Politique

L’élection la plus démocratique avec l’une des plus faibles participations [Analyse]

45,5% de taux de participation. Doit-on se réjouir de ce taux comme l’ont fait la plupart des dirigeants politiques devant les caméras des chaines télévisées marocaines ? Si les élections législatives anticipées du 25 novembre 2011 ont été les plus démocratiques et les plus transparentes de l’histoire contemporaine du Maroc, l’analyse détaillée des chiffres nous renseigne sur les défis qui attendent le prochain gouvernement et le parlement élu.

Nous avons eu droit à quasiment le même refrain chez les partis politiques vendredi et tout au long du week-end : le taux de participation est un indicateur positif qui montre une amélioration du dialogue entre les citoyens marocains et les institutions politiques. Le taux de participation a certes augmenté mais sans atteindre la barre symbolique des 50%.

Mais n’importe quel statisticien vous le dira, un taux ou une moyenne ne signifie pas grand-chose si on n’a pas connaissance des données permettant de calculer cet indicateur. Tout d’abord il faut noter que le nombre d’électeurs inscrits sur les listes a beaucoup baissé entre 2007 (année des législatives précédentes) et 2011. Ainsi nous sommes passés de 15,5 millions à 13,5 millions alors même que la population en âge de voter a légèrement augmenté entre 2007 et 2011. Un nettoyage des listes qui est sans doute justifié mais qui augmente mécaniquement le taux de participation. Si ce nettoyage avait été décidé pour les élections de 2007, le taux de participation - établi officiellement 37% - serait passé à environ 43%... très proche donc du taux de 2011.

70% des Marocains ont boudé les urnes

Mais plus que le taux et le nombre d’inscrits, c'est-à-dire le dénominateur, l’indicateur le plus important est le numérateur : le nombre de votants. Si 5,8 millions d’électeurs se sont déplacés vers les bureaux de vote en 2007, il y en a eu 6,2 millions en 2011. Une sensible amélioration mais qui ne semble pas suffisante pour entonner, tous en cœur, le refrain du sursaut citoyen des Marocains. Si on estime que la population en âge de voter a sensiblement augmenté entre 2007 et 2011, la hausse du nombre de suffrages exprimés peut même être considérée comme non significative. En clair, il y autant, voire plus, de personnes en âge de voter qui se sont abstenues.

Les raisons de cette défiance vis-à-vis du processus électoral peuvent être segmentées en deux : ceux qui ont sciemment décidé de boycotter et ceux qui s’abstiennent par manque d’intérêt ou par dépit. Si on va plus loin, aux 70% de la population en âge de voter ne participant pas aux élections, il faut ajouter ceux qui ont voté blanc ou nul. Si on estime que ce taux en 2011 est équivalent à celui de 2007, ce n’est pas moins de 1 million de votes qui n’ont bénéficié à aucun parti.

Le Mouvement du 20 février coupable ?

Si le taux de participation n’a pas été exceptionnel, on ne peut cependant affirmer que l’appel au boycott du Mouvement du 20 février (M20), des partis d’extrême gauche et des islamistes de Al Adl Wal Ihssane ait eu un impact significatif sur le taux d’abstention. Il ne peut revendiquer l’abstention - équivalente à 2007 - comme sa réussite personnelle. Mais certains leaders politiques n’ont pas non plus à plastronner comme ils le font, voyant dans le chiffre de 45,5% une deuxième victoire face au M20, après celle toute relative du référendum constitutionnel.

Car justement cette réforme constitutionnelle aurait du créer une dynamique participative inédite puisqu’elle est censée donner plus de pouvoir au gouvernement et au parlement. Le constat reste donc assez négatif pour le processus démocratique au Maroc.

Pourtant, le point positif de ces élections est l’unanimité exprimée sur la transparence du scrutin. Les autorités ne sont pas intervenues pour orienter les résultats qui, peut-être pour la première fois, reflètent l’opinion des électeurs marocains. Le défi, pour les cinq prochaines années, mais surtout les prochains mois, sera de redonner foi en la représentation politique et réconcilier les Marocains avec les élections. Une responsabilité pour le nouveau gouvernement qui ne doit pas faillir et répondre aux attentes des Marocains même (ou surtout) ceux qui n’ont pas voté. Ce dont le Maroc a besoin, c’est évidemment d’élections toujours plus démocratiques mais également avec un nombre d’électeurs sensiblement plus important. Certains verront cela comme une ironie de l’histoire, mais, finalement, l’avenir du processus démocratique au Maroc est entre les mains du PJD.

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6 commentaires
Bofff
Auteur : rebinga
Date : le 29 novembre 2011 à 15h42
Quand on voit les files d'attentes devant les bureaux de votes egyptiens, nous sommes en droit de nous poser des questions sur la portée de cette reforme(tte) constitutionelle dont le seul de but est de maintenir le Makhzen en place.
Election
Auteur : Rafii_24
Date : le 29 novembre 2011 à 13h53
Le palais sait bien manipuler le cheveu de Mouaawiya. D’autres régimes leur a coûté la fin la victoire du mouvement islamique, autrement dit, on a du abolir tout un système afin que les musulmans puissent gagner le scrutin. C’est très bien étudié le coup du PJD : pour l’extérieur c’est un témoignage du démocratie ce qui confirme l’institut du palais marocain : C’est un long soupire « ouououououfffffffff ».
Le PJD est une marionnette qu’on peut faire sortir au moment convenable. Le ministère de l’intérieur a suivit le conseil de la maison blanche, ou bien la victoire de mouvement islamique ou l’écroulement du système. Notre régime était plus intelligent et a choisi la première option. Ce même conseil est donné à la Tunisie et à l’Egypte après la révolution pour laver les mains des anciens hommes de Benali et Moubarek.

Pour résumer : le palais est le gagnant de ce scrutin.
Manipulation?!
Auteur : MOHAMMED
Date : le 29 novembre 2011 à 09h15
Quand on voit le taux de participation à ces élections et les chiffres communiqués par l'intérieur concernant le référendum, on est en droit de se demander si ces chiffres du référendum ne sont pas une grosse manipulation du palais pour faire avaler une réforme constitutionnelle que les marocains n'ont pas choisi et à laquelle ils n'ont même pas pu participer comme il l'aurait fallu. Comment expliquer que le taux s'est divisé par 2 en moins de quelques semaines et pour un enjeux aussi important! Ce n'est pas logique...
Faudrait peut être penser à rendre le vote obligatoire et permettre que le vote blanc soit un vote à part entière.
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