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Les Français d'origine étrangère dans le débat
Sitôt les résultats du premier tour de l'élection présidentielle proclamés, Nicolas Sarkozy et ses partisans de se sont emparés des idées les moins reluisantes du Front national avec une promptitude déconcertante.

Contre le droit de vote des étrangers vecteur de "communautarisme", pour l'affirmation des "racines chrétiennes" de l'Europe dans la Constitution européenne, pour la défense de "nos" coutumes, Nicolas Sarkozy s'est montré particulièrement virulent à l'égard de tout ce qui lui apparaissait insuffisamment français.

Il y a quelques jours, Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole de François Hollande, a été la cible des accusations odieuses de la députée UMP Valérie Rosso-Debord qui mettait en doute la loyauté de l'élue socialiste en raison de ses origines marocaines.

Le clip de campagne du candidat de l'UMP, diffusé depuis le début de la semaine est quasi intégralement axé autour de la peur identitaire. On y voit Nicolas Sarkozy s'inquiéter d'une "Europe passoire", pour mieux promouvoir sa vision d'une Union européenne qui doit "vous protéger, vous défendre et être au service de la protection de note civilisation et de notre mode de vie". Il en conclut qu'en France, "le système d'intégration ne fonctionne plus parce que nous avons accueilli trop de monde".

Ce "trop de monde", c'est nous. Depuis cinq ans, nous, Français d'origine étrangère, subissons les attaques répétées de la majorité qui remet de plus en plus brutalement en cause notre appartenance à la France.

Le "débat" sur l'identité nationale qui ne questionnait en réalité que l'identité de certains Français trop bronzés pour être honnêtes, les incessants débats sur la laïcité plaçant dans le viseur celles et ceux d'entre nous qui avaient le malheur d'être musulmans, le discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy dans l'optique de dépouiller certains Français de leur nationalité - comme si celle-ci était une option -, les difficultés et humiliations que nous avons rencontrées pour renouveler une simple carte d'identité dès lors qu'un de nos aïeux était lié à un pays étrangers... Ces agressions répétées nous ont placés dans la plus grande insécurité identitaire.

Aujourd'hui la majorité semble prête à tout, y compris à puiser dans les peu ragoûtants tréfonds de la boîte à idées du Front national pour remporter l'élection présidentielle.

Nous refusons cette instrumentalisation de nos identités pour flatter les plus bas instincts d'un électorat raciste. Il est intolérable que les électeurs du Front national soient courtisés et pris en pitié, alors que l'on s'acharne allègrement sur notre dos. Les étrangers qui sont les cibles permanentes de la droite sont nos parents, nos grands-parents, nos voisins ou nos collègues.

Ce sont eux qui ont été expulsés par dizaines de milliers dans d'infâmes charters, ce sont eux qui malgré leur participation active à la production de la richesse du pays et leur longue présence sur le territoire français n'ont toujours pas le droit de s'exprimer dans les scrutins locaux, ce sont eux qui avant la même la levée du jour nourrissent les files d'attentes interminables devant les préfectures pour renouveler des papiers qu'on leur délivre à chaque fois avec leur plus grand mépris.

Les conséquences quotidiennes de ces attaques permanentes en direction des étrangers et des Français d'origine étrangère sont plus que tangibles. Amnesty International n'a d'ailleurs pas manqué de relever l'inquiétante montée de l'islamophobie en France. La médiatisation de ces discours politiques hostiles ont des conséquences concrètes sur nos quotidiens : dans la rue et dans les transports publics, on ne compte plus les propos injurieux, les voiles arrachés, les bousculades, sans compter les discriminations au logement ou à l'emploi.

Nous avons assisté tout au long de ce quinquennat à l'inquiétante dissémination d'idées racistes dans l'ensemble des discours politiques, "victoire idéologique" dont Marine Le Pen n'a pas tort de se vanter.

Nous sommes des immigrés, des enfants et des petits-enfants d'immigrés, et nous sommes chez nous.

Nous ne sommes pas une menace pour la France qui est notre pays.

Nous n'avons ni l'intention de nous "intégrer" ni celle de nous "assimiler" à un pays qui est déjà le nôtre.

Nous n'accepterons pas de raser les murs sous prétexte que nos couleurs de peau, nos patronymes ou nos religions ne correspondent pas à la conception étriquée de l'identité nationale promue par la majorité.

Nous sommes Français, nous sommes citoyens et nous refusons de devenir la variable d'ajustement de l'élection présidentielle, nous ne serons pas les boucs émissaires sur lesquels se défausseront des politiques incapables de répondre aux attentes du peuple.

Signataires

Rokhaya Diallo, éditorialiste ; Faïza Guene, romancière ; Youssoupha, rappeur ; Alice Diop, réalisatrice ; Disiz, chanteur ; Maboula Soumahoro, maître de conférences, université de Tours François Rabelais ; Ridan, artiste interprète ; Sid Rouis, producteur d'artistes ; Marc Chebsun, directeur de la rédaction de Respect Magazine ; Fatou Diome, écrivain ; Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix ; Gilles Sokoudjou, président des Indivisibles.

Rokhaya Diallo, Faïza Guene, Alice Diop, Disiz, Maboula Soumahoro, Ridan, Sid Rouis, Marc Chebsun, Fatou Diome, Ofer Bronchtein, Gilles Sokoudjou

Soruce : [www.lemonde.fr]
 
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