Judo au Maroc : On n’est pas encore sorti de l’impasse

Les derniers résultats du judo marocain sur la scène internationale ne font que confirmer la déliquescence de ce sport au Royaume. Pour ne rien arranger, la gestion faite par la fédération présente des carences graves, notamment dans ses rapports avec les judokas MRE. Cela risque de couter cher au Maroc dans la perspective d’une échéance olympique qui approche à grands pas…

En 2010, lors des championnats d’Afrique de Yaoundé, le Maroc se classait 2e, sur 24 nations, avec 4 titres continentaux. Un an plus tard à Dakar, le constat est loin d’être aussi flatteur. En avril dernier, le Maroc reviendra de la capitale sénégalaise sans un titre en poche, et avec une décevante 8e place, loin des espoirs que ce sport a fait naitre.

Dans la perspective des Jeux Olympiques de Londres en 2012, ou des Championnats du monde de Paris en aout prochain, de telles performances n’augurent rien de bon. D’où la nécessité d’assurer le maximum de représentativité pour les grands rendez-vous qui interviendront entretemps. Problème, les rendez-vous s’enchaînent, et le Maroc reste aux abonnés absents. Aucun judoka marocain n’était inscrit au Grand prix de Baku, en Azerbaïdjan, du 6 au 8 mai dernier. De même, aucun Marocain ne prendra part au tournoi international de Moscou (Russie), qui se tient ce week-end (28 et 29 mai).

Conséquence directe de ces défections, aucun point récolté par les judokas marocains, qui en ont pourtant besoin pour se qualifier pour les grandes échéances à venir. Une source proche de la Fédération nous confie que cette absence se justifie surtout par les récents changements intervenus dans l’organigramme de la direction technique nationale (nouveau DTN). Il faudra certainement du temps pour que la nouvelle équipe mette en route ses plans, mais il se trouve dans ce cas précis, que le temps joue contre les judokas marocains. Ceux-ci voient en effet, au fil des tournois manqués, leurs adversaires collecter les points, et accentuer leur avance, pendant qu’eux, attendent toujours que tout se mette en place au niveau de leurs dirigeants.

Notre source nous déclare néanmoins que les procédures sont en cours pour assurer la participation marocaine aux rendez-vous de juin (Madrid et Lisbonne pour les dames, Bucarest et Tallin pour les messieurs). On attend de voir si ces paroles dépasseront le stade des promesses.

Quid des judokas MRE ?

Comme on a pu le voir lors des derniers championnats du Maroc, plusieurs judokas binationaux se sont illustrés, et ont ainsi pu intégrer la sélection nationale. Mais ont-ils aujourd’hui les moyens de représenter convenablement le Maroc ? Non que leur talent et leurs performances soient en cause, mais les conditions qui leurs sont proposées ne leur permettent pas forcément de tirer le meilleur de leur potentiels. Ainsi, certains d’entre eux, bien que champions du Maroc dans leurs catégories, ne bénéficient pas de la bourse octroyée dans le cadre du programme de Haut niveau.

Ledit programme vise à assurer une bonne représentativité du Maroc lors des prochaines Olympiades. Les athlètes sélectionnés dans ce cadre, sont répartis en trois catégories selon des critères arrêtés par le ministère des Sports et le comité national olympique marocain (CNOM). Les sportifs de la catégorie A (médaillables) perçoivent une bourse de 15 000 dirhams, en plus de 5000 dirhams de bonus en cas de bons résultats. Les athlètes de catégorie B, qui sont susceptibles d’obtenir une qualification, mais pas forcément une médaille, reçoivent 10 000 dirhams mensuels, et un bonus de 5000 dirhams en fonction des résultats. La catégorie C quant à elle regroupe des athlètes qualifiables, mais généralement jeunes, qui seraient plutôt des réservistes, sur qui on miserait pour des échéances au-delà de 2012.

Pour en revenir à nos judokas MRE, on constate aujourd’hui que certains champions du Maroc ne rentrent dans aucun des quotas (A, B, ou C). C’est notamment le cas de Hamza Belgaid, champion du Maroc dans la catégorie des -66 kg. On peut logiquement se demander comment un champion du Maroc ne peut prétendre à une place parmi les athlètes de haut niveau.

De même certains autres champions bénéficient de la bourse B (les qualifiables, pas forcément médaillables). On retrouve dans cette catégorie un certain Jalal Benalla, double champion du Maroc (catégorie +100 kg, et toutes catégories), médaillé de bronze aux dernier championnats d’Afrique toutes catégories. On y retrouve aussi Rizlène Zouak, championne du Maroc chez les -63 kg, et médaillée de bronze à Dakar dans cette même catégorie. Comment ne pas miser sur de tels athlètes pour décrocher des médailles lors des grands rendez-vous ? « C’est à eux d’aller chercher des points pour accéder aux catégories supérieures », justifie El Arbi El Jamali, ancien Directeur technique national. Raisonnement logique certes, mais il faut se demander comment ces athlètes iront chercher des ponts si l’on ne les inscrit pas aux compétitions.

Il faut par ailleurs se demander si le montant de la bourse à lui seul leur permet de se préparer comme il faut. Pour des personnes basées au Maroc, ce montant serait peut-être suffisant. Il s’agit cependant ici de Marocains résidant à l’étranger, dans des conditions de cherté de la vie nettement supérieure au Maroc, et pour lesquels un réajustement des bourses serait le bienvenu.

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