USA : Attaquer l’Iran pour Israël
Attaquer l’Iran pour Israël ?

Ray McGovern


Avec 200 à 300 armes nucléaires dans leur arsenal, les Israéliens bénéficient d’un monopole nucléaire au Proche-Orient. Ils entendent conserver ce monopole et font pression pour que les Etats-Unis oblitèrent le programme nucléaire iranien naissant.
La Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice est à son meilleur hyperbolique pour vendre son champignon atomique et cette fois-ci, l’Iran est la cible.

Son affirmation, la semaine dernière, selon laquelle "la politique de l’Iran constitue possiblement l’unique et plus grand défi aux intérêts de la sécurité américaine au Moyen-Orient et dans le monde", va tout simplement trop loin.

Pour juger de la fiabilité d’une personne, il faut se référer en grande partie à l’expérience passée. Malheureusement, la crédibilité de Rice est mise à mal en comparaison de celle du chef de l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA), Mohammed el-Baradeï, qui insiste sur le fait qu’il n’y a aucune preuve d’un programme actif d’armement nucléaire en Iran.

Si cela semble familier, el-Baradeï a dit la même chose à propos de l’Irak avant qu’il ne soit attaqué. Mais trois jours avant l’invasion, l’expert nucléaire Dick Cheney a déclaré à Tim Russert de la chaîne NBC : "Franchement, je crois que M. el-Baradeï se trompe".

Nous y voici à nouveau ! Comme dans le cas de l’Irak, les services de renseignements étasuniens ont cherché avec assiduité les preuves d’un programme d’armement nucléaire en Iran. Mais, hélas, en vain.

Grillés par la "preuve" bidon avancée pour l’Irak - l’uranium provenant d’Afrique, les tubes d’aluminium - l’administration s’est bien gardée de fabriquer une "preuve" en relation avec le nucléaire.

Bush et Cheney se reposent-ils une fois encore sur l’adage de Rumsfeld, selon lequel "l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence [de programme d’armement nucléaire]" ? Il y a une réponse plus simple.

La mèche a été vendue

L’ambassadeur d’Israël auprès des Etats-Unis, Sallai Meridor, a vendu la mèche, le 22 octobre, en s’exprimant lors du déjeuner de l’American Jewish Commitee [le comité juif américain]. Dans des remarques égalant celles de Rice, Meridor a déclaré que l’Iran est la toute première menace d’Israël.

Ne manquant pas de toupet [chutzpah, en yiddish dans le texte], il a donné un avis gratuit à Washington, selon lequel contrer les ambitions nucléaires iraniennes demandera effectivement que "les Etats-Unis soient unis sur cette question", à moins que les Iraniens ne concluent, "à partir de janvier 2009, ils n’en feront qu’à leur tête".

Miridor a souligné qu’il restait "très peu de temps" pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Et puis quoi encore ?! Même s’il y avait un programme nucléaire caché à l’AIEA, aucun observateur sérieux ne s’attend à ce que l’Iran obtienne l’arme nucléaire beaucoup plus tôt que dans cinq ans.

Il faut dire la vérité : depuis 1995, les services de renseignements américains prédisent tous les deux ans que l’Iran pourrait avoir l’arme nucléaire dans environ cinq ans.

C’est devenu véritablement embarrassant - comme un vieux disque rayé, ponctué seulement par des "néoconservateurs" comme James Woolsey, qui a prévenu publiquement l’été dernier que les Etats-Unis pourraient n’avoir d’autre choix que de bombarder l’Iran afin d’arrêter son programme d’armes nucléaires.

Woolsey, qui se décrit lui-même comme "l’ancre de l’aile presbytérienne du Jewish Institute for National Security Affairs [l’Institut Juif aux Affaires de Sécurité Nationale]," l’a dit de cette façon : "J’ai bien peur que d’ici, au pire quelques mois, au mieux quelques années, ils [les Iraniens] pourraient avoir la bombe".

La veille de la remarque révélatrice non intentionnelle de Meridor, le vice-Président Dick Cheney a réitéré : "nous ne permettrons pas à l’Iran d’avoir l’arme nucléaire".

Cette remarque a suivi de près la mise en garde apocalyptique de George W. Bush sur la Troisième Guerre Mondiale, si Téhéran devait acquérir la connaissance pour produire l’arme nucléaire.

Les Israéliens semblent convaincus d’avoir extorqué la promesse de Bush et de Cheney qu’ils aideront Israël à tuer dans l’œuf le programme nucléaire iranien avant qu’ils ne quittent le pouvoir.

Ils se fichent pas mal qu’il n’y ait aucune preuve que le programme nucléaire iranien soit plus lié à l’armement que celui que Cheney et Rumsfeld avaient persuadé le Président Gérald Ford d’approuver en 1976 que Westinghouse et General Electric l’installent pour le shah (à un prix affiché de 6,4 milliards de dollars).
Avec 200 à 300 armes nucléaires dans leur arsenal, les Israéliens bénéficient d’un monopole nucléaire au Proche-Orient. Ils entendent conserver ce monopole et font pression pour que les Etats-Unis oblitèrent le programme nucléaire iranien naissant. Quiconque ayant conscience de la capacité de l’Iran à répliquer réalise que ceci apporterait le désastre pour toute la région et au-delà. Mais cela n’a pas arrêté, auparavant, Cheney et Bush.

La logique est similaire à celle révélée par Philip Zelikow, le confident de Condoleeza Rice et ancien membre du President’s Foreign Intelligence Advisory Board [le comité des conseillers en renseignements du président des Etats-Unis pour les affaires étrangères] et, par la suite, directeur exécutif de la Commission sur le 11/9. Le 22 octobre 2002, Zelikow a déclaré devant une foule à l’Université de Virginie :

"Pourquoi l’Irak attaquerait-il l’Amérique ou utiliserait-il des armes nucléaires contre nous ? Je vais vous dire ce que je crois être la véritable menace - c’est la menace sur Israël. Et c’est le genre de menace dont il ne faut surtout pas dire le nom... le gouvernement américain ne veut pas pencher [dans cette direction] trop fortement dans ses discours, parce que ce n’est pas un thème populaire."

Un signe annonciateur ?

L’offensive politique contre l’Iran s’est mélangée au discours alors que George W. Bush entamait sont second mandat, avec Cheney en première ligne faisant pression pour une attaque contre ses installations nucléaires.

Le 20 janvier 2005, dans une interview avec la chaîne MSNBC, juste quelques heures avant la seconde investiture de Bush, Cheney a placé l’Iran en tête de liste des endroits à problèmes", et a fait remarquer que les négociations et les sanctions onusiennes pourraient échouer à stopper le programme nucléaire iranien.

Cheney a alors ajouté avec une nonchalance remarquable : "Etant donné que l’Iran a déclaré comme relevant de la politique de l’Etat que son objectif est la destruction d’Israël, les Israéliens pourraient décider d’agir en premier et laisser le reste du monde s’occuper de nettoyer après coup le désordre politique ".

Cela ne sonne-t-il pas comme le fameux "plan Cheney" qui a été largement discuté aujourd’hui dans les médias ? Une attaque aérienne israélienne - une riposte iranienne - Washington volant au secours de son "allié", Israël ?

Grand fan des frappes préventives, Cheney n’a pas fait grand chose pour cacher son attirance au penchant d’Israël pour des frappes préventives, telles que l’attaque aérienne contre le réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981.

Dix ans après l’attaque d’Osirak, le ministre de la défense d’alors, Dick Cheney, aurait donné au Général israélien David Ivri, commandant l’armée de l’air israélienne, une photo satellite du réacteur nucléaire irakien détruit par un avion israélien de fabrication américaine. Sur la photo, Cheney avait écrit à la main, "Grâce au travail exceptionnel contre le programme nucléaire irakien en 1981". On ne connaît rien de la réponse d’Ivri, mais on peut parier sans beaucoup de risques qu’elle fut du style "nous n’aurions pu le faire sans l’aide des Etats-Unis".
En vérité, bien que les Etats-Unis eussent condamné officiellement cette attaque (à ce moment-là, l’administration Reagan soutenait l’Irak de Saddam Hussein), les renseignements que partageaient le Pentagone et les Israéliens ont apporté une contribution majeure au succès du raid aérien des Israéliens.

Avec le vice-Président Cheney qui dicte maintenant la loi, une aide similaire pourrait arriver prochainement avant toute attaque aérienne d’Israël contre l’Iran.

Ce n’est pas un secret que l’ancien Premier ministre israélien, Ariel Sharon, avait commencé à faire pression, en 2003, pour une attaque préventive précoce contre l’Iran, soutenant que l’Iran obtiendrait probablement l’arme nucléaire bien avant ce que les renseignements américains estimaient.

Sharon avait pris l’habitude d’emmener avec lui son propre conseiller militaire pour informer Bush avec des photos aériennes des installations iraniennes liées au nucléaire.

Encore plus troublant, à l’automne 2004, le Général à la retraite Brent Scowcroft, qui a servi comme conseiller à la sécurité nationale du Président George H. W. Bush et comme président du Foreign Intelligence Advisory Board de Bush junior, a fait quelques commentaires saisissants dans le Financial Times.

Maître en matière de discrétion médiatique, Scowcroft a néanmoins veillé à rendre publiques ses conclusions selon lesquelles Sharon avait "envoûté" Bush, qu’il menait notre président "par le bout du nez".

Inutile de dire que Scowcroft a été immédiatement retiré du comité des conseillers.

Une exagération instable

George W. Bush a rencontré Sharon pour la première fois en 1998, lorsque le gouverneur du Texas fut emmené en tournée au Proche-Orient par Matthew Brooks, alors directeur exécutif de la Coalition Juive Américaine. Sharon était ministre des affaires étrangères et emmena Bush en hélicoptère au-dessus des territoires occupés par Israël.

Un article de Ron Hutcheson, publié le 3 août 2006 par McClatchy, cite Matthew Brooks : "S’il y a un point de départ pour l’attachement de George W Bush à Israël, c’est ce jour de fin 1998, où il se tenait sur la colline où Jésus prononça le Sermon du Mont et, les yeux remplis de larmes, il lut à voix haute son hymne favori, ’Amazing Grace’. Il était très ému. Ce fut une expérience remplie de larmes. Il est rentré au pays en ramenant Israël dans son cœur. Je pense qu’il en est revenu profondément bouleversé".

Bush a fait une référence gratuite, mais révélatrice, à ce voyage, lors de sa première réunion au Conseil de Sécurité Nationale (NSC), le 30 janvier 2001.

Après avoir annoncé qu’il abandonnerait le rôle, qui a duré des décennies, de "médiateur sincère" entre les Israéliens et les Palestiniens et qu’il pencherait de façon marquée vers Israël, Bush a déclaré qu’il laisserait Sharon résoudre le conflit comme il jugera bon.

A ce stade, il parla de son voyage en Israël et de son survol des camps palestiniens avec la Coalition Juive Républicaine, mais il ne montra aucune préoccupation pour le sort des Palestiniens.

Dans Price of Loyalty de Ron Suskind, Paul O’Neill, alors secrétaire au trésor et qui se trouvait à la réunion du NSC, cite Bush : "Ça avait l’air très mauvais en dessous", dit le président dans un froncement de sourcils. Ensuite, Bush déclara qu’il était temps pour que l’Amérique mette fin à ses efforts dans la région. "Je ne vois pas bien ce que nous pouvons faire à ce stade," déclara-t-il. O’Neill rapporta aussi que Colin Powell, le tout nouveau secrétaire d’état en titre, fut pris complètement par surprise avec ce rejet nonchalant de cette politique de longue date.

Powell souleva des objections, mettant en garde que cela déchaînerait Sharon et que "les conséquences pourraient être affreuses, en particulier pour les Palestiniens". Mais, selon O’Neill, Bush s’est contenté de hausser les épaules en disant : "Parfois, une démonstration de force par un camp peut vraiment clarifier les choses." O’Neill rapporte que Powell a semblé être "saisi d’effroi". On peut parier sans risque que le vice-Président, lui, ne fut aucunement saisi d’effroi.
Et maintenant ?

La seule chose qui semble barrer la route à une attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes est l’armée américaine qui traîne des pieds [1].

Il semble probable que les responsables militaires ont dit au président et à Cheney : Cette fois-ci, laissez-nous vous informer sur ce que vous pouvez attendre le deuxième jour, la quatrième semaine, le sixième mois - et sur les nombreuses choses sérieuses que l’Iran peut faire à Israël et à nous, en Irak et ailleurs.

De source sûre, le commandant de CENTCOM, l’amiral William Fallon, a déclaré : "Nous n’irons pas en Iran sous mon mandat". Et dans une interview en-ligne, la journaliste primée du Washington Post, Dana Priest, a parlé récemment d’une "révolte" possible si l’on donnait l’ordre aux pilotes de partir en mission contre l’Iran. Elle a ajouté : "Il y a un peu d’hyperbole, mais pas trop. Regardez seulement ce que le Général [George] Casey, le chef de l’armée, a déclaré... que le tempo des opérations en Irak rendrait très difficile pour l’armée de répondre à une crise majeure ailleurs. D’autre part, ce n’est pas la ’guerre’ ou le ’bombardement’ qui est difficile, c’est le jour d’après et tous les autres qui suivront. N’avons-nous pas appris cette leçon (une fois encore) avec l’Irak."

Et qu’en est-il du Congrès ? Pourrait-il agir comme un frein contre Bush et Cheney ? N’y pensez pas !

Si le Comité des Affaires Publiques Israélo-Américaines (AIPAC), avec ses coffres débordant, soutient une attaque contre l’Iran, alors, c’est ce que feront nos députés mous du bulbe. Déjà, l’AIPAC a réussi à empêcher une loi qui aurait requis du président qu’il obtienne d’abord l’autorisation [du Congrès] pour une attaque contre l’Iran.

Et pour chaque Amiral Fallon, il y a quelqu’un comme l’inimitable Général de l’Armée de l’Air à la retraite, Thomas McInerney, un associé proche de James Woolsey et autres "néocons".

La campagne aérienne "sera facile", dit McInerney, un expert de Fox News qui a été l’avocat enragé de "Choc et Respect" [Shock & Awe] contre l’Irak. "Ahmadinejad n’a rien en Iran que nous ne pouvons pénétrer," ajoute-t-il, et plusieurs centaines de bombardiers, incluant des bombardiers furtifs, suffiront à faire l’affaire : "Une durée de 48 heures, frappant 2.500 cibles pour détruire leurs installations nucléaires, leurs installations de défense aérienne, leur force aérienne, leur marine, leurs missiles de représailles Shahab-3 et, enfin, leur commandement et leur contrôle. Et, ensuite, laissons le peuple iranien reprendre le pays".

Et la logique dans tout ça ? Etant donné que l’idée sera difficile à vendre, en l’absence de preuves, d’une menace imminente selon laquelle l’Iran est à deux doigts d’avoir l’arme nucléaire, la machine à propagande de la Maison Blanche se concentrera probablement sur une autre preuve, selon laquelle l’Iran soutient ceux qui "tuent nos soldats en Irak".

La chose effrayante est que Cheney se servira plutôt des McInerney et Woolsey que des Fallon et Casey pour montrer au président à quel point cela peut être facilement accompli.

La folie

Ce n’est pas comme si nous n’avions pas eu d’hommes d’Etat assez sages pour nous mettre en garde contre les liaisons avec des pays étrangers et sur ceux qui ont une difficulté à distinguer entre les intérêts stratégiques des Etats-Unis et ceux des autres nations, même des alliés : "Un attachement passionné d’une nation pour une autre produit toute une variété de maux. La sympathie pour la nation favorite facilite l’illusion d’un intérêt commun imaginaire dans des affaires où n’existe aucun intérêt commun réel, insuffle à l’une les inimitiés de l’autre et trompe la première à participer dans les querelles et les guerres de la dernière, sans motivation et justification adéquates". (George Washington, Discours d’Adieu, 1796)


[1] selon l’orient le jour du 4 novembre : Trente sénateurs américains écrivent à Bush contre une intervention en Iran

Trente sénateurs américains ont écrit jeudi au président George W. Bush pour affirmer qu’il n’avait pas l’autorité pour lancer une intervention en Iran et exprimer leurs inquiétudes au sujet de la rhétorique « provocatrice » de l’Administration. Les sénateurs, 29 démocrates et un indépendant, dont la candidate à l’élection présidentielle Hillary Clinton, exhortent à parvenir à la résolution du conflit par la voie diplomatique. « Nous voulons souligner qu’aucune autorisation parlementaire n’existe pour une intervention militaire unilatérale contre l’Iran », écrivent-ils. La lettre stipule qu’une résolution passée au Sénat en septembre, qui appelle à la désignation des gardiens de la révolution iraniens comme groupe terroriste, ne devrait pas servir de prétexte à une guerre. [www.lorientlejour.com] ?page=article&id=356611

Ray McGovern a été analyste de la CIA de 1963 à 1[questionscritiques.free.fr] 990 et le chef de la branche de
ça fait froid dans le dos........
 
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