Hausse des prix des carburants: Le gouvernement a agi en « bon père de famille » selon Boulif

Après la Chambre des conseillers, le PJD a dû s'expliquer devant la Chambre des représentants lors de la séance des questions orales tenue lundi. Pour justifier la hausse des prix des carburants initiée par le parti au pouvoir, les députés ont choisi le ministre des Affaires générales et de la gouvernance, Mohamed Najib Boulif, qui n'a pas mâché ses mots.

« Le gouvernement a opté pour une politique semblable à celle d’un bon père de famille, qui doit prendre des décisions qui […] restent nécessaires pour assurer les équilibres macroéconomiques ». C’est en ces termes que Mohamed Najib Boulif, ministre des Affaires générales et de la gouvernance a justifié, devant la Chambre des représentants, l’augmentation des prix des carburants survenue le 2 juin dernier, rapporte l'Economiste. Des propos qui se rapprochent de ceux tenus par le premier ministre Abdelilah Benkirane la semaine dernière à la Chambre des conseillers : « Le gouvernement n'aurait pas décidé d'augmenter les prix des carburants si cela n'était pas nécessaire à l'économie nationale ».

5 milliards de plus pour la caisse de compensation

Cette nouvelle mesure est censée dégager de nouveaux fonds qui vont s’ajouter à ceux résultant de la rationalisation de dépenses publiques. Selon M. Boulif, l’objectif de cette nouvelle mesure est de « maintenir le déficit budgétaire à 5% au lieu de 8% que nous aurions pu atteindre si nous n’avions pas pris cette décision». Selon le ministre des Affaires générales, il faudrait penser au bénéfice de cette nouvelle mesure. L’augmentation des prix des carburants permettra d’injecter 5 milliards de DH à la caisse de compensation rapporte Le Soir. La Caisse de compensation va mal et ça toute le monde le sait, d'autant plus que le 15 juillet prochain, l'ensemble de l'enveloppe dédiée à la Caisse sera épuisée. Ces rentrées d'argent seront donc salutaires. Tout ceci sachant que d'autres augmentations devraient suivre, notamment, le lait avec 1,7% de plus sur les prix actuels.

Professionnels et politiques, l’incompréhension

En dépit des raisons avancées, la classe politique se dit insatisfaite par tous ces justificatifs. Elle décrie non seulement le caractère « soudain» de cette mesure, mais aussi son impact sur le pouvoir d’achat du citoyen. Même son de cloche au sein des professionnels du transport. Mais, l’équipe Benkirane ne reculera pas pour autant. D’ailleurs, Najib Boulif l'a dit. Il considère que la hausse des prix en soit, n’est pas un problème, c’est plutôt « la gestion » de cette hausse qui est un « vrai problème ». Dire que l’augmentation des prix des carburants aura une forte incidence sur les prix du transport, notamment urbain, n’est que de la « spéculation ni plus ni moins dont le but est d’envenimer la crise sociale », estime Boulif. Il précise à titre d’exemple que « le grand taxi reliant Salé à Rabat ne devrait rajouter à son prix que 15 centimes ».

« Le prix du carburant au Maroc reste minime par rapport à d’autres pays notamment producteurs de pétrole, signale-t-il, tout en rappelant que l’Etat continue de subventionner le prix d’achat du carburant à hauteur de 3 DH le litre pour le gasoil et celui du fuel industriel à 2 000 DH la tonne.

Tant pis si ça nous coûte notre « popularité »

Pour Najib Boulif, « la problématique de la hausse des prix ne peut être entièrement mise sur le dos du gouvernement ». Rappelant que le nouveau gouvernement démarre avec un déficit de 6,1%, le ministre souligne que si le gouvernement Benkirane avait continué dans la même lancée que celui d’Abbas El Fassi, le déficit aurait atteint 8%. « Nos réformes ont un coup sur notre popularité, mais l’essentiel pour le gouvernement est de pallier les défaillances de la gestion par une audace politique », affirme Boulif.

Par ailleurs, le ministre a précisé que des rencontres sont prévues entre le gouvernement et les professionnels pour traiter des questions liées à cette nouvelle mesure. Seulement, la réunion tenue lundi dernier n’a rien donné de concret. Le gouvernement est resté campé sur sa décision, les professionnels ne voulaient rien entendre, et aucune date n’a été fixée pour une prochaine rencontre.

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