L’Europe face aux leçons des élections marocaines
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L’Europe face aux leçons des élections marocaines
EDITORIAL RELATIO par DANIEL RIOT : Les Européens se doivent de tirer quelques leçons de élections marocaines. Parce que la démocratie y trouve l’illustration de ses vertus et de ses limites, surtout quand elle reste relative. Parce que ce pays qui dispose de richesses potentielles fantastiques, qui connaît une diaspora dynamique et qui doit occuper une place-clef dans « l’EuroMed », dans l’espace euro méditerranéen ou dans la future Union méditerranéenne est, avec la Turquie, l’un des pays où se joue la réponse qui sera donnée à une question-clef : l’Islam est-il compatible avec la démocratie ? Une question qui conditionne une autre interrogation fondamentale : choc des civilisations ou dialogue des cultures ?

Le fait le plus important n’est pas dans la victoire dite « surprise » de l’Istiqlal : la surprise est celle d’observateurs qui ont la vue faussée soit par des connaissances bien superficielles de la situation du pays, soit par des fantasmes nés des « vertiges islamistes », soit par ce souci de la dramatisation devenu prédominant et polluant (avec ceux du spectaculaire et de l’insignifiant) dans la chaîne de l’information. L’échec de la « gauche » usée et discréditée par la corruption insuffisamment combattue était prévisible. Mais le « succès fou » des islamistes annoncé n’était en rien inscrit dans les étoiles. Le Maroc n’est ni l’Egypte, ni la Tunisie, ni l’Algérie : Le Roi est aussi un chef religieux. C’est une donnée qui compte même si ce fait et cette fonction sont contestés par bien des courants musulmans.


La vraie surprise est l’ampleur de l’abstention : 37% de participation. C’est un échec et un avertissement pour les démocrates (et pour le Roi et surtout pour une partie de sa Cour). C’est une surprise parce que quatre-vingts pour cent des citoyens inscrits sur les listes étaient allés retirer leur carte d'électeur (une démarche qui n’est pas toujours simple dans certaines régions), donc parfaitement conscients des enjeux des élections, de l’importance de la participation citoyenne à la « chose publique ». Pas d’indifférence, par d’inconscience, pas de sous-information ! Alors, quoi ? Et pourquoi ?

Premier constat : la démocratie est trop imparfaite. En dépit du modernisme, de l’esprit d’ouverture, et des réformes déjà entreprises ou envisagées, le Royaume reste d’abord un Palais qui impose ses lois. Peut-être.

Deuxième constat : les différents partis en compétition n’ont pas la cote. Ils n’inspirent pas confiance. Ils sont vus comme non fiables et non crédibles. Et les politiciens sont vus comme des opportunistes affairistes. Sûrement.

Ces deux constats (complémentaires) entraînent deux réflexes (contradictoires) :

>>>Entre des partis qui ne remplissent pas leur mission et le Palais, une majorité s’en remet au Trône.

>>> Une autre partie de la population qui jadis tentaient de trouver le Graal dans le révolutionnarisme d'extrême-gauche se réfugie dans un nihilisme passif (abstention) ou actif (mirages et syndrome d’Al Qaïda)…

Le relatif bon score du vieux parti conservateur et nationaliste de l’Istiqlal s’explique par l’émergence de personnalités plus jeunes, et, dans leurs discours, plus « modernes » et plus près du peuple que les notables de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) qui se vautraient dans trop de facilités.

Le score (décevant pour eux) des « islamistes » du Parti de la Justice et du développement tient plus à leur dévouement social, à leur engagement au coté des gens dans le besoin ou la difficulté, à leur activisme de proximité qu’à leur idéologie.

Ses cadres (femmes et hommes) font ce qui se faisait jadis dans nos paroisses, ce que se fait encore dans des communautés : ils assurent ce lien social que les laïcs, les associatifs et les organismes officiels n’assument pas ou plus ou pas assez.

Il y a coté « démocrate chrétien » de terrain (d’hier) chez les militants du parti musulman. C’est vrai au Maroc, comme ailleurs (y compris bien sûr, dans ce que l’on appelle en Europe, nos « banlieues », nos « quartiers »). Ce n’est pas l’activisme islamique qui tue ou empêche la démocratie : c’est la faiblesse des liens sociaux. C’est la détresse humaine aggravée dans cet urbanisme qui manque d’urbanité et accroît cette solitude, ou ces sentiments de solitude, dont on ne tient pas assez compte. Des sentiments que n’atténuent ni l’omniprésence des télévisions, ni les divertissements artificiels ou virtuels, ni les discours creux sur la solidarité.

C’est en cela peut-être surtout que les leçons marocaines peuvent être tirées et pas seulement pour le royaume de Mohammed VI.

Comment le Roi va-t-il réagir ? Les derniers signes plutôt régressifs donnés ces derniers temps (en matière de liberté de la presse, notamment) traduisent-ils un raidissement que les élections pourrait accentue
Ce faible pourcentage de participation est un avertissement , car là , nous voyons que la population en a marre d'etre en ballotage et ne sait plus à qui faire confiance ni vers qui donner de la tete .

Gare à la goutte qui va faire dèborder LA vase . "ALLAH YESTER"
 
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