Politique
Casablanca s’est réveillée ce matin envahie par des milliers de papiers qui ont inondé les trottoirs des grands boulevards et rues de la ville blanche. Ces papiers sont les tracts distribués et jetés, sur la voie publique, par les supporters de certains partis politiques pour encourager les gens à aller voter. Apparemment, certains de ces partis politiques n'avaient pas mis l'environnement et l'écologie au top de leurs priorités . Alors que les Casablancais se rendaient aux urnes aujourd’hui, les balayeurs discrets de la Sita el Beita ont eu la lourde tâche de décoller et de ramasser ces prospectus.
Alors que la campagne électorale prenait fin hier, les supporters de certains partis n’ont d’ailleurs pas hésité à descendre dans la rue, en groupe, pour montrer leur soutien à leur parti politique, à coup de chants et de ta'reja (tambourin marocain). D’autres supporters jetaient par la fenêtre de leur voiture, décorée à l’effigie de leur parti favori, des tas de prospectus pour les passants.
Ainsi, les visages des membres politiques totalement inconnus du public il y a à peine quelques semaines, ont fleuri sur les trottoirs de la ville.
Des dessins pour voter
Sur ces tracts de couleurs et de tailles diverses, il y avait également des dessins en tout genre représentant les identités visuelles de certains partis politiques. C’est grâce à ces dessins, comme un dauphin, une lampe, une rose, une gerbe de blé, une colombe ou un tracteur que les Marocains analphabètes ont pu se rendre aux urnes pour voter. Avec un taux d’analphabétisme avoisinant les 32% selon les chiffres du gouvernement, les Marocains ne savant ni lire ni écrire, ont pu voter grâce au logo du parti et non grâce à son nom.
« Tu as vu l’état des rues ! » s’exclame un chauffeur de taxi. « Au lieu de coller les prospectus sur les murs, ils les balancent dans la rue. C’est fou de voir nos rues dans cet état de saleté alors qu’on est en plein vote. Moi je n’irai pas voter et je ne voterai jamais », lance-t-il d’un ton sec.
« C’est la galère ! »
Devant le stade d’honneur, des hommes portant une combinaison bleue et verte fluo avancent d’un pas rapide en tirant derrière eux un chariot transportant des brosses et des sacs poubelles. Ce sont les balayeurs travaillant pour la Sita el Beida, la société en charge de collecter les déchets à Casablanca. Ils ont la lourde tâche de repasser après les partis politiques pour ramasser leurs prospectus délaissés dans les rues.
Il est 14h15. Ces balayeurs viennent de reprendre leur travail après une pause de 2 heures pour déjeuner.
« Que veux-tu que je te dise, c’est la galère ! On en a assez, trop c’est trop ! », explique Abdelghani âgé d’une vingtaine d’années habitant à Aïn Diab. « Depuis 7 heures du matin, je ramasse les prospectus dans les rues. J’en ai ramassé au moins pour 10 sacs poubelles. ». Il prend son balai, donne un gros coup de brosse sur le trottoir et reprend : « Je n’ai pas pu voter aujourd’hui parce que je n’aurais jamais eu le temps d’aller à mon bureau de vote. Si j’avais pu, j’aurais voté. »
Quelques mètres plus loin, dans une avenue perpendiculaire, deux balayeurs discutent ensemble de leur travail pour l’après-midi.
« C’est vraiment dur aujourd’hui ! Les prospectus sont collés au sol. Même la brosse n’arrive pas à les décoller. Regarde, je suis obligé de les gratter avec mes doigts pour qu’ils se décollent ! », lance Hassan, l’un des deux balayeurs vivant à Hay Hassani.
Il se penche et gratte avec l’ongle de son index droit la photo de l’un des membres du parti apparaissant sur un tract. Il se relève et tend sa main. « Regarde mes ongles ! », s’exclame-t-il. Ses ongles étaient usés et noirs de saleté. « Bien sûr que j’aurais aimé voter, rien que pour l’avenir de mes enfants mais on ne nous a pas donné du temps pour aller voter ! » regrette-t-il.
De la pub gratuite
Soudainement, un homme en mobylette ne portant pas de casque mais une casquette fluo s’approche des deux balayeurs, intrigué par notre conversation. Hassan se sent mal à l’aise. « C’est notre chef de nettoyage !», lance-t-il, gêné, en faisant un pas en arrière.
Je me présente donc auprès de leur chef et lui explique l’objectif de mon entretien avec les deux balayeurs. Visiblement, lui aussi en a gros sur le cœur.
« Les papiers ont été jetés hier par les membres des partis, mais on ne peut rien leur dire parce qu’ils représentent l’Etat. En plus, ils nous ont ordonné de ne pas ramasser ces tracts pour qu’ils restent coller au sol, pour faire de la publicité aux partis et pour que les gens puissent les voir encore aujourd’hui», déclare-t-il avant de se tourner vers Hassan. « N’oublie pas de porter tes gants pour travailler !» lui dit-il d’un ton sec.