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Débats entre femmes en terres d’islam " maroc
Débats entre femmes en terres d’islam

Accès à l’éducation, notamment supérieure, présence sur le marché du travail, contrôle des naissances : en quelques décennies, la condition de la femme en terres d’islam a été profondément bouleversée. Pourtant, chacune de ces conquêtes se heurte à des résistances, et les mentalités sont plus difficiles à changer que les lois. Divisés en multiples courants, laïques, libéraux, islamistes, les mouvements de femmes, du Maroc à l’Iran, mettent en cause des traditions ancestrales, revendiquent plus de droits, relisent le Coran et l’histoire musulmane, parfois dans la dispersion, parfois dans une étonnante unité.

La question des femmes est encore très délicate, explique Shahla Lahiji. L’expression “féministe islamique” pose problème : les gens imaginent que tu te crois supérieure aux hommes et que tu te promènes toute nue. Le problème est que la religion s’est immiscée dans la vie privée : nous avons besoin de séparer la religion et l’Etat. Eux voudraient aggraver la ségrégation, avec des jardins publics et des bus réservés aux femmes, etc. Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’éduquer les hommes. »

le Maroc a adopté au début de l’année une nouvelle loi sur la famille (moudawana). Une réforme qui fait date, car elle fonde en droit l’égalité entre les hommes et les femmes. Le Maroc est le deuxième pays arabo-musulman à franchir ce pas, après la Tunisie. Derrière une façade d’ouverture, le roi Mohammed VI, sur le trône depuis 1999, exerce un pouvoir absolu, et, en dehors de cette loi sur la famille, les avancées démocratiques restent limitées. La population, comme celle de l’Iran, est dépolitisée, désabusée à l’égard du pouvoir. Ce n’est pas le seul point commun. Tout comme l’Iran, le Maroc est un Etat islamique. Le roi est à la fois chef d’Etat et chef religieux, « commandeur des croyants » (Amir Al-Mouminin). L’observation des rites islamiques est obligatoire pour les musulmanes, même si, l’an dernier, les réfractaires au ramadan ont été exonérés d’amende. Le pays demeure conservateur, traditions et islam se renforçant mutuellement.
En Iran comme au Maroc, les progrès sont intervenus à l’intérieur même du cadre islamique, à travers l’ijtihad (étude individuelle des sources religieuses) et le tafsir (exégèse du Coran). Les femmes ont joué un rôle actif. Elles se définissent comme des militantes des droits des femmes : la plupart, surtout au Maroc, rejettent le terme de « féminisme », qu’elles jugent trop restreint, car il se réfère à une époque et à un espace qui ne sont pas les leurs ; ces femmes représentent un large éventail qui va de l’islamisme à la laïcité – autre mot qui met mal à l’aise nombre d’entre elles dans les deux pays.
La réforme de la loi marocaine sur la famille est le fruit d’un long processus, impulsé par le roi et par un mouvement de femmes très vigoureux, mené dans le cadre même de la charia (loi islamique). Les femmes disposent désormais d’un statut légal identique à celui des hommes ; elles ont le droit d’engager une procédure de divorce, elles partagent les droits au sein de la famille et ne sont plus sous la tutelle d’un homme de la famille (père, frère ou mari) ; elles sont libres et indépendantes. Mais il a fallu accepter des compromis. Par exemple, la polygamie, clairement autorisée par le Coran, n’a pas pu être abolie, même si elle est devenue presque impossible à pratiquer.
Le politologue marocain Mohamed Tozy qualifie de révolutionnaire cette réforme du code la famille. Mais, selon lui, elle devra s’accompagner d’un effort d’éducation et de changements sociaux. Ce que confirme Mme Leila Rhiwi, professeure en communication à l’université de Rabat et coordinatrice du Printemps de l’égalité, en formulant une inquiétude très répandue dans le pays : « Cette loi est d’une importance capitale ; elle met l’égalité à la place de la soumission. Mais j’ai peur que, sur le terrain, devant les tribunaux, elle ne soit pas appliquée. Nous laissons trop de latitude aux magistrats. » Et elle ajoute :
« Je suis musulmane du point de vue de l’apport culturel de l’islam, mais je m’inscris dans le registre de la laïcité. Je ne refuse pas d’être qualifiée de “féministe laïque”. On a commencé à parler de la laïcité en même temps que de la démocratie, surtout après le 16 mai... »
Qu’en pensent les femmes islamistes, telle que Mme Nadia Yassine, porte-parole de Jama’a Al-Adl wal-Ihsan (Justice et charité), dont le père, Cheikh Abdessalam Yassine, 76 ans, fondateur du mouvement, a écrit qu’il fallait « islamiser la modernité et non moderniser l’islam ». Mme Yassine se considère comme « militante sociale néo-soufiste » et rejette le terme féministe. Elle admet que la décision de manifester, en 2000, contre la réforme a constitué « une erreur tactique. C’était un geste politique, destiné à montrer la force des islamistes. Mais nous étions également opposés à la réforme parce qu’elle a émergé de la conférence de Pékin (2). Notre société est peut-être malade, mais il nous faut trouver nos propres remèdes. Les femmes occidentales n’avaient aucun droit avant de se battre pour les obtenir. Chez nous, c’est l’inverse : nous avons peu à peu été privées des nôtres ».
Surtout, elle estime que « notre monde est spirituel par nature. Les droits des femmes comportent trois pôles : les hommes, les femmes et Dieu. Nous lisons et relisons les textes sacrés : cela a mal tourné pour les femmes vers l’époque du calife Mou’awiya (3), quand les femmes devinrent des esclaves. Nous revendiquons de nouveaux droits, mais pour une meilleure harmonie dans la famille. Les droits des femmes peuvent devenir préjudiciables et conduire à l’éclatement de la famille ». Elle approuve la réforme mais critique ses insuffisances : « La nouvelle loi devrait aller beaucoup plus loin et accorder aux femmes le droit de décider à quelles conditions elles acceptent la polygamie et la répudiation. Et elle ne touche pas à la question de l’héritage des femmes. »
Son mouvement, Al-Adl wal-Ihsan, exerce une influence notamment dans les villes et dans les universités (4) : il répand l’espoir de changement à tous les niveaux, spirituel, politique, culturel. Il conteste le statu quo du roi et tire sa légitimité d’un réel soutien populaire. La plupart de ses partisans votent PJD, parti religieux conservateur qui attire les Marocains soucieux de tradition. « Nos idées sont très différentes de celles du PJD, souligne cependant Mme Hakima Mukatry, une responsable d’Al-Adl wal-Ihsan à Rabat. Eux acceptent de jouer le jeu politique, nous pas. »
Débats entre femmes en terres d’islam "maroc"

Accès à l’éducation, notamment supérieure, présence sur le marché du travail, contrôle des naissances : en quelques décennies, la condition de la femme en terres d’islam a été profondément bouleversée. Pourtant, chacune de ces conquêtes se heurte à des résistances, et les mentalités sont plus difficiles à changer que les lois. Divisés en multiples courants, laïques, libéraux, islamistes, les mouvements de femmes, du Maroc à l’Iran, mettent en cause des traditions ancestrales, revendiquent plus de droits, relisent le Coran et l’histoire musulmane, parfois dans la dispersion, parfois dans une étonnante unité.

La question des femmes est encore très délicate, explique Shahla Lahiji. L’expression “féministe islamique” pose problème : les gens imaginent que tu te crois supérieure aux hommes et que tu te promènes toute nue. Le problème est que la religion s’est immiscée dans la vie privée : nous avons besoin de séparer la religion et l’Etat. Eux voudraient aggraver la ségrégation, avec des jardins publics et des bus réservés aux femmes, etc. Ce dont nous avons réellement besoin, c’est d’éduquer les hommes. »

le Maroc a adopté au début de l’année une nouvelle loi sur la famille (moudawana). Une réforme qui fait date, car elle fonde en droit l’égalité entre les hommes et les femmes. Le Maroc est le deuxième pays arabo-musulman à franchir ce pas, après la Tunisie. Derrière une façade d’ouverture, le roi Mohammed VI, sur le trône depuis 1999, exerce un pouvoir absolu, et, en dehors de cette loi sur la famille, les avancées démocratiques restent limitées. La population, comme celle de l’Iran, est dépolitisée, désabusée à l’égard du pouvoir. Ce n’est pas le seul point commun. Tout comme l’Iran, le Maroc est un Etat islamique. Le roi est à la fois chef d’Etat et chef religieux, « commandeur des croyants » (Amir Al-Mouminin). L’observation des rites islamiques est obligatoire pour les musulmanes, même si, l’an dernier, les réfractaires au ramadan ont été exonérés d’amende. Le pays demeure conservateur, traditions et islam se renforçant mutuellement.
En Iran comme au Maroc, les progrès sont intervenus à l’intérieur même du cadre islamique, à travers l’ijtihad (étude individuelle des sources religieuses) et le tafsir (exégèse du Coran). Les femmes ont joué un rôle actif. Elles se définissent comme des militantes des droits des femmes : la plupart, surtout au Maroc, rejettent le terme de « féminisme », qu’elles jugent trop restreint, car il se réfère à une époque et à un espace qui ne sont pas les leurs ; ces femmes représentent un large éventail qui va de l’islamisme à la laïcité – autre mot qui met mal à l’aise nombre d’entre elles dans les deux pays.
La réforme de la loi marocaine sur la famille est le fruit d’un long processus, impulsé par le roi et par un mouvement de femmes très vigoureux, mené dans le cadre même de la charia (loi islamique). Les femmes disposent désormais d’un statut légal identique à celui des hommes ; elles ont le droit d’engager une procédure de divorce, elles partagent les droits au sein de la famille et ne sont plus sous la tutelle d’un homme de la famille (père, frère ou mari) ; elles sont libres et indépendantes. Mais il a fallu accepter des compromis. Par exemple, la polygamie, clairement autorisée par le Coran, n’a pas pu être abolie, même si elle est devenue presque impossible à pratiquer.
Le politologue marocain Mohamed Tozy qualifie de révolutionnaire cette réforme du code la famille. Mais, selon lui, elle devra s’accompagner d’un effort d’éducation et de changements sociaux. Ce que confirme Mme Leila Rhiwi, professeure en communication à l’université de Rabat et coordinatrice du Printemps de l’égalité, en formulant une inquiétude très répandue dans le pays : « Cette loi est d’une importance capitale ; elle met l’égalité à la place de la soumission. Mais j’ai peur que, sur le terrain, devant les tribunaux, elle ne soit pas appliquée. Nous laissons trop de latitude aux magistrats. » Et elle ajoute :
« Je suis musulmane du point de vue de l’apport culturel de l’islam, mais je m’inscris dans le registre de la laïcité. Je ne refuse pas d’être qualifiée de “féministe laïque”. On a commencé à parler de la laïcité en même temps que de la démocratie, surtout après le 16 mai... »
Qu’en pensent les femmes islamistes, telle que Mme Nadia Yassine, porte-parole de Jama’a Al-Adl wal-Ihsan (Justice et charité), dont le père, Cheikh Abdessalam Yassine, 76 ans, fondateur du mouvement, a écrit qu’il fallait « islamiser la modernité et non moderniser l’islam ». Mme Yassine se considère comme « militante sociale néo-soufiste » et rejette le terme féministe. Elle admet que la décision de manifester, en 2000, contre la réforme a constitué « une erreur tactique. C’était un geste politique, destiné à montrer la force des islamistes. Mais nous étions également opposés à la réforme parce qu’elle a émergé de la conférence de Pékin (2). Notre société est peut-être malade, mais il nous faut trouver nos propres remèdes. Les femmes occidentales n’avaient aucun droit avant de se battre pour les obtenir. Chez nous, c’est l’inverse : nous avons peu à peu été privées des nôtres ».
Surtout, elle estime que « notre monde est spirituel par nature. Les droits des femmes comportent trois pôles : les hommes, les femmes et Dieu. Nous lisons et relisons les textes sacrés : cela a mal tourné pour les femmes vers l’époque du calife Mou’awiya (3), quand les femmes devinrent des esclaves. Nous revendiquons de nouveaux droits, mais pour une meilleure harmonie dans la famille. Les droits des femmes peuvent devenir préjudiciables et conduire à l’éclatement de la famille ». Elle approuve la réforme mais critique ses insuffisances : « La nouvelle loi devrait aller beaucoup plus loin et accorder aux femmes le droit de décider à quelles conditions elles acceptent la polygamie et la répudiation. Et elle ne touche pas à la question de l’héritage des femmes. »
Son mouvement, Al-Adl wal-Ihsan, exerce une influence notamment dans les villes et dans les universités (4) : il répand l’espoir de changement à tous les niveaux, spirituel, politique, culturel. Il conteste le statu quo du roi et tire sa légitimité d’un réel soutien populaire. La plupart de ses partisans votent PJD, parti religieux conservateur qui attire les Marocains soucieux de tradition. « Nos idées sont très différentes de celles du PJD, souligne cependant Mme Hakima Mukatry, une responsable d’Al-Adl wal-Ihsan à Rabat. Eux acceptent de jouer le jeu politique, nous pas. »
 
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