1.000e exécution depuis 1976 prévue ce vendredi aux Etats-Unis
RALEIGH, Caroline du Nord (Reuters)
- Le gouverneur de Caroline du Nord ayant refusé de le grâcier, un homme condamné pour meurtre s'apprête à devenir vendredi la 1.000e personne à être exécutée aux Etats-Unis depuis le rétablissement, en 1976, de la peine capitale.
Quatre heures avant l'exécution par injection létale de Kenneth Lee Boyd, 57 ans, le gouverneur de Caroline du Nord, Mike Easley, a refusé de le grâcier. La Cour suprême avait par ailleurs rejeté jeudi un appel formulé par les défenseurs de Boyd, condamné pour le meurtre de son épouse et de son beau-père en 1988, devant ses deux enfants.
"Après avoir étudié attentivement les faits et circonstances de ces crimes et de ces condamnations, je ne vois aucune raison d'accorder la grâce et de contredire le verdict donné à l'unanimité par le jury et confirmé par les tribunaux de cet Etat et les tribunaux fédéraux", a expliqué le gouverneur dans un communiqué. Easley n'a commué que deux condamnations à mort en réclusion à perpétuité depuis 2001, et refusé de grâcier 22 autres condamnés.
Boyd n'a dès lors plus aucune chance d'échapper à l'exécution. Il devait être sanglé, vendredi à 07h00 GMT, à un brancard puis invité à faire une dernière déclaration.
On devrait lui injecter ensuite trois substances: du sodium pentothal pour l'endormir, du bromure de pancuronium - une drogue à base de curare - pour le paralyser et du chloride de potassium pour provoquer un arrêt cardiaque. Cinq minutes après les derniers battements de son coeur, il sera officiellement déclaré mort.
"EN NOTRE NOM A TOUS"
L'avocat de Boyd, Thomas Maher, qui a parlé ces dernières heures à son client, a fait savoir qu'il était calme et prêt à mourir. "Il s'inquiète seulement à l'idée que son individualité se perde dans cette étrange coïncidence, à savoir qu'il est le millième (condamné à mort à être exécuté)", a déclaré Maher à Reuters. "Il le dit très bien lui-même: 'Je suis une personne, pas une statistique.'"
Devant la prison centrale de Raleigh, des opposants à la peine capitale se sont rassemblés, après avoir participé à un office oecuménique, pour protester contre cette exécution.
"Ce que l'on fait au nom du gouvernement est fait en notre nom à tous, et nous ne voulons pas que nos noms soient associés à cette injustice", a déclaré le rabbin Lucy Dinner lors de cet office auquel une centaine de personnes ont assisté.
La Cour suprême des Etats-Unis a rétabli la peine de mort en 1976, et 38 des 50 Etats américains, ainsi que le gouvernement fédéral, l'autorisent. Seuls la Chine, l'Iran et le Viêtnam ont procédé à davantage d'exécutions, en 2004, que les Etats-Unis, selon Amnesty International, qui milite contre la peine capitale.
Selon Alan Gell, qui a connu Boyd dans le couloir de la mort avant de bénéficier lui-même d'un nouveau procès au terme duquel il a été acquitté en 2004, son cas montrait bien que le système judiciaire, en Caroline du Nord, était faillible. Gell a été rejugé et acquitté, le juge ayant estimé que le parquet avait caché certaines preuves lors de son premier procès. En Caroline du Sud, Etat voisin, une autre exécution est prévue ce vendredi, à 23h00 GMT. Shawn Paul Humphries doit être tué par injection létale pour le meurtre d'un gérant de magasin.