Film "Hercule contre Hermès" : Le réalisateur comparait pour diffamation et chantage

Lundi matin, le cinéaste franco-marocain Ulad Mohand comparaissait devant la Cour d’Asilah pour « diffamation » et « tentatives de chantage » contre Patrick Guerrant-Hermès, l’héritier de la célèbre marque de luxe française. A l’origine de la plainte de l’homme d’affaires, le docu-fiction « Hercule contre Hermès » qui narre le conflit qui l’oppose à un jeune paysan, Hercule pour un lot de terrain en bordure de mer, dans les environs d’Asilah. 

De gauche à droite: Hercule, Ulad Mohand et M.Guerrant-Hermès, les trois principaux protagonistes d'une saga pagnolienne des temps modernes

Ce lundi matin, le cinéaste marocain Ulad Mohand a comparu devant la Cour d’Asilah pour « diffamation » et « tentative de chantage » contre l’homme d’affaires français, Patrick Guerrant-Hermès, rapporte les Echos. Cette comparution fait suite au dépôt de plainte du patron de la célèbre marque de luxe française qui accuse le réalisateur marocain et son producteur, le Français Nicolas Namur, d’avoir détourné la réalité des faits dans le film-documentaire « Hercule contre Hermès ».

D’une durée de 52 minutes, le film relate l'histoire d’un jeune paysan, surnommé « Hercule », en litige sur un lot de terrain avec M. Guerrand-Hermès, l'un des héritiers de la grande maison de luxe éponyme, qui a acquis, il y a quelques années, des terres en bordure d'une plage près d'Asilah. Ce conflit, entre deux hommes que tout sépare fait référence au traitement plus général de la thématique des investissements douteux réalisés dans la région de Tanger-Tétouan.

« La bataille du pot de terre contre le pot de fer »

C’est en juillet dernier que le film de M. Mohand avait été révélé par le quotidien « Le Monde », attisant d’emblée la curiosité de la presse nationale, mais également internationale. Emblématique de la « bataille du pot de terre contre le pot de fer », ce docu-fiction possédait en effet tous les ingrédients et saveurs d’une saga romanesque à succès avec d’un côté, Hercule et sa famille, revendiquant une terre ne leur appartenant pas mais dont l’exploitation constitue le seul moyen de subsistance et de l’autre, l’ex-président de la fédération internationale de polo qui, à grand renfort d’arguments pécuniaires, userait de son influence pour que son projet de mise sur pied d’un haras voit enfin le jour.

Un lobbying que le patron d’Hermès se défend d’avoir jamais exercé. « J’ai simplement voulu protéger la côte à un moment où les terrains étaient peu chers, mais je n’ai jamais cherché à acheter des terrains sous la pression » explique-t-il. Aujourd’hui, ce dernier estime d’ailleurs faire l’objet d’un complot qui, selon ses propres mots, aurait transformé sa vie « en enfer », notamment « à cause du film ». D’où la série d’actions judiciaires intentées contre l’équipe qui le réalise et le produit. Dans sa plainte, l’homme d’affaires requiert la saisie du film et l'interdiction de sa projection ou, tout du moins, la suppression de son nom du titre de l'œuvre. Pour justifier sa requête, il invoque son absence dans l'affaire qui oppose la famille d’Hercule à la société immobilière dont il est le propriétaire et qui a acquis les terres objets du litige. Il accuse par ailleurs la famille de tentative de « chantage » au vu de sa position internationale sur les plans économique et social.

Ulad Mohand, agressé par « les mercenaires d’Hermès »

Des accusations que les concernés démentent formellement. A commencer par Hercule lui-même qui accuse M. Guerrant-Hermès d’être l’instigateur de ce jeu de chantage : « Au début, Hermès a commencé de façon gentille, il m’a même engagé, et puis on s’est aperçu que c’était pour nous pousser à vendre » explique-t-il dans le Monde. Même son de cloche du côté du cinéaste franco-marocain qui précise avoir proposé à trois reprises au plaignant de donner sa version des faits sur les questions soulevées dans le documentaire, ce que ce dernier aurait toujours refusé de faire. Le réalisateur affirme en outre avoir subi plusieurs entraves durant le tournage du film, dont des menaces d'agression de la part d'un des « mercenaires de l’homme d’affaire », déjà condamné pour ces faits, ainsi que des refus d’autorisation de filmer, sans fondement et sans cesse réitérés.

La mère d’Hercule : « S’il n’y a plus de corruption dans la justice marocaine, Hermès est fichu »

Bien qu’aujourd’hui, l’encours judiciaire fasse qu’aucune date ne soit encore définie pour la sortie du film, la chaine chargée de le promouvoir, Arte, indique « qu’il n’y a pas de problèmes quant à sa diffusion » : « Arte doit vérifier qu’il n’y a pas de risque de diffamation. Il faut que l’on se mette d’accord sur la version définitive du film » prévient l’un des responsables de la chaine. Ce faisant, encore faut-il qu’avant d’arrêter cette décision, les suites du procès ouvert hier à Asilah soient favorables à la production de la chaine et au cinéaste franco-marocain, Ulad Mohand. Pour cela, du côté de Rachida El-Mektiri, la mère d’Hercule, qu'une chose à espérer : « S’il n’y a plus de corruption dans la justice marocaine, alors Hermès est fichu ».

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