurs, des drogués dans le quartier et même, dans certains cas, des instituteurs. Les concernés parlent de honte et de silence, mais le véritable problème réside dans la notion même de la sexualité au Maroc. On en fait un tabou, on évite d’en parler, on condamne et on pousse la chansonnette à chaque fois que quelqu’un tente de lever le voile sur les tares de la sexualité au Maroc. À croire une certaine tranche de la société bien pensante, au Maroc il n’y aurait ni homosexuels, ni inceste, ni pédophilie, ni viol et viols collectifs, ni prostitution (féminine et masculine)… La république de Platon alors que les registres des tribunaux regorgent d’histoires sordides sur des familles déchirées à cause d’un père qui a violé sa fille ou d’un frère qui a abusé de son petit frère ou même d’un grand père qui s’amusait à donner sa verge à un bébé. Oui, cela existe au Maroc et sous les formes les plus crapuleuses. On préfère étouffer dans l’œuf la souffrance des enfants. On ligote leurs vies, on les traîne dans les affres du silence jusqu’à en faire des ratés, des drogués, des psychopathes, des névropathes, des désaxés et des inadaptés qui ne peuvent plus vivre en paix avec la société. D’un côté, ils refusent cette société qui ne les protège pas. Pire encore une société qui les condamne quand ils parlent. On vous pointe du doigt, on vous traite de “pute” ou de « pédé » juste parce qu’un jour un malade mental, un détraqué vous aura sodomisé en vous battant. Il faut supporter et le crime des autres et le jugement des siens, ceux qui sont sensés vous défendre. Il faut se taire, tenter le suicide ou accepter. Il n’y a pas de choix, il n’y en aura pas tant que la société marocaine n’aura pas pris sur elle d’affronter ses tares, de se dire que la sexualité est un problème qu’il faut résoudre. Pourquoi certains d’entre nous sont attirés par le viol ou s’adonnent à l’inceste ? Il faudra chercher la réponse dans la pratique de notre sexualité. À écouter certains discours, on penserait que les gens dans ce pays sont chastes comme des moines. On voudrait faire croire (on ne sait à qui !) que nos enfants ont une sexualité bien sous tous rapports. Les filles attendent le mariage pour découvrir les joies du corps et les enfants sont sages jusqu’au jour où les Adoules scellent les liens sacrés du mariage. Quelle hypocrisie ! Bien sûr que les jeunes font l’amour, bien sûr que des adolescents se font avoir par plus âgés qu’eux qui pour l’argent, qui pour découvrir qui parce qu’il ne peut pas encore dealer avec la tentation et la curiosité. Ce n’est certainement pas en gardant le silence, en faisant semblant que tout va bien qu’on va aider nos enfants à faire face aux problèmes de leur sexualité. Il faut en parler dans les médias, à la radio, à la télévision, ouvrir un débat pour attirer l’opinion publique sur ce qui ne va pas, sur les risques que coure cette jeunesse et surtout aider les enfants à comprendre le rapport au corps. Tant que la sexualité est tabou au Maroc, tant qu’on n’a pas encore compris que le dialogue responsable est un devoir de toute une nation qui ose se regarder dans le miroir de la réalité, il y aura des violeurs et des fous qui vont lyncher les enfants dans leur chair.
Effectivement ! Il faut faire quelques choses pour ces jeunes victimes !

Et surtout se montrer ferme avec leurs bourreaux !



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