FILM: Le grand voyage d'ibn battuta
L’épopée d’Ibn Battûta sort sur écran géant

La Géode impressionne. À partir du 14 octobre prochain, sur le plus grand écran hémisphérique d’Europe, est présenté le film exceptionnel « Le Grand Voyage d’Ibn Battûta, de Tanger à La Mecque ».

Célèbre explorateur musulman du XIVe siècle, Ibn Battûta a tout juste 22 ans lorsqu’il décide d’accomplir le grand pèlerinage à La Mecque, le hajj. Il quitte Tanger, d’où il est originaire, pour ne revenir que vingt-neuf ans plus tard, après avoir voyagé à travers plus de quarante pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe. Il aura ainsi parcouru plus de 120 000 km, soit trois fois la distance effectuée par Marco Polo, lui-même connu pour être un des plus grands voyageurs du Moyen Âge. À la demande du sultan de Fès, Ibn Battûta dictera ses souvenirs et livrera l’un des récits de voyage les plus célèbres au monde, le Rihla.

« Il est difficile d'expliquer exactement pourquoi Ibn Battûta n'est pas été plus connu dans le monde non musulman, mais probablement parce que nous étudions plutôt notre propre Histoire que celle des autres peuples. C'est ainsi que nous connaissons Marco Polo, homme de l'Europe et de l'Ouest, mais pas Ibn Battûta, qui a voyagé trois fois plus loin », explique, pour Saphirnews, Jonathan Barker, PDG de SK Films et producteur du film.

Le Grand Voyage d’Ibn Battûta retrace le premier pèlerinage effectué par le jeune homme entre 1325 et 1326, de Tanger à La Mecque. À l’issue de cette périlleuse expédition longue de 8 000 km, le film dévoile des images aussi détaillées qu’impressionnantes du hajj, qui attire chaque année plus de 3 millions de musulmans du monde entier.

L’équipe du film, constituée de 80 techniciens originaires de plus de 30 pays musulmans, a d’ailleurs été la première au monde à avoir pu filmer le grand pèlerinage en hélicoptère en 2007.

Produire ce film est ainsi vu par M. Barker comme une « opportunité donnée aux musulmans de célébrer leur Histoire, leur foi, un de leurs héros et d'améliorer l'entente entre musulmans et non-musulmans en ouvrant une fenêtre sur le monde et les croyances des musulmans ».

Un travail colossal impressionnant

Réalisé par Bruce Neibaur et produit par SK Films, Le Grand Voyage d’Ibn Battûta, dont le budget s’est élevé à 13 millions de dollars, a été tourné au Maroc et en Arabie Saoudite. « Il a fallu quelques années pour développer le script et rassembler les fonds nécessaires ; ensuite, près d'un an pour réaliser le film, dont trois semaines en Arabie Saoudite pour la partie documentaire du hajj et six semaines de tournage au Maroc pour la reconstitution du voyage d'Ibn Battûta », raconte M. Barker. Par ailleurs, 4 500 figurants apparaissent à l'écran.

Prix du public du 13e festival de La Géode, le film, qui bénéficie d’images exceptionnelles offertes par le format géant IMAX®, le plus grand format cinéma du monde, fait vivre aux spectateurs, petits et grands, une véritable expérience visuelle, en les transportant dans des lieux aussi spectaculaires qu’inaccessibles.

Après le Canada, les Etats-Unis, le Kuwait, les Emirats arabes unis, la Grande-Bretagne, l'Indonésie, l'Afrique du Sud et l'Arabie Saoudite, c’est au tour de la France, et plus exactement de La Géode, à Paris, de diffuser Le Grand Voyage d’Ibn Battûta à partir du 14 octobre.
IBN BATTUTA

Écrivain arabe et l’un des plus grands voyageurs de tous les temps, Ibn Battuta est l’auteur d’un récit de voyage (Rihla ) qui, par l’ampleur du champ parcouru et les qualités du récit, constitue une des œuvres de la littérature universelle (Rihla , édition et traduction française par C. Defrémery et B. R. Sanguinetti, 4 vol., 1853-1859; réédition, avec préface et notes par V. Monteil, Voyages d’Ibn Battuta , 1968; édition, avec préface de K. al-Bustani, Beyrouth, 1960; traduction anglaise par H. A. R. Gibb, The Travels of Ibn Battuta , 1958-1971).

Né à Tanger, Ibn Battuta est voué à un exil continu (120 000 kilomètres parcourus et vingt-huit ans d’absence) où certaines haltes, plus prolongées que d’autres, permettent de découper, un peu artificiellement, une série de voyages. Le premier, comme pour nombre de musulmans, a pour but La Mecque par l’Afrique du Nord, l’Égypte, le Haut-Nil et la Syrie; Ibn Battuta y arrive en 1326. Deux mois après, quittant l’Arabie, Ibn Battuta se rend en Irak, puis dans l’Iran méridional, central et septentrional, revient en Irak, à Bagdad, court à Mossoul, repasse par Bagdad et se retrouve en Arabie, où il mettra à profit un séjour de trois ans (1327-1330) pour accomplir, chacune de ces trois années, le pèlerinage à La Mecque. Il part ensuite pour la mer Rouge, le Yémen, la côte africaine, Mogadiscio et les comptoirs d’Afrique orientale, revient par le ‘Uman et le golfe Persique et accomplit un nouveau pèlerinage à La Mecque en 1332. Quatrième voyage: cette fois, ce sont l’Égypte, la Syrie, l’Asie Mineure, les territoires mongols de la Horde d’or en Russie du Sud, la visite de Constantinople, le retour à la Horde d’or, la Transoxiane et l’Afghanistan, d’où Ibn Battuta gagne la vallée de l’Indus en 1333 et séjourne à Delhi jusqu’en 1342.

De là, Ibn Battuta gagne les îles Maldives, où il demeure un an et demi: ce sera son cinquième voyage. Un saut jusqu’à Ceylan, le retour aux Maldives, puis le Bengale, l’Assam, Sumatra, la Chine: Zhuanshufu. Septième voyage: retour, par Sumatra et Malabar (1347), jusqu’au golfe Persique, puis Bagdad, la Syrie, l’Égypte et nouveau pèlerinage en Arabie. De retour en Égypte, à Alexandrie, Ibn Battuta s’embarque pour Tunis (1349), d’où il gagne la Sardaigne sur un bateau catalan; il rentre par l’Algérie, Fès, le royaume de Grenade et, de nouveau, le Maroc, le pays natal. Un neuvième et dernier voyage: en 1352, le Sahara, les pays du Niger.

Cette fois, c’est bien la fin. Installé au Maroc, Ibn Battuta dicte à un lettré, Ibn Djuzayy, sur l’ordre du souverain mérinide, Abu ‘Inan, sa Rihla : ce sera chose faite en 1356, sous le titre de “Cadeau précieux pour ceux qui considèrent les choses étranges des grandes villes et les merveilles des voyages” (Tuhfat al-nuzzar fi ghara’ib al amsar wa-‘adja’ib al-asfar ). Après quoi, le souvenir d’Ibn Battuta se perd; on ne sait ce qu’il a fait jusqu’à sa mort, en 1368 ou même, car la date est peu sûre, en 1377. Dans le voyage, Ibn Battuta a coulé sa vie professionnelle et familiale, se mariant ici, exerçant ailleurs les fonctions de juge très écouté. Au reste le voyage n’a guère eu de prise sur cette personnalité, qu’on lit identique à elle-même tout au long du livre, sans qualité ni défaut majeurs et, surtout, qui promène, au milieu de tant de sociétés différentes, un islam impavide et sûr de soi.

Il sera facile de relever, entre les deux maîtres du genre que sont Ibn Djubayr et Ibn Battuta, les ressemblances qui tiennent à la forme et à l’esprit de la Rihla , laquelle traite, comme on le dit à propos d’Ibn Djubayr, l’espace et le temps selon une vision propre. Pourtant, des difficultés considérables éclatent. Quantitatives d’abord: face au champ limité couvert par le voyage d’Ibn Djubayr, celui d’Ibn Battuta s’étend finalement, sans parler d’excursions à l’étranger, sur l’ensemble du monde musulman de ce temps. En outre, sur de telles distances spatiales et temporelles, et compte tenu du fait qu’il s’agit d’un récit dicté a posteriori et de mémoire, il ne pouvait être question de sérier le propos jour après jour; l’unité de temps s’estompe ici dans des ensembles plus larges, la mémoire travaillant dans l’ordre de la semaine, du mois, de l’année. Ainsi la Rihla d’Ibn Battuta, si elle reste fidèle aux lois du genre, les élargit à proportion de son ampleur à elle. Au bout du compte, elle débouche, plus directement que chez Ibn Djubayr, sur le panorama, sur la fresque dont il est à peine besoin de souligner l’intérêt pour l’historien.

Dans l’histoire de la géographie arabe, dont on continue à la faire relever, la Rihla d’Ibn Battuta occupe une place cruciale. Si, à défaut de géographie, l’on parle plus justement de peinture d’un espace, la comparaison d’Ibn Battuta avec Ibn Khaldun apparaît extraordinairement éclairante et symptomatique des choix que peut opérer un musulman convaincu en ce XIVe siècle.
SUITE :

Les deux hommes interviennent à une époque où le monde arabo-musulman a été traumatisé par le choc turco-mongol, où l’ancien empire de Bagdad a péri, comme institution et comme concept inspirant la peinture du monde et le récit de l’histoire. Ibn Khaldun et Ibn Battuta ont en commun leur appartenance à l’école malikite autour de laquelle, dans l’Occident musulman, l’Islam cristallisera désormais ses forces de définition et de résistance. Mais la comparaison s’arrête là: chez Ibn Khaldun, la contemplation désespérée de l’histoire, de la vie et de la mort des civilisations se fonde sur une étude en profondeur et quasi immobile, les rares déplacements consentis par le savant se comprenant comme des sursauts, des retours à l’espoir dans la praxis politique conçue comme source de résurrection et réfutation possible de l’histoire, et l’échec de ces tentatives venant finalement nourrir de nouveau le pessimisme du savant. Chez Ibn Battuta, au contraire, la réflexion en profondeur cède la place au mouvement, qui s’étale, pourrait-on dire, sur toute l’horizontalité du monde, et qui parvient, par son dynamisme et son allègre opiniâtreté, à faire oublier la disparition du vieil Empire dans l’étendue même d’un monde où, si loin que l’on marche, on finit, partout ou presque, par trouver des musulmans: tout se passe comme si, en allant d’un État à un autre État musulman, on voulait nous faire comprendre que, pour prix de son unité disparue, l’Islam avait gagné une géographie nouvelle: celle-là même qu’il avait gagnée, en effet, dans ses nouvelles frontières d’après l’an mille.
Je vais essayer d'aller le voir ce week end winking smiley

ça m'interesse.

Merci pour le post winking smiley
 
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