Société
Maroc : Les ONG mobilisées pour défendre les droits de 27 prisonniers politiques en grève de la faim

Sujets à la torture, aux condamnations injustifiées, des détenus politiques ont entamé une grève de la faim, pour certains à durer illimitée, afin de dénoncer la violation de leurs droits. Les associations de défense de droits de l’homme sont montées au créneau et réclament l’intervention du gouvernement.

Dix-huit ONG sont actuellement mobilisées pour « 27 détenus politiques » en grève de la faim. Elles ont formé une coalition et saisi les autorités gouvernementales afin d'obtenir des solutions pour ces prisonniers, ont-elles mentionné dans un communiqué ce mercredi, selon AFP. D’après le texte, les grévistes de la faim protestent contre la « violation de leurs droits »: « détentions sans jugement », « absence d'enquête dans des cas de torture » et « traitements inhumains ». Dans ce communiqué, les associations citent les noms des 27 détenus, leur lieu de détention et la date du début de leur grève. Parmi eux figure le cas d’Azzedine Roussi, un étudiant emprisonné lors des émeutes de Taza. Ce dernier est aujourd’hui à plus de 100 jours de grève de la faim. Un groupe de salafistes jihadistes aussi a décidé d'entamer une grève de la faim illimitée le lundi 09 avril dans la prison de Meknès pour protester « contre le refus des responsables de tenir compte des résultats des interrogatoires auxquels ils ont été soumis ».

Les associations réclament « l’intervention rapide des responsables concernés pour la protection des droits légitimes des détenus grévistes ». « Nous ne pouvons que suivre de très près ce problème, car il s'agit de détenus d'opinion. C’est une priorité », a affirmé mercredi à l'AFP le nouveau président de l'Organisation marocaine des droits de l'homme [OMDH], Mohamed Nechnach. Il précise qu’une réunion de l’OMDH prévue samedi permettra d’évoquer le sujet.

 L’intervention du gouvernement, une urgence…

La coalition d’ONG a envoyé des correspondances au délégué général à l’Administration pénitentiaire, Hafid Ben Hachem, mais elle n’a « reçu aucune réponse ». « Notre objectif est de faire réagir le gouvernement, déclare à Yabiladi Khadija Riyadi, présidente de l’Association marocaine des droits de l’homme [AMDH]. Théoriquement ce responsable des prisons est sous l’autorité du chef du gouvernement, mais ce Monsieur agit comme s’il n’a de compte à ne rendre à personne ». « Avant la venue de ce responsable, on pouvait accéder aux prisons, constater l’état des lieux et faire des rapports. Aujourd’hui l’accès nous est interdit », dénonce Mme Riyadi. Cette défenseure des droits de l’homme déplore la mise en péril de l’avenir des prisonniers grévistes. « Ce sont des jeunes, la majorité d'entre eux sont des étudiants. Ces gens risquent leurs vies. Et les conséquences, pour ceux qui survivent aux grèves de la faim sont souvent lourdes, s’alarme-t-elle. Nous avons des cas. Des gens qui ont fait des grèves de la faim quand ils étaient en prison et sont restés avec des séquelles à vie ».

…Pour résoudre les problèmes

Mme Riyadi tient à préciser que les associations n’encouragent pas les grèves de la faim. « Quand on les verra, on essaiera de les convaincre d’arrêter la grève de la faim, confie-t-elle. Mais à côté il faut résoudre leurs problèmes ». La responsable de l’AMDH insiste sur le fait que les prisonniers grévistes ne veulent qu’une chose : « être jugés ». « Certains restent en prison pendant des années sans être jugés. Pourtant la loi dit qu’au bout d’une année, ils doivent être jugés, explique-t-elle. D’autres veulent qu’on revoie leur jugement, car ils sont condamnés sans preuves. Vous voyez, il y a tellement de problèmes. Nous avons parlé de 27 détenus parce que ce sont les cas que nous maitrisons, qui sait s'il n'y a pas d'autres cas ?», s'interroge t-elle, considérant que c'est en visitant les prisons que les ONG pourront répondre à cette question. Pour l'instant, les association attendent la réaction du gouvernement avant de mener d'autres actions.

Ristel Tchounand
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