French sex
Et vous,les Marocains,vous vous reconnaissez dans ces données?


Dernières nouvelles de la sexualité des Français
LE MONDE | 13.03.07 | 11h10 • Mis à jour le 13.03.07 | 11h12


Les comportements sexuels continuent à se conjuguer de manière très différente au féminin et au masculin. Les premiers résultats de l'enquête sur "le contexte de la sexualité en France", rendus publics mardi 13 mars, font apparaître à la fois des transformations profondes – notamment chez les femmes dont la libération sexuelle se poursuit – et des permanences dans les représentations de la sexualité.




Réalisée auprès de 12 364 femmes et hommes âgés de 18 à 69 ans, par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l'Institut national d'études démographique (INED) et l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), sous la responsabilité scientifique de Nathalie Bajos et Michel Bozon, cette enquête nationale est la troisième du genre depuis 1970.

Ages et fréquence. En un demi-siècle, l'âge moyen du premier rapport sexuel est passé de 18,8 ans à 17,2 ans pour les garçons et de 20,6 ans à 17,6 ans pour les filles. Ce mouvement a débuté "dès les années 1960 avant même Mai 68 et la diffusion des moyens de contraception", notent les chercheurs. Puis l'âge du premier rapport sexuel s'est stabilisé dans les années 1980-1990, avec l'arrivée du sida, avant d'enregistrer une nouvelle tendance à la baisse depuis 2000.

Les femmes font de moins en moins leur vie avec leur premier amour. Alors que pour 70 % de celles âgées de 60 à 69 ans (contre 33 % des hommes), leur premier partenaire est devenu leur conjoint, seules 20 % des 20-24 ans (6 % chez les hommes) ont choisi de vivre avec l'homme avec lequel elles ont eu leur premier rapport. Il faut dire que les femmes ont davantage de partenaires sexuels au cours de leur vie : en moyenne 4, 4 en 2006 contre 3,3 en 1992 et 1,8 en 1970.

Les hommes, eux, déclarent en moyenne 11,6 partenaires, un chiffre stable depuis plus de trois décennies. Quant aux tromperies, elles semblent plutôt marginales et davantage masculines. Seuls 2,8 % des femmes et 5,3 % des hommes vivant en couple depuis au moins un an déclarent avoir eu un autre partenaire sexuel que leur conjoint au cours de l'année écoulée.

Depuis 1970, la fréquence de l'activité sexuelle a très peu évolué. Hommes et femmes disent avoir, en moyenne, 8,7 rapports sexuels par mois. Mais 16 % des femmes et 15 % des hommes en couple depuis plus d'un an n'ont eu aucun rapport sexuel pendant au moins trois mois consécutifs. En revanche, les femmes de plus de 50 ans sont désormais près de 90 % à déclarer une activité sexuelle dans les douze derniers mois, contre 77 % en 1992 et 53 % en 1970.

Pratiques sexuelles. L'hétérosexualité demeure ultramajoritaire même si, précise l'enquête, "ces déclarations doivent être considérées comme des estimations minimales", du fait d'une acceptation encore difficile de l'homosexualité dans certains milieux. 4 % des femmes (contre 2,6 % en 1992) et 4,1 % des hommes (inchangé) ont eu au moins une fois une relation homosexuelle. Si la majorité des personnes interrogées considèrent que l'homosexualité est "une sexualité comme les autres", 40 % des hommes de 60-69 ans et 21 % des 18-24 ans la trouvent "contre nature".

La masturbation est "une sorte de tout premier contact avec la sexualité" pour 90 % des hommes, toutes générations confondues. Les femmes, elles, sont moins nombreuses à la pratiquer (60 %) et l'expérimentent plus tardivement.

Au lit, "fellation et cunnilingus ont connu une diffusion spectaculaire depuis les années 1970 et sont devenus une composante très ordinaire du répertoire sexuel", constate l'enquête. En revanche, la pénétration anale demeure une pratique minoritaire. En 2006, 37% des femmes et 45% des hommes disent en avoir fait l'expérience contre respectivement 24 % et 30 % en 1992.

Le plaisir n'est pas toujours au rendez-vous. Au cours des douze derniers mois, 36,3 % des femmes ont eu "souvent" ou "parfois" des difficultés à atteindre l'orgasme et 16,8 % des hommes ont pu rencontrer des problèmes d'érection.

L'échangisme, quant à lui, est très peu répandu et davantage masculin : seulement 1,7 % des femmes et 3,6 % des hommes ont fréquenté un lieu échangiste au cours de leur vie. Le recours à la prostitution ne recule pas. En 2006, 3,1 % des hommes ont payé pour avoir un rapport sexuel (contre 3,3 % en 1992).

Prévention. Le préservatif s'est largement diffusé et est désormais utilisé par 89 % des jeunes de 18-24 ans lors de leur premier rapport sexuel. Quant au test de dépistage du sida, 50 % des femmes et 45 % des hommes en ont effectué au moins un au cours de leur vie.

Internet. Plus de 10 % des Français – et près d'un tiers des 18-25 ans – se sont déjà inscrits sur des sites de rencontre sur Internet. Ces échanges virtuels se prolongent en rapports sexuels pour 4 % à 6 % des femmes de 18-34 ans et 7 % à 10 % des hommes de 18-39 ans.

Sexe et amour. Peut-on avoir des rapports sexuels avec quelqu'un sans l'aimer ? Oui, répondent 57 % des jeunes hommes de 18-24 ans. Non, rétorquent 72 % des jeunes filles du même âge. Les années passent et les écarts de perception se creusent. A tous les âges de la vie, une majorité de femmes adhèrent à l'idée que les hommes "ont, par nature, plus de besoins sexuels" qu'elles. Et les hommes sont plus nombreux que les femmes à estimer que la sexualité est "indispensable à son équilibre personnel".

Si l'importance que les Français accordent au fait d'avoir une vie sexuelle a augmenté depuis les années 1970, les auteurs de l'enquête estiment que "les représentations de la sexualité restent marquées par un clivage qui continue d'opposer une sexualité féminine pensée prioritairement dans le registre de l'affectivité et de la conjugalité, à une sexualité masculine pensée majoritairement dans le registre des besoins naturels et du plaisir".

Sandrine Blanchard
 
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