Maroc: un procureur requiert la prison contre des journalistes blagueurs
Maroc: un procureur requiert la prison contre des journalistes blagueurs / CASABLANCA (AFP)

Driss Ksikes, le directeur de Nichane, devant un kiosque à journaux le 6 janvier 2007 à Casablanca
Driss Ksikes, le directeur de Nichane, devant un kiosque à journaux le 6 janvier 2007 à Casablanca

Un procureur marocain a requis lundi la prison ferme contre deux journalistes d'un hebdomadaire indépendant qui avaient publié un dossier sur les blagues en vogue dans le pays.

Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 15 janvier.

Dans son réquisitoire devant le tribunal de première instance de Casablanca, il a réclamé 3 à 5 ans de prison contre l'auteur de l'article et le directeur de la publication ainsi que l'interdiction d'exercer et une amende pouvant aller de 10.000 à 100.000 dirhams (895 à 8950 euros).

Il a également demandé l'interdiction de Nichane. Cet hebdomadaire, apparu en septembre 2006 et qui affirme vendre 14.000 exemplaires par semaine, avait publié le 9 décembre un dossier intitulé "Comment les Marocains rient de la religion, du sexe et de la politique".

Les plaisanteries mettaient en scène Mahomet, le roi Hassan II, les islamistes ou des Marocains à la recherche d'une sexualité performante.

"Les deux accusés ont contrevenu à la Constitution car l'article porte atteinte à la personne sacrée du roi ainsi qu'aux croyances et valeurs religieuses", a assuré le procureur.

Auparavant, le directeur de la publication Driss Ksikès avait indiqué au tribunal que "les gens ont le droit de rire et nous avons voulu savoir pourquoi et de quoi les gens rient". "C'est absurde de vouloir juger le rire", a-t-il proclamé.

Comme sa collègue Sanaa Al Aji, auteur de l'article, il s'est présenté comme "un musulman dans un société musulmane", mais a toutefois fait remarquer que même les oulémas (docteurs en droit musulman) "avaient l'habitude de s'échanger des blagues".

Dans la salle d'audience avaient pris place de nombreux journalistes, des ONG et un représentant de Reporters sans frontières.

"J'ai toujours respecté la religion et la société", a répondu Sanaa Al Aji, au président Noureddine Kassine qui lui demandait où fixait-elle "la ligne rouge à ne pas franchir en matière de sacralité politique, sociale et religieuse".

"Je n'ai fait que rapporter aux lecteurs un phénomène que connaît le Maroc au niveau du rire et de l'anecdote. Nous n'avons pas porté de jugement sur la religion, la politique ou la monarchie", a-t-elle ajouté.

Les avocats ont réclamé la relaxe de leurs clients. "Nous avions pensé que le parquet ferait valoir des circonstances atténuantes mais au contraire il a mis en avant des circonstances aggravantes", a lancé Me Abdelhaq Ksikes.

Il a présenté à la cour un recueil de blagues "dures" publié en 1981 et réédité en 1988 qui est en vente libre. "Pourquoi cette publication est sur le marché alors que Nichane est interdit?", s'est-il demandé en souhaitant à l'avance que la justice ne lance pas une poursuite contre ce livre.

Les deux prévenus sont poursuivis pour "atteinte à la religion islamique" et "publication et distribution d'écrits contraires à la morale et aux moeurs".

Le 21 décembre, le Premier ministre Driss Jettou avait interdit "d'exposer sur la voie publique et de diffuser" Nichane.

Appartenant au même groupe que l'hebdomadaire irrévérencieux francophone TelQuel, le magazine a connu un rapide succès auprès des jeunes en raison de sa liberté de ton et parce qu'il s'efforce d'écrire en arabe dialectal marocain.

Plusieurs journaux ont été lourdement condamnés en 2006 pour diffamation à des amendes et peines de prison avec sursis, à la suite de plaintes pour offense à des chefs d'Etat étrangers ou à la royauté.



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