Société Le minaret resurgit comme cible de prédilection de l’extrême droite, cette fois autrichienne, pour mobiliser son électorat lors des régionales en Styrie le 26 septembre. En témoigne un jeu mis en ligne par le Parti libéral autrichien (FPÖ), où le but est d’éliminer un maximum de minarets qui surgissent sur fond de la ville de Graz. Impossible, cependant de gagner : seul le FPÖ peut apporter le salut, si l’électeur lui donne sa voix... Mais ce message, pourtant ultra-simple (pour ne pas dire autre chose), aurait du mal à passer.
Le principe du jeu, appelé Minarett ba ba (« minarets, au revoir »), est on ne peut plus simple, à tel point que même l’actuel chef du BZÖ (le parti qu’avait créé le populiste de droite Jörg Haider), Gerald Grosz, le caractérise de « stupide » et « enfantin ». Il consiste à éviter la construction de minarets et de mosquées dans la ville de Graz et à empêcher les muezzins à faire les appels à la prière, en pointant sur eux avec des panneaux « Stopp ». Le but est de faire un maximum de points, mais il n’est pas possible d’arrêter la construction des minarets et de mosquées. A un certain moment, l’utilisateur perd. S’affiche alors un message : « Game over, la Styrie (Steiermark) est pleine de mosquées et de minarets. Pour empêcher cela, votez Dr.Gerhard Kurzmann le 26 septembre ! »
Kurzmann dirige le FPÖ dans la région de la Styrie et mène de sa manière la campagne électorale. Le jeu est recopié presque à 100 % d’un jeu que la droite suisse avait déjà utilisé lors du référendum contre la construction de minarets, en 2009. D’ailleurs, le concepteur est le même : Alexander Segert, un Allemand qui se fait « conseiller électoral » de l’extrême droite en Europe…
Le premier objectif – créer le buzz médiatique et arriver ainsi à une publicité gratuite pour le parti – est vraisemblablement atteint. Les médias autrichiens, allemands, suisses, et même français et anglais en parlent, la classe politique autrichienne toute entière se distancie de telles initiatives, et le compteur des visiteurs sur le site est passé de 90 000 (mercredi) à 160 000 (jeudi) et 210 000 vendredi en mi-journée. L’affaire crée une telle attention que contre toute critique, même au sein de son propre parti, Kurzmann a déclaré qu’il en prenait toute la responsabilité.
A voir jusqu’où elle sera engagée, car comme le rapporte le site d’information allemand spiegel.de, le parti des Verts a déjà porté plainte contre le FPÖ de Styrie pour incitation à la haine. Il serait question maintenant de suspendre l’immunité parlementaire de Kurzmann pour pouvoir le poursuivre en justice.
Pour le moment , ce dernier ne s’en préoccupe pas. « Les gens comprennent les signaux » lancés à travers le jeu internet, dit-il. Mais peut-il en être sûr ? La fin du jeu internet mène à un sondage où il est question d’interdiction de construction de minarets et de mosquées tout comme du port du voile intégral. Et, chose surprenante sur un site aussi tendancieux, une large majorité se déclare défavorable aux interdictions. Kurzmann serait-il en train de perdre à son propre jeu ?